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Mouvement lycéen et étudiant de 2026 en France

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Mouvement lycéen et étudiant de en France
Image illustrative de l’article Mouvement lycéen et étudiant de 2026 en France
Blocage du lycée Louis-le-Grand à Paris, le .

Type Mouvement social, manifestations, blocus
Pays France (avec une influence en Albanie, en Allemagne, en Argentine, en Belgique, au Canada, en Grèce et en Italie)
Localisation France entière (puis, à partir du , certains établissements de Wallonie et de Bruxelles, puis, dès le , certains établissements de Turin et Rome, et dès le , certains établissements de Hambourg et Berlin)
Organisateur Autonome, accompagné d'organisations politiques ainsi que de syndicats lycéens et étudiants
Cause Dégradation des conditions d'enseignement dans les établissements publics
Date Depuis le
Participant(s) Lycéens, étudiants, enseignants, syndicats, corps administratif, parents d'élèves
Revendications Moyens supplémentaires, recrutement et remplacement d'enseignants et de personnels, amélioration des conditions d'enseignement, des locaux, modifications des emplois du temps, abrogation de Parcoursup, climatisation des locaux, justice sociale
Fréquentation 1 027 établissements concernés le
Bilan
Blessés Plus de 200 élèves, 147 personnels de l'Éducation nationale, et plus de 800 policiers et gendarmes au [1]
Répression
Arrestations Plus de 6 800 personnes au [2]

Le mouvement lycéen et étudiant de en France est un mouvement social national — dans l'Hexagone comme en outre-mer — réunissant des lycéens (élèves des trois dernières années du cycle secondaire), des professeurs, puis des étudiants, qui dénoncent leurs conditions d'enseignement et de scolarité. Marqué par des blocus, des rassemblements et des manifestations, il s'inscrit dans les manifestations de la génération Z. Les revendications portent sur le manque d'enseignants et de personnels, les conditions matérielles des établissements, les sureffectifs des classes (en) en lycée, les emplois du temps au lycée et la pression liée au système d'admission post-bac Parcoursup, en place depuis .

La mobilisation débute à Mayotte, le , dans le lycée du Nord à Acoua, bloqué pendant cinq semaines. Elle gagne la métropole le au lycée Saint-Exupéry de Créteil (Val-de-Marne), avant de s'étendre à l'ensemble de la France et à certains établissements en Belgique, en Italie et en Allemagne. Les syndicats lycéens — Union étudiante, Union syndicale lycéenne (USL, ex UNL-Voix lycéenne), Mouvement national lycéen (MNL) —, les syndicats de l'Éducation nationale (en) — Force ouvrière (FO), Confédération générale du travail (CGT), Fédération syndicale unitaire (FSU), Union nationale des syndicats autonomes (UNSA), Confédération française démocratique du travail (CFDT), Solidaires — et les syndicats salariés nationaux y prennent part.

La majorité des mobilisations sont sans affrontements, mais certains rassemblements connaissent des violences et des dégradations. Le maintien de l'ordre est critiqué. Plusieurs lycéens sont grièvement blessés et des dizaines d'enquêtes de l'Inspection générale de la Police nationale (IGPN) sont ouvertes. Des syndicats d'enseignants (en), de magistrats et d'avocats, des associations de défense des droits humains, des responsables politiques et des médias dénoncent un usage disproportionné de la force envers des mineurs.

Le gouvernement Lecornu II ainsi que la droite et l'extrême droite accusent le parti La France insoumise (LFI) et l'extrême gauche d'attiser les troubles à des fins politiques, ce que contestent les principaux intéressés ainsi que plusieurs médias et certains acteurs des manifestations.

Les manifestations débutées le s'inscrivent dans ce contexte, bien que les revendications portées ces jours-là dépassent le sujet de l'école et de l'éducation. De la désinformation au sujet du mouvement circule sur les réseaux sociaux, alors même que ces outils sont utilisés pour organiser les mobilisations[3],[4].

Contexte

Le mouvement apparaît dans un contexte de rentrée scolaire marquée par des revendications concernant les moyens attribués aux établissements et les conditions d'enseignement[5] et six mois avant le premier tour de l'élection présidentielle de [6].

Personnel de l'Éducation nationale

Au sein de l'enseignement public, 25 043 postes (+ 40,2 % qu'en ) sont proposés aux concours externes des premier et second degrés pour la rentrée de . Les rectorats recrutent davantage de titulaires et de stagiaires avant de faire appel aux contractuels. Plusieurs professeurs contractuels ne sont pas renouvelés[7].

Le , le syndicat national des enseignements de second degré (SNES), premier syndicat du second degré, publie une enquête menée auprès de 1 033 établissements, selon laquelle au moins un professeur manque dans 53 % des collèges et des lycées publics. Principalement dans les académies de Versailles (70 %), de Toulouse (66,70 %), Nantes (61,70 %) et celle de Créteil (61,10 %)[8]. En incluant l'équipe pédagogique — professeurs, conseillers principaux d'éducation (CPE), psychologues de l'Éducation nationale (Psy-EN), assistants d'éducation (AED) et accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) —, 69 % des établissements manque au moins d'un recrutement. Selon le ministère, 98,5 % des postes sont pourvus dans le premier degré, et 96,1 % dans le second degré[9].

Établissement scolaire

L'état du bâti scolaire de certains établissements est notamment mis en cause. Administrativement, la gestion du bien immobilier que représente les lycées relève du financement des régions ; celles-ci ont accru leurs investissements depuis une décennie, mais environ 10 % des établissements restent jugés trop vétustes[10]. Des élèves font état de fuites d'eau, de fenêtres défectueuses, de chauffage défaillant, de sanitaires hors d'usage ou de mobilier insuffisant[11],[12]. L'inadaptation des locaux aux fortes chaleurs est aussi dénoncée : pendant la canicule de , des épreuves du baccalauréat se déroulent dans des salles non climatisées[13], et le , les cours sont interrompus dans deux lycées de l'Hérault en raison de températures excessives[14].

Autres

En , le ministère de l'Éducation nationale dépense en moyenne 8 550 € par lycéen dans le public et le privé sous contrat. Sur l'année scolaire -, 10 % d'heures n'ont pas été assurées dans les lycées, selon le ministère[15].

En , une pétition lancée par Senseidesmots, réclamant notamment le regroupement des cours sur les matinées afin d'éviter la surcharge scolaire, recueille plus de 300 000 signatures. La ministre de l'Éducation nationale, Anne Genetet, qui avait initialement invité le créateur de contenu à une rencontre, annule finalement celle-ci quelques jours plus tard[16],[17].

En , parmi les bacheliers candidats à la poursuite d'études supérieures, 163 372 candidats n'obtiennent aucun de leurs vœux sur Parcoursup, soit 18 % des inscrits sur la plateforme, au cours de la phase principale d'admission, contre 103 000 candidats (11,9 %) en et 85 000 (10 %) en [18],[19].

Selon le classement du programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa), publié le , le niveau des élèves français et de ceux des 90 autres pays et régions membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) diminue[20].

Le Snes-FSU appelle à la grève le , pour la hausse des salaires, la diminution des effectifs d'élèves par classe, le recrutement d'enseignants formés, d'AESH et d'AED[8].

La France est l'un des pays développés où l'origine sociale pèse le plus sur les trajectoires scolaires[21].

Déroulement

Origine du mouvement

Blocus indépendants en région

De premiers blocus débutent en région après la rentrée scolaire. Fin , des collectifs d'enseignants et de parents d'élèves débutent une grève pour dénoncer les classes surpeuplées et le manque de moyens dans le lycée du Nord à Mayotte, qui accueille près de 2 300 élèves à la rentrée [22]. La mobilisation débute à Mayotte, le , dans le lycée du Nord à Acoua[23], bloqué pendant cinq semaines[24]. Entre 20 et 30 mères d'élèves — soutenues par plusieurs syndicats de l'Éducation nationale, des élus locaux, ainsi que par un collectif d'enseignants et des personnels — poursuivent la mobilisation et bloquent l'établissement, dégradé depuis le cyclone Chido en [25],[22]. En Guyane, des élèves du lycée Félix-Eboué à Cayenne revendiquent l'amélioration de leurs conditions d'études à partir du [26]. En métropole, le , le lycée Théodore-Monod au Rheu près de Rennes (Bretagne) est bloqué[27], puis le , le lycée Queneau de Villeneuve-d'Ascq (Nord)[28] l'est également, suivi le du lycée Victor-Hugo de Caen (Calvados)[29].

Lycée Saint-Exupéry de Créteil

L'origine du mouvement national débute le au lycée Saint-Exupéry de Créteil (Val-de-Marne)[30], par une grève de professeurs, comptant environ 1 500 élèves et où plusieurs postes d'enseignants ne sont alors pas assurés. Les grévistes protestent contre un manque de moyens et de personnel. Un groupe d'élèves soutient cette mobilisation le lendemain par un premier blocus de l'établissement. Le lundi deux députés La France insoumise, Louis Boyard et Clémence Guetté, se rendent sur place et relayent la mobilisation sur les réseaux sociaux[31],[30]. Dès le , selon le rectorat de Créteil, les blocus s'étendent rapidement à une dizaine de lycées en Île-de-France[32].

Booska-P, site d'actualité sur le rap français, publie le une interview de huit élèves de ce lycée, dans laquelle ils relatent leur sentiment d'abandon et de rupture d'égalité républicaine en tant que jeunes banlieusards. La vidéo est visionnée 1,5 million de fois sur TikTok. La mobilisation s'étend progressivement à d'autres établissements d'Île-de-France. Les et , les perturbations concernent une soixantaine de lycées franciliens, en particulier en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne, notamment à Saint-Denis, Sarcelles, Gonesse, Stains, Saint-Ouen, Rosny-sous-Bois ou La Courneuve[33],[30],[34]. Les professeurs de plusieurs établissements apportent leur soutien à la mobilisation des élèves[34].

Les élèves du lycée Saint-Exupéry obtiennent à la suite d'un entretien[Quand ?] avec le rectorat de l'académie de Créteil, le recrutement d'un proviseur adjoint et d'une infirmière, et des promesses pour leur établissement[31],[30].

Semaine du  : extension nationale

À partir du , le mouvement se propage en France. Des actions sont notamment signalées à Marseille, Lille ainsi que dans le Rhône, le Var et les Alpes-Maritimes. Le ministère de l'Intérieur recense alors 180 établissements perturbés, dont 27 blocages totaux, et 164 personnes interpellées au cours de la journée[33].

L'Union syndicale lycéenne appelle à généraliser les blocages à l'ensemble des lycées le , en lien avec la journée nationale de mobilisation de la fonction publique[33].

avec la journée nationale de mobilisation de la fonction publique

Le 29 septembre, à Belfort.

Le se déroule une journée nationale de mobilisation de la fonction publique, pour laquelle, le ministère de l'Éducation nationale estime le taux de participation au mouvement social à 11,47 % en moyenne générale pondérée, dont 12,74 % dans le second degré et 27,39 % concernant le personnel de la vie scolaire[n 1],[35]. Plus de 170 manifestations sont organisées dans le pays selon les données rapportées par Euronews[36].

Selon le ministère, 338 établissements sont concernés par des perturbations et 45 sont bloqués au moment du bilan[35]. Le Monde recense des actions dans près de 410 établissements à travers le pays[37]. La journée est également marquée par des incidents et des affrontements. Le ministère de l'Intérieur fait état de 440 interpellations au cours de la journée[38].

Selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, 356 établissements sont concernés par des perturbations, et 625 personnes sont interpellées[39].

Plusieurs incidents sont signalés dans différentes villes, notamment des incendies, des jets de projectiles et des affrontements avec les forces de l'ordre. Des enquêtes de l'Inspection générale de la Police nationale (IGPN) sont ouvertes à la suite de blessures de lycéens lors de plusieurs interventions[40].

Blocus au lycée Louis-Lapicque d'Épinal, le .

Le jeudi marque l'« acte II » de la forte mobilisation lycéenne en France, avec plus de 900 actions et blocages recensés à travers le pays[41],[42].

Le mouvement s'étend à plusieurs universités. Selon l'Union étudiante, une trentaine de campus sont bloqués, et 640 lycées le seraient aussi, un chiffre que les autorités publiques ne confirment pas[43].

D'après les remontées policières rapportées par l'Agence France-Presse, 340 actions sont en cours devant des lycées dans la matinée et 169 blocages sont comptabilisés[44]. En fin de journée, ce sont 900 actions qui ont été recensées sur la journée, dont 400 fermetures d'établissements[45],[46].

La mobilisation touche de nombreuses villes, notamment Paris[47], Lille[48], Marseille[49], Strasbourg[50], Lyon[51], Rennes[52], Nantes[53], Bordeaux[54], Toulouse[55], Montpellier[56], Nîmes[57], Aix-en-Provence[58], Reims[59], Poitiers[60], Nancy[61], Épinal[62], Metz[63] et Nanterre[64].

À Marseille, dix-huit lycées sont totalement bloqués et trois partiellement dans la matinée, tandis qu'une quarantaine d'établissements sont concernés dans le département des Bouches-du-Rhône[43]. Devant le lycée Saint-Exupéry, un camion des marins-pompiers est pillé puis incendié, et un marin-pompier est légèrement blessé. Un bus est également incendié devant le lycée La Floride. Après l'agression d'un conducteur, la RTM suspend l'intégralité de son réseau jusqu'à la fin du service, avec une reprise prévue le lendemain à 4 h[65].

À Aix-en-Provence, près de 600 jeunes issus de plusieurs lycées se rassemblent. Des abribus sont détériorés, les forces de l'ordre font usage de gaz lacrymogènes dans plusieurs rues de la ville et le réseau de transports Aix en bus est perturbé. Une dizaine de mineurs sont interpellés, tandis qu'une passante est grièvement blessée à l'œil par un projectile près de la Rotonde[66].

À Brest, la majorité des lycées sont bloqués. Des incendies et des face-à-face tendus avec les forces de l'ordre sont signalés, et la plupart des cours n'ont pas lieu. Une importante manifestation se tient place de la Liberté, devant l'hôtel de ville (en). Le réseau de transports en commun Bibus est également touché, avec des retards et des déviations[67].

À Nantes, le hall du lycée Nelson-Mandela est détruit par un incendie qui se propage à la façade de l'établissement avant d'être maîtrisé[44]. L'arrêt Morrhonnière Petit Port de la ligne 2 du tramway est incendié[68].

À Lyon, la façade du lycée Lumière est incendiée et plusieurs incidents sont signalés autour d'établissements scolaires[69].

À Metz, en début de matinée, six lycées sont bloqués, et les lycéens se rassemblent aux abords du lycée Fabert, avant d'être dispersés par la police aux alentours de 11 h[70].

Onze interpellations ont eu lieu à Perpignan à l'occasion des manifestations devant les lycées. Des dégâts sont à déplorer, et une lycéenne a été blessée[71].

À Épinal, dès 8 h, le lycée Pierre Mendès France et le lycée Louis-Lapicque avaient bloqué leur entrée. Les étudiants du lycée Mendès France ont décidé de traverser Épinal pour rejoindre le lycée Louis Lapicque, rejoint par les membres des Compagnies républicaines de sécurité (CRS). Les étudiants décident de rejoindre la préfecture d'Épinal avant de poursuivre le blocus toute la journée. Des affrontements avec les forces de l'ordre ont lieu au lycée Isabelle-Viviani[72],[73].

Le gouvernement Lecornu annonce la mise en place d'une cellule de crise, alors que plusieurs incidents violents sont constatés[44].

Le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray annonce la création d'une plateforme de concertation avec les organisations concernées, une initiative qui est comparée par Le HuffPost aux « cahiers de doléances » du mouvement des Gilets jaunes[74]. Il demande que les cours puissent être assurés à distance lorsque des dégradations ou des blocages empêchent l'accueil des élèves en sécurité, les décisions devant être prises au cas par cas par les chefs d'établissement en lien avec les autorités académiques, résultant en la fermeture au lendemain de plus de 400 lycées, par précaution[44].

Face à la multiplication des incidents qualifiés parfois de violences urbaines, le gouvernement incrimine La France insoumise, tandis que des concertations entre le ministère et les associations lycéennes sont programmées[75],[76].

Les ministres de l'Intérieur et de l'Éducation nationale annoncent l'intervention systématique des forces de l'ordre en cas de violences et de blocage total de lycées[31]. Dans certains territoires, des maires et élus locaux parviennent à négocier avec les préfets une suspension de ces interventions, jugées disproportionnées et inefficaces en termes d'ordre public[77]. Des fermetures administratives sont toutefois rapidement mises en place afin d'éviter les regroupements dans l'espace public, parfois assorties d'obligations d'assiduité en distanciel, une mesure critiquée par de nombreux lycéens et enseignants[78].

Pancartes orientées dans de multiples directions devant le lycée Louis-le-Grand à Paris.
Pancartes devant le lycée Louis-le-Grand à Paris.

Le , selon le ministère de l'Intérieur, 1 027 lycées sont concernés par le mouvement, dont plus de 560 perturbés et 400 fermés, sur environ 3 700 en France[31].

Dans l'après-midi, trois syndicats lycéens sont reçus par le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray dans le cadre des concertations annoncées la veille. Si leurs revendications (emplois du temps surchargés, mauvais état du bâti scolaire, santé mentale des jeunes) sont entendues, peu de mesures concrètes leur sont proposées : le ministre annonce principalement le lancement d'une plateforme de consultation à destination des lycéens, jugée encore trop timide par les organisations. Le vice-président du syndicat Les Lycéens, Louis Letoublon, se dit « un peu déçu » faute d'« engagements concrets ». Les organisations lycéennes appellent en conséquence à poursuivre la mobilisation et à une troisième journée d'action, l'« acte III », le , avec une grande manifestation nationale. La présidente de l'Union étudiante, Eloïse Lefebvre Milon, appelle de son côté les étudiants à rejoindre les lycéens[79].

Face aux dégradations commises en marge du mouvement, le gouvernement accélère l'examen du projet de loi dit « casseurs-payeurs », présenté en Conseil des ministres le , dont l'inscription à l'ordre du jour du Sénat est prévue dès le mois d'octobre. Le texte prévoit notamment de pouvoir engager la responsabilité civile d'une personne restée volontairement au sein d'un groupe ayant commis des dégradations, même sans qu'il soit établi qu'elle les a personnellement commises[80], les réparations pouvant atteindre 10 000 euros par personne[81].

Semaine du

La veille, le Premier ministre Sébastien Lecornu adresse à ses ministres une feuille de route de cinq chantiers. Elle porte sur la continuité des cours, l'amélioration des locaux avec les conseils régionaux, l'organisation des journées, la transparence de Parcoursup et les suites à donner à la parole des lycéens. Lecornu demande des décisions avant la fin du mois et la reprise des cours dès le lundi partout où la sécurité le permet. Il réclame aussi le lancement immédiat, dans chaque académie, d'un traitement prioritaire du remplacement des absences longues et des postes non pourvus, avec un premier bilan attendu le [82].

Le lundi , le ministère de l'Éducation nationale recense à la mi-journée 413 établissements touchés par des actions ou des perturbations. Il parle d'une « décrue », tout en relevant que 40 % d'entre eux n'avaient pas été concernés jusque-là, ce qu'il attribue à une tentative d'éléments extérieurs d'étendre le mouvement[83]. En visite au lycée de Villaroy à Guyancourt, le ministre Édouard Geffray indique que certains établissements ont rouvert partiellement pour certains niveaux[83]. Au total, 589 établissements sont perturbés dans la journée, contre près de 800 le vendredi précédent[84].

Les réseaux sociaux jouent un rôle important dans la diffusion des appels à la mobilisation[85].

Barricades et tag 'Vive la Commune' sur le bâtiment B de l'Université Rennes-II, durant son occupation en marge du mouvement lycéen.

Des étudiants occupent le campus de Villejean de l'université Rennes-II à partir du [86].

À Paris, une centaine d'élèves et leurs professeurs sont confinés au lycée Vauquelin, dans le 13e arrondissement, pendant qu'un groupe de jeunes cagoulés tente de pénétrer dans l'établissement. Les lycéens ne sont autorisés à sortir qu'au bout d'une heure et demie. À Marseille, plusieurs centaines de lycéens défilent dans la ville[84].

Monument "À la gloire de la République française" avec une foule de jeunes gens et filles grimpés dessus. Avec des pancartes, des drapeaux.
Manifestation lycéenne le , place de la République à Paris.
Le 6 octobre, à Belfort.

Le mardi est marqué par l'« acte III » de la mobilisation, avec une manifestation nationale à l'appel des organisations lycéennes et étudiantes[87]. C'est le cas de l'USL, rejointe par plusieurs organisations étudiantes[88].

Fin de la manifestation lycéenne (et étudiante) du à Paris, place de la Nation.

À Paris, la mobilisation gagne des établissements réputés favorisés, comme le lycée Louis-le-Grand et le lycée Henri-IV, pourtant réputés pour être peu mobilisés. Leurs élèves disent agir par solidarité avec les lycéens des établissements les plus défavorisés, notamment ceux de Seine-Saint-Denis[89]. Devant le lycée Condorcet des parents d'élèves sont mobilisés pour soutenir les revendications des lycéens et « les protéger de la police »[90].

Les lycéens et étudiants sont rejoints dans les cortèges par des personnels de l'Éducation nationale, des organisations syndicales et des agriculteurs, qui apportent leur soutien au mouvement. La Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) entend protéger les élèves des violences dans les manifestations et recentrer le débat sur les revendications lycéennes[91],[92].

Manifestation de lycéens à Reims le 6 octobre.

Les dirigeants exécutifs des universités ont appelé dans un communiqué transmis au moyen de l'association France Universités à des « états généraux de la jeunesse », considérant qu'« il est […] urgent de reconnaître les jeunes comme des acteurs et actrices d'un débat public qu'ils et elles appellent de leurs vœux ». Ils ont aussi rappelé la nécessité de moyens mais également souligné qu'il fallait « une ambition, une vision pour l'enseignement supérieur et la recherche français »[93].

Soutenue notamment par une intersyndicale de l'Éducation nationale, la manifestation parisienne part à 14 h de la place de la République pour rejoindre la Place de la Nation par le boulevard Voltaire. La préfecture de police de Paris y attend alors entre 20 000 et 40 000 personnes et déploie des CRS, des gendarmes mobiles et des unités de la BRAV-M, appuyés par des drones. La veille, dans un télégramme aux préfets, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a demandé la mise en place d'un dispositif de communication permanent avec les organisateurs et recommandé aux forces de l'ordre de limiter autant que possible les contacts avec les manifestants[94].

Dans le cortège parisien, où défilent notamment Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier et Olivier Faure, le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko est touché par du gaz lacrymogène et appelle Emmanuel Macron et Laurent Nuñez à la désescalade et à l'ouverture immédiate de négociations avec les organisations lycéennes[95].

Le ministère de l'Intérieur estime à 256 000 manifestants présent dans l'ensemble du pays, dont 56 000 dans la capitale. Les organisateurs évoquent 450 000 manifestants, dont 100 000 à Paris[96].

En marge des manifestations, devant l'Assemblée nationale, Sébastien Lecornu annonce la suspension des cours en fin de semaine dans tous les lycées de France pour organiser un « temps de démocratie interne »[97]. Le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray précise ensuite qu'il s'agira d'une demi-journée banalisée, organisée en deux temps, d'abord avec les personnels puis avec les élèves. Dans un courrier aux recteurs, il recommande une reprise progressive dans les établissements les plus perturbés, en commençant par les classes de terminale, et invite les élèves à participer à la consultation nationale ouverte en ligne jusqu'au . Pris de court, les syndicats de chefs d'établissement critiquent la mesure : le SNPDEN-Unsa dénonce une « cacophonie complète » et annonce qu'elle ne pourra pas être mise en œuvre dans l'immédiat, tandis qu'ID-FO la juge « hors sol » et « irrespectueu[se] » envers des équipes épuisées par les violences des jours précédents[98].

Le soir même, le président de la République Emmanuel Macron réunit pour la première fois à l'Élysée le Premier ministre et les principaux ministres concernés. L'Élysée présente la réunion comme un simple suivi de la situation, mais selon Le Parisien, un ministre proche du chef de l'État affirme que celui-ci juge la réponse policière « trop dure, sans empathie »[99].

Université Rennes 2 : blocus du bâtiment B du campus Villejean en solidarité avec le mouvement lycéen le .

Sur ordre du directeur général de la Police nationale, l'usage des grenades assourdissantes est suspendu dans le cadre des mobilisations lycéennes, le temps d'établir les circonstances de la blessure du lycéen de Lens[100]. Laurent Nuñez annonce cette suspension le matin même sur RTL[101].

Les deux ministres sont auditionnés par l'Assemblée nationale. Devant la commission des Affaires culturelles et de l'Éducation, Édouard Geffray indique que 24 lycées ont été incendiés ou saccagés au point de ne pas pouvoir rouvrir avant plusieurs semaines, ce qui prive environ 30 000 lycéens de cours en présentiel[102].

Plusieurs syndicats de l'Éducation nationale (Snes-FSU, CGT, FO, Sud et Unsa) appellent à une journée de grève et de manifestations le jeudi en soutien aux lycéens. Ils réclament notamment l'annulation des suppressions de postes dans le second degré prévues au budget et le réemploi des enseignants contractuels. Le Snes-FSU prépare une grève des personnels pour le début de la semaine suivante[103]. L'Union syndicale lycéenne et l'Union étudiante appellent de leur côté à un « acte IV » le même jour[104].

Dans une allocution depuis Matignon, consacrée également aux prix des carburants, à la crise agricole et aux finances publiques, Sébastien Lecornu affirme que les forces de l'ordre n'ont « pas pour instruction d'affronter les lycéens »[105]. Il indique que la plateforme de consultation a recueilli 40 000 contributions et que les premières décisions du gouvernement sur les lycées seront annoncées fin octobre[106].

Manifestants sur la colonne de Juillet le appelant à aller manifester le du même mois.

La journée d'action a lieu à l'appel des organisations lycéennes et de plusieurs syndicats de l'Éducation nationale, dont le Snes-FSU, la CGT, FO et Sud[107]. En Île-de-France, les manifestants se rassemblent à partir de midi devant les préfectures de Nanterre, Cergy, Bobigny et Créteil. Les cortèges convergent ensuite vers la place de la Bastille à Paris[108],[109]. Le ministère de l'Intérieur compte 71 500 manifestants en France, dont 24 500 à Paris, tandis que la CGT en revendique plus de 130 000[110],[111]. Le ministère estime en outre à 55 000 le nombre de personnes ayant participé à des actions devant des établissements scolaires, dont une partie seulement a rejoint les cortèges[112].

Le mouvement gagne aussi l'enseignement privé catholique : plusieurs établissements sont bloqués par leurs élèves dans la matinée, et l'Institut catholique de Paris l'est pour la première fois depuis [113].

À Paris, des incidents éclatent en fin d'après-midi place de la Bastille, où plusieurs dizaines de milliers de personnes sont rassemblées. Après une tentative d'évacuation de la place 17 h par l'usage de gaz lacrymogènes, des pavés sont lancés sur les forces de l'ordre, qui répliquent au canon à eau. La place est évacuée en début de soirée, mais des affrontements se poursuivent jusque tard dans la nuit[114]. À Marseille, le cortège est dispersé par la police au carrefour des Réformés peu avant 16 h, après une longue déambulation. Une délégation lycéenne et étudiante est reçue l'après-midi à la préfecture des Bouches-du-Rhône. À Aix-en-Provence, plus d'un millier de personnes se rassemblent à la Rotonde[107].

Le soir, le ministère de l'Intérieur relève une « augmentation des violences urbaines », dirigées en particulier contre des personnels et des établissements scolaires[110],[112]. Un incendie se déclare dans la nuit dans l'enceinte d'un lycée de Poitiers[115]. À Saint-Étienne, plusieurs dizaines de personnes s'introduisent dans un lycée et saccagent la cantine. À Saint-Chamond, un proviseur adjoint est brûlé au visage par un mortier d'artifice. À Bayonne, des enseignants sont atteints par des tirs de mortiers. À Toulouse, un proviseur est frappé par un manifestant adulte[112]. À Lormont, un groupe pénètre en fin de matinée dans le lycée des Iris et y cause d'importants dégâts[116].

Le même jour, le parquet de Belfort annonce la mise en examen de trois lycéens mineurs, âgés de 16 et 17 ans. Ils sont soupçonnés d'avoir participé à l'agression d'un policier le en marge du mouvement. Cela porte à cinq le nombre de mineurs mis en examen dans cette affaire[117]. Rapidement, sur les réseaux sociaux, les élèves du même lycée accusent l'agent agressé d'avoir tenté au préalable de noyer l'un d'entre eux dans la Savoureuse. Cette accusation donne lieu à une plainte de la part de l'un des lycéens mis en cause dans cette agression[118].

L'intersyndicale étudiante et professionnelle appelle à une nouvelle journée de grève et de mobilisation le mardi . La porte-parole de l'Union étudiante, Sabrine Kharbach, affirme que la mobilisation continuera « tant qu'on n'aura pas 10 milliards sur la table »[114].

Invité du journal de 20 h de TF1, Édouard Geffray présente un plan d'urgence. Il annonce que 3 000 professeurs remplaçants, jusque-là sans affectation devant des élèves, rejoindront entre le vendredi et le mardi suivants plus de 500 établissements jugés en grande difficulté. Ces établissements ont été repérés par un nouvel outil informatique : 114 lycées classés « rouges » et 400 « oranges » selon leur manque d'enseignants[119]. Il annonce aussi qu'il autorisera les recteurs à recruter au-delà des plafonds prévus, soit quelques centaines d'enseignants supplémentaires. Il indique enfin que le gouvernement s'appuiera sur les contributions de la plateforme de concertation pour proposer des amendements au budget de l'Éducation nationale lors de l'examen du projet de loi de finances[120].

Environ 150 étudiants de l'école du Louvre rejoignent le mouvement lycéen en procédant au blocus de leur école[121].

Le vendredi , le ministère de la Justice publie un nouveau bilan judiciaire, arrêté au à 17 h. Depuis le début du mouvement, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont 86 % de mineurs. Parmi elles, 2 376 font l'objet de poursuites, dont 1 923 mineurs[122]. Vingt-et-une personnes sont placées en détention provisoire, dont six mineurs[123]. Des avocats issus de la Conférence du stage du barreau de Paris dénoncent des violences physiques, des insultes et des pressions subies par des mineurs pendant leur garde à vue[124].

Le ministère de l'Intérieur indique que 24 enquêtes ont été confiées à l'Inspection générale de la Police nationale depuis le début du mouvement, soit six de plus que le mercredi précédent. Six d'entre elles portent sur des tirs de lanceur de balles de défense[125]. L'une des plus récentes concerne un coup de genou porté au visage d'un manifestant par un policier lors du rassemblement de la place de la Bastille la veille[126].

Le ministre Édouard Geffray se rend au lycée polyvalent de Cachan, dans le Val-de-Marne, pour assister à la restitution d'un « temps lycéen » et échanger avec les élèves et les personnels. Il était initialement attendu au lycée Pauline-Roland de Chevilly-Larue[127].

Semaine du  : dernière semaine de cours avant les vacances de la Toussaint et manifestations du 17 octobre

Le lundi , à quelques jours des vacances de la Toussaint, les lycéens entament une nouvelle semaine de mobilisation, à la veille d'un « acte V » prévu le lendemain[128]. L'Île-de-France recense près de 80 lycées perturbés et une dizaine d'établissements le sont à Rennes. Dans le Rhône, la préfecture compte 27 établissements touchés (19 lycées, six universités et deux collèges) et 13 interpellations. À Marseille, plusieurs établissements sont bloqués, majoritairement dans le calme ; devant le lycée Périer, situé dans un quartier aisé, des élèves disent se mobiliser par solidarité avec des établissements moins bien dotés[129].

En marge du Mondial de l'automobile, Emmanuel Macron, jusque-là peu intervenu publiquement sur le mouvement, appelle à ce que la mobilisation se déroule dans le calme et le respect des personnes et des biens[129]. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon affirme que le déploiement des 3 000 remplaçants a commencé. La secrétaire générale du Snes-FSU, Sophie Vénétitay, juge l'annonce éloignée des réalités du terrain, certains enseignants ayant été sollicités pour des remplacements hors de leur discipline[129]. Selon Matignon, près des trois quarts des contributions déposées sur la plateforme de concertation évoquent des emplois du temps surchargés, et la moitié l'état des bâtiments[129] ; le gouvernement en recense 76 500[128]. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, dénonce des annonces « cosmétiques », tandis que l'Union syndicale lycéenne maintient ses revendications, dont la suppression de Parcoursup et un plan de 10 milliards d'euros pour les lycées[129].

La rencontre prévue dans l'après-midi entre le ministre de l'Éducation nationale et les organisations lycéennes est reportée, après des tirs dans un collège d'Aubagne ayant blessé le principal et une enseignante[129]. L'incident n'est pas lié au mouvement lycéen, mais à une mouvance d'extrême droite fascinée par les tueries de masse[130].

Le soir, une dizaine de personnels du lycée Paul-Éluard de Saint-Denis occupent leur établissement pour porter les revendications des élèves et protester contre les fermetures d'établissements, qu'ils accusent de viser à affaiblir le mouvement[131].

Manifestation lycéenne et étudiante devant la rotonde à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), le .

Le mardi a lieu l'« acte V » de la mobilisation, à l'appel de l'intersyndicale étudiante et lycéenne, rejointe par six syndicats de l'Éducation nationale qui appellent les personnels à la grève[132]. Le matin sur France Inter, Édouard Geffray prévoit environ 200 établissements fermés, un chiffre inférieur à celui de la semaine précédente[133]. En fin de journée, le ministère de l'Éducation nationale fait état de 94,2 % de lycées ouverts et de 214 établissements fermés, contre 224 le , et parle d'un mouvement « en recul ». Le ministère de l'Enseignement supérieur estime qu'environ 35 % de ses établissements sont perturbés, tandis que l'Union étudiante affirme que 90 % des universités sont bloquées[134].

Le ministère de l'Intérieur dénombre 161 500 manifestants en France, dont 41 500 à Paris, tandis que l'intersyndicale de la jeunesse en revendique 480 000[135].

À Paris, deux cortèges défilent : le principal part à 14 h de la place d'Italie en direction de la place Vauban, près des Invalides, le second de l'Hôtel de Ville vers Matignon. Un arrêté préfectoral autorise la surveillance du cortège par drones[136]. Des heurts éclatent dans l'après-midi entre forces de l'ordre et manifestants au sein du cortège parti de l'Hôtel de Ville, où un reporter de France Info signale la présence de black blocs[137]. En fin de journée, la situation se tend place Vauban, où la police fait usage de gaz lacrymogène et de canons à eau[135]. Le média Contre Attaque relève deux vidéos montrant l'emploi de grenades assourdissantes GL-304 par les forces de police à la fin de la manifestation, dont une explose au centre d'une unité de policiers et semble en avoir grièvement blessé l'un d'eux, malgré le lourd équipement de protection[138].

À Rennes, le lycée Émile-Zola est bloqué dès 7 h avant la mise en place d'un barrage filtrant, et des agriculteurs de la Confédération paysanne apportent un petit-déjeuner aux lycéens mobilisés devant le lycée Chateaubriand. La préfecture compte 7 300 manifestants[133]. À Nîmes, environ 200 élèves se rassemblent dans le calme devant le lycée Daudet, et un cortège part à 10 h 30 à Mende[139]. À Chambéry, plusieurs centaines de lycéens se rassemblent devant le lycée Monge[132]. À Lyon, la police confisque une banderole syndicale, entraînant une polémique[140].

Selon le ministère de l'Éducation nationale, 147 personnels ont été blessés depuis le début du mouvement ; la journée du constitue le deuxième bilan quotidien le plus lourd pour les personnels après celui du [134]. Le même jour, une source proche du dossier fait état de 36 enquêtes confiées à l'IGPN depuis le début de la mobilisation[135].

Auditionné par la commission des Lois du Sénat, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez estime que le mouvement lycéen ne relève pas « du maintien de l'ordre classique » mais des « violences urbaines », les forces de l'ordre intervenant selon lui dans certains cas dans le cadre du schéma national des violences urbaines et non de celui du maintien de l'ordre. Il justifie ce basculement par des exactions qu'il dit documentées, comme des violences contre des personnels de l'Éducation nationale, des saccages de bâtiments publics ou des tentatives de pillage de commerces, et affirme que les forces de l'ordre n'interviennent pas lorsque les lycéens manifestent pacifiquement[141].

Les trois principales organisations lycéennes (Union syndicale lycéenne, Renouveau lycéen et Lycéens !) doivent être reçues par le ministre de l'Éducation nationale le jeudi [131].

Le mercredi , au lendemain de l'« acte V » de la mobilisation, lors des questions au gouvernement au Sénat, Sébastien Lecornu annonce que 937 membres des forces de l'ordre, 248 élèves et 149 personnels de l'Éducation nationale ont été blessés depuis le début du mouvement, dont 40 policiers et gendarmes lors de la seule journée du . Il qualifie le bilan concernant les personnels de plus lourd jamais connu par le ministère. Plus tôt dans la journée, Édouard Geffray avait indiqué que ces derniers avaient généralement été ciblés volontairement, au moyen de mortiers d'artifice ou d'objets[142].

Selon un nouveau bilan du ministère de la Justice, près de 8 000 personnes sont placées en garde à vue depuis le début du mouvement, dont 2 735 ont fait l'objet de poursuites ; 26 personnes, dont neuf mineurs, sont placées en détention provisoire[143]. Le même jour, le syndicat Alliance Police nationale annonce déposer une plainte contre l'État pour « mise en danger de la vie d'autrui »[143].

Le président de l'Union syndicale lycéenne, Ryad Rani, appelle à maintenir les blocages[144]. Avec plusieurs organisations, dont l'Union étudiante, il appelle également à rejoindre la mobilisation des Gilets jaunes prévue le samedi , au début des vacances de la Toussaint[145].

Les trois principales organisations lycéennes (Union syndicale lycéenne, Renouveau lycéen et Lycéens !) doivent être reçues le jeudi par Édouard Geffray et le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste[146]. Le président de Lycéens !, Pierre Sourzat, dit attendre des annonces concrètes, estimant n'avoir obtenu jusque-là que des « miettes »[147].

Le jeudi , Édouard Geffray visite le lycée des Iris de Lormont (Gironde), endommagé par un incendie volontaire le , puis le lycée des Graves de Gradignan, où il échange avec les équipes, les élus du conseil de la vie lycéenne et les délégués de classe[148]. Selon le ministre, 37 établissements sont partiellement incendiés depuis le début du mouvement[149]. Il indique que près des deux tiers des 3 000 remplaçants annoncés ont déjà été affectés, et que le nombre de lycées classés « rouges » est passé de 114 le à 47, l'objectif étant qu'il n'y en ait plus à la rentrée des vacances[150]. Un article de Libération du révèle que les enseignants titulaires sur zone de remplacement concernés se retrouvent affectés sur des matières qui ne sont pas leur spécialité, pour une durée limitée à quelques semaines au lieu de l'affectation à l'année annoncée, ou se retrouvent finalement sans classe ni mission[151]. Dans le même article, Philippe Lalouette, secrétaire général du Snasub-FSU, juge que les rectorats agissent « pour montrer que les annonces du ministre sont suivies d'effet » et que « cette course aux affectations risque d'assécher encore davantage un vivier de remplaçants déjà réduit par des années de suppressions de postes »[151].

À l'appel du SNPDEN-Unsa, les proviseurs mènent l'après-midi une « opération rideaux », consistant à ne traiter que les urgences, pour exprimer leur épuisement[152]. Le syndicat affirme partager en grande partie les revendications des lycéens et estime que des réponses concrètes sont nécessaires pour que le mouvement s'arrête[153].

Lors d'un point de presse à l'issue d'une réunion ministérielle consacrée à l'agriculture, Sébastien Lecornu estime que le mouvement lycéen est devenu un « mouvement de violences urbaines » dont l'intensité a augmenté ces derniers jours, ce qui ferait selon lui injure aux lycéens ayant voulu exprimer leurs inquiétudes. Il accuse, sans les nommer, « certains mouvements politiques » de vouloir récupérer la fatigue du pays à des fins électorales, dans une allusion à La France insoumise, et dit redouter des violences lors des manifestations contre la vie chère prévues le [154]. Invité de Franceinfo, Gabriel Attal juge pour sa part que le nombre de lycées bloqués ne peut servir de baromètre du mouvement, le malaise persistant selon lui[155].

À Saint-Denis, des membres du personnel du lycée Paul-Éluard dénoncent une intervention « violente » de policiers en civil venus interpeller un élève dans l'enceinte de l'établissement. Des vidéos montrent plusieurs personnels tenter de s'opposer à l'interpellation[156]. Selon des personnels, le proviseur aurait convoqué l'élève dans son bureau avant de faire entrer les policiers[157]. La préfecture de police indique être intervenue aux abords du lycée, où près de 300 élèves étaient rassemblés, et fait état de plusieurs infractions commises contre les policiers[158]. Le même jour, l'interpellation à son domicile d'une lycéenne de 17 ans, placée en garde à vue, suscite également la polémique en Seine-Saint-Denis[157].

En région, à Strasbourg, des heurts éclatent devant le lycée Couffignal, où la direction a fait appel aux forces de l'ordre après que des lycéens ont cadenassé le portail et allumé un feu[159]. À Rennes, plusieurs lycées, dont Émile-Zola, sont bloqués, et la préfecture compte 1 400 manifestants dans le cortège[160]. À Toulouse, des étudiants bloquent plusieurs bâtiments de l'université Toulouse-Capitole, en soutien aux lycéens et pour dénoncer leurs propres conditions d'études[161]. À Lyon, les deux manifestations prévues, présentées par les organisateurs comme l'« acte VI » du mouvement, sont interdites par la préfecture[162],[163]. Des étudiants d'HEC Paris se rassemblent par ailleurs devant leur école en soutien aux lycéens, une première pour l'établissement[164]. Des membres de groupes d'ultragauche (black blocs) s'immiscent en nombre dans la manifestation lycéenne afin de faire « dégénérer » le mouvement[165].

En fin d'après-midi, la troisième réunion entre Édouard Geffray et les organisations lycéennes, tenue en visioconférence, ne débouche sur aucune avancée notable. Le gouvernement se dit prêt à modifier Parcoursup et à renforcer l'accompagnement à l'orientation, mais refuse de supprimer la plateforme, des mesures devant être annoncées d'ici la fin du mois[150]. Le président de Lycéens !, Pierre Sourzat, annonce que son organisation ne se rendra plus aux réunions avec le ministre et demande désormais à rencontrer le Premier ministre[166]. Le président de Renouveau lycéen, Nathanaël Combary, réclame des états généraux pour une refonte complète de Parcoursup et un plan national pour le bâti scolaire[167]. L'Union syndicale lycéenne (USL), Les Lycéens! et Renouveau lycéen appellent les lycéens à manifester le samedi aux côtés d'autres mobilisations[168],[169],[170].

Le vendredi , veille des vacances de la Toussaint, le ministère de l'Éducation nationale affirme que 2 000 des 3 000 remplaçants promis ont été affectés, et que 165 personnels ont été blessés depuis le début du mouvement[171]. À la sortie de la réunion de la veille, Édouard Geffray avait estimé qu'une bonne partie du chemin avait été faite pour entendre les revendications. Les trois principales organisations lycéennes (Union syndicale lycéenne, Lycéens ! et Renouveau lycéen) jugent au contraire que les annonces ne répondent pas aux difficultés dénoncées et appellent à poursuivre la mobilisation[171]. Elles souhaitent désormais s'entretenir directement avec le Premier ministre, et l'absence de réponse concrète les conduit à envisager de prolonger le mouvement pendant les vacances[172]. Sur France Inter, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, nie tout essoufflement du mouvement et demande au Premier ministre d'annoncer d'urgence la fin de Parcoursup et de modifier en profondeur le projet de budget pour financer l'éducation et l'enseignement supérieur[171].

La journée est surtout marquée par la préparation de la mobilisation du samedi , à laquelle appellent les organisations lycéennes et étudiantes, aux côtés d'anciens Gilets jaunes, de militants pour le climat et de syndicats. Sur France 2, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez annonce que l'usage des grenades assourdissantes, suspendu pour le mouvement lycéen depuis la blessure du lycéen de Lens, sera de nouveau possible en cas de violences urbaines extrêmement graves, l'ensemble des armes intermédiaires (LBD, grenades, pistolets à impulsion électrique) pouvant être employé[173]. Sébastien Lecornu convoque une cellule interministérielle de crise, réunie au niveau des directeurs de cabinet du Premier ministre, du ministre de l'Intérieur et des autres ministres concernés[174]. Depuis le Conseil européen de Bruxelles, Emmanuel Macron appelle au calme, estimant que le droit de manifester doit s'accompagner du respect, sans insulter ni casser[175].

À l'issue d'une réunion avec les organisateurs, le préfet de police de Paris, Patrice Faure, annonce l'absence d'accord sur le parcours du cortège parisien : seul le départ, place de la Bastille à 14 h, fait consensus. Le préfet dit vouloir permettre une déambulation en toute sécurité et refuse une arrivée dans le centre de Paris, proposant comme point d'arrivée la place de Clichy[174]. Ce parcours est accepté par la CGT et le mouvement du 26 septembre pour le climat, mais refusé par les organisations lycéennes et étudiantes et par les Gilets jaunes ; une représentante de l'AG Interfac d'Île-de-France déplore que les manifestations se dirigeant vers les lieux de pouvoir soient refusées[176]. Selon une source proche du ministère de l'Intérieur, près de 150 000 manifestants sont attendus en régions[175], et entre 20 000 et 40 000 à Paris selon les autorités[174].

À partir de ce jour, des étudiants de l'ENS de Paris ont débuté une université populaire où ils offrent à tous des activités variées (conférences, ateliers, débats, discussions)[177].

Selon les organisateurs, 800 000 manifestants ont été recensés, dont 110 000 à Paris[178]. Le ministère de l'Intérieur affirme que 550 000 manifestants ont marché dans tout le pays, confirme les 110 000 manifestants à Paris[179] ainsi qu'un total de 110 manifestations dans tout le pays[180].

D'importantes émeutes et pillages en marge des manifestations touchent plusieurs villes du pays, notamment Limoges dont l'hôtel de ville inscrit monument historique est détruit par un incendie volontaire, ainsi que Bordeaux, Lille[181],[182], Lyon, Strasbourg[183],[184] ou Marseille où, selon la préfecture de police des Bouches-du-Rhône, les forces de l'ordre doivent faire face à 30 000 pilleurs, dont 8 000 émeutiers[185].

108 personnes sont interpellées à Paris durant la journée[186].

Semaine du  : propositions gouvernementales et manifestations du 24 octobre

Le président de la République prend la parole le au soir dans une Adresse aux Français. Celui-ci évoque pour l'une des premières fois le mouvement lycéen et étudiant qui a lieu dans le pays depuis plusieurs semaines. Il invite notamment chaque participant du milieu éducatif au dialogue : « Nous ne pouvons pas demander à notre jeunesse de croire en l'avenir sans lui donner la possibilité de construire les réponses et d'être autour de la table. Oui, il nous faut nous asseoir autour de la table et construire ensemble des solutions. Élèves, étudiants, enseignants, représentants des organisations patronales et syndicales, collectivités territoriales, parlementaires travailleront dès cette semaine avec le gouvernement à des propositions concrètes[187]. »

Pour autant, le lendemain matin, des mouvements étudiants se sont poursuivis afin de soutenir les lycéens, alors en vacances scolaires, ainsi que pour poursuivre la lutte étudiante. On peut notamment mettre en relief l'action d'étudiants de l'École du Louvre qui, associés à des personnels du musée, ont bloqué l'entrée du lieu touristique et culturel. Cela a parfois donné lieu à des huées de la part de touristes mécontents, bien que les étudiants eussent souhaité faire preuve de pédagogie en distribuant des tracts en diverses langues pour expliquer la situation[188].

Le , le ministère de l'Enseignement supérieur a convoqué une « concertation flash sur Parcoursup, sur l'orientation et sur l'accès à l'enseignement supérieur » qui s'est déroulée le [189]. Lors de celle-ci, les syndicats étudiants accueillis, l'Union syndicale lycéenne, l'Union étudiante, l'UNEF et la FAGE ont manifesté leur désaccord sur la présence d'un représentant de l'UNI, une organisation qu'ils ont qualifiée d'« antisémite » et de « fasciste » notamment car certains de ses membres ont été vus faisant des saluts nazis. Suite à cela, ils ont quitté, avec la FSU, la rencontre, et demandé alors à être reçu par le Premier ministre. Ils ont également souligné que les propositions faites, notamment concernant Parcoursup, ne sont pas entendues, comme l'exprime Sabrine Kharbach (porte-parole de l'Union étudiante) : « Le ministre de l'Enseignement supérieur nous parle encore de transparence de Parcoursup, alors que nous demandons son abrogation, simple et claire. » Enfin, ils ont appelé à poursuivre le mouvement et à participer aux manifestations prévues le puis le [190].

Le , la Ligue des droits de l'Homme a publié un communiqué dans lequel il est annoncé que le Comité des droits de l'enfant a été saisi et par lequel il est demandé au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme d'envoyer une mission d'observation en France « afin que manifestantes et manifestants puissent s'exprimer pacifiquement »[191].

de nuit deux camionnettes de la gendarmerie bloquent les entrées d'une rue
Couvre-feu aux Halles de Paris le 23 octobre 2026.

Dans l'après-midi du , le président de la République a rencontré pour la première fois des organisations lycéennes. Au terme de cet échange, il a promis une « refonte » de Parcoursup. De leur côté, les représentants lycéens ont fait le vœu de « continuer les mobilisations »[192].

manifestants avec pancartes et banderole
Cortège des lycéens et des étudiants à Paris le 24 octobre 2026.

Le , un « acte II » de la mobilisation contre la vie chère rassemble plus de 800 000 manifestants selon la CGT et 410 000 selon le ministère de l'Intérieur, dont 250 000 à Paris selon la CGT (110 000 selon les autorités)[193]. La journée se déroule sous fortes restrictions : plus d'une centaine de villes sont concernées par des interdictions de manifester ou des couvre-feux[194], et le cortège parisien est relégué entre la porte d'Italie et la porte de Vincennes[195]. Selon Blast, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait demandé aux opérateurs de se tenir prêts à suspendre l'accès à TikTok, Instagram, Snapchat et X ce week-end-là, une mesure finalement non appliquée[196].

Semaine du  : autres mesures gouvernementale et manifestations du 31 octobre

Le lundi , à partir de 14 h 30, le Premier ministre Sébastien Lecornu reçoit les organisations lycéennes à Matignon. Les mesures du gouvernement, révélées par Le Parisien, portent sur Parcoursup, l'organisation du temps scolaire, les effectifs des classes et les postes d'enseignants[197],[198].

Parcoursup est maintenu pour la session . Les formations de l'enseignement supérieur devront alors motiver leurs refus, et leurs critères de sélection devront être plus transparents. La plateforme sera remplacée en par un nouvel outil, dont le nom n'est pas encore connu. Celui-ci sera conçu par un « comité de réforme » réunissant lycéens, enseignants et ministres, dont les conclusions sont attendues fin et pourront être soumises au Parlement[197],[198].

Le temps scolaire est revu. La pause méridienne est garantie pour une durée d'au moins une heure. Les options issues de la réforme Blanquer sont maintenues, mais limitées à trois, afin d'alléger les emplois du temps[198].

Les effectifs des classes de seconde sont plafonnés à 28 élèves. Selon le ministère de l'Éducation nationale, la quasi-totalité de ces classes dépasse actuellement ce seuil, et elles comptent jusqu'à 35 élèves en ville. La mesure s'appliquera à la moitié des établissements à la rentrée , puis à l'autre moitié en [197],[198].

Le gouvernement annonce le recrutement de 920 enseignants, dont 500 affectés en seconde. Ces recrutements s'ajoutent aux 3 000 remplaçants annoncés par Édouard Geffray le . Il renonce également à la suppression de 800 postes dans le second degré prévue au budget [197],[198].

15 000 places supplémentaires sont annoncées dans l'enseignement supérieur, dont « 10 000 en BTS, 4 000 en IUT et 1 000 dans les formations de santé, avec une priorité accordée à l'Ile-de-France »[199].

Enfin les bourses étudiantes seront indexées sur l'inflation[199].

Les organisations lycéennes et étudiantes accueillent ces annonces avec réserve et appellent à poursuivre la mobilisation, avec de nouvelles journées d'action le et le [200]. Elles dénoncent d'abord la méthode du gouvernement : des créatrices de contenus spécialisées dans l'éducation ont été reçues à Matignon le matin même et ont dévoilé les premières mesures avant la venue des représentants des élèves. La secrétaire générale de l'Unef, Manon Moret, y voit « un certain mépris du gouvernement », et des représentants accusent l'exécutif de chercher à diviser lycéens et étudiants[201]. Le vice-président de Lycéens !, Louis Letoublon, y lit pour sa part le signe de « l'impréparation du gouvernement »[202].

Sur le fond, les syndicats étudiants jugent les mesures très insuffisantes. L'Unef rappelle que les formations motivent déjà leurs refus sur Parcoursup et que les étudiants réclament la fin de la sélection, non plus de transparence ; elle juge le calendrier de remplacement, fixé à , hors de propos puisque le gouvernement actuel ne sera plus en fonction. Les 15 000 places annoncées dans le supérieur sont jugées loin des 250 000 réclamées, d'autant que 10 000 ont été supprimées l'année précédente selon l'Union étudiante. Félix Steve, membre de ce syndicat et élu au Cneser, doute que le plafonnement des classes de seconde puisse être appliqué faute d'enseignants, et rappelle la revendication d'un plan de dix mesures à dix milliards d'euros : selon lui, « le gouvernement nous donne des miettes »[203]. Côté lycéen, les réactions sont mitigées : Lycéens ! salue l'ouverture de places en BTS et en IUT mais regrette l'absence d'avancée pour l'université, un représentant de lycéens mobilisés du Val-de-Marne se montre sceptique sur le remplacement de Parcoursup en deux temps, tandis que le président de Renouveau lycéen et adhérent au parti Renaissance, Nathanaël Combary, estime que le dialogue a permis de satisfaire une partie des revendications[204].

Le , le Sénat entame en séance publique l'examen du projet de loi « casseurs-payeurs ». Son examen avait été accéléré après le début du mouvement lycéen, et la commission des lois l'avait durci le [205].

En soirée, les sénateurs adoptent l'article premier. Celui-ci crée un régime de responsabilité civile solidaire, plafonné à 10 000 euros par personne, pour deux catégories de personnes : celles ayant sciemment participé à un groupement formé en vue de commettre des violences, et celles s'étant maintenues dans un attroupement après deux sommations. Des dérogations sont prévues pour les personnes présentes pour un motif légitime, comme les observateurs indépendants ou les street medics. Un amendement du gouvernement visant à restreindre ces dérogations aux seuls journalistes est rejeté.

Le Sénat adopte aussi plusieurs mesures nouvelles :

  • un délit de participation à une manifestation interdite, puni de six mois d'emprisonnement et de 7 500 euros d'amende ;
  • une interdiction individuelle de manifester, prononcée par le préfet ;
  • la possibilité de bloquer les plateformes qui ne retirent pas sous 24 h certains contenus appelant à la violence.

La gauche dénonce une atteinte à la liberté de manifester. Pour l'écologiste Mélanie Vogel, le texte « désigne des payeurs de substitution »[206].

Dans la nuit, le texte est adopté par 229 voix contre 105, avec le soutien du Rassemblement national[207],[208]. Le texte prévoit également la saisie de certaines prestations sociales (allocations familiales, APL, RSA) pour recouvrer les sommes dues, ainsi qu'un assouplissement du recours aux drones lors des manifestations[209]. Il est ensuite transmis à l'Assemblée nationale[210].

Le même jour, l'intersyndicale de la jeunesse (Fage, Union étudiante, Unef, USL) ainsi que Les Lycéens ! et Renouveau lycéen maintiennent leurs appels à manifester le et le . L'intersyndicale réclame toujours un plan de dix mesures d'un montant total de 10 milliards d'euros[211].

Le , l'Assemblée nationale tient un débat sans vote, au titre de l'article 50-1 de la Constitution, sur l'avenir de l'orientation et de l'affectation des lycéens dans l'enseignement supérieur. LFI réclamait que ce débat soit suivi d'un vote[212].

Sébastien Lecornu ouvre les débats. Il juge les revendications des lycéens cohérentes et déclare : « Parcoursup sera remplacé pour la campagne 2028, c'est entendu ». Édouard Geffray se dit ouvert à une évolution du contrôle continu dès la rentrée , sans le supprimer.

Tous les groupes approuvent la fin de Parcoursup, mais leurs propositions divergent :

  • Violette Spillebout (EPR) plaide pour une refonte complète de l'orientation ;
  • Roger Chudeau (RN) critique l'algorithme de la plateforme ;
  • Maxime Michelet (UDR) veut rendre au baccalauréat son rôle dans l'admission ;
  • Louis Boyard (LFI) demande au Premier ministre de présenter des excuses aux lycéens.

Lecornu annonce qu'il reverra les représentants lycéens et étudiants dans les quinze jours, et que le « comité de réforme » rendra ses premières recommandations courant novembre[213]. Le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste annonce un débat similaire au Sénat la semaine suivante. Il rappelle que Parcoursup repose sur la loi ORE de et qu'aller plus loin suppose de modifier la loi[214].

Le soir, Emmanuel Macron est l'invité de la chaîne YouTube HugoDécrypte. Il estime que la jeunesse a été entendue et que cela doit « ramener tout le monde au calme ». Il souhaite que les lycées rouvrent à la rentrée du . Il exprime sa compassion envers les lycéens blessés comme envers les policiers blessés, et rappelle que des enquêtes ont été ouvertes sur les agissements de policiers[215].

Le , Édouard Geffray reprend à son compte le mea culpa du président de la République et reconnaît que le gouvernement aurait « dû être plus rapides ». Des politologues et communicants interrogés par Public Sénat y voient une tentative d'apaisement à l'approche de la rentrée[216].

Le même jour, le gouvernement présente aux Régions la restitution de la consultation lycéenne menée du 6 au . Elle a recueilli plus de 100 000 participations. Les difficultés les plus citées sont le déséquilibre du temps scolaire (71,4 %) et l'inadaptation du bâti (56,3 %)[217].

L'après-midi, Laurent Nuñez reçoit les organisations lycéennes et étudiantes au sujet des méthodes d'intervention des forces de l'ordre. À l'issue de la réunion, la présidente de la Fage, Suzanne Nijdam, estime que le ministre a « infantilisé nos organisations »[218].

À la veille de l'« acte III » de la mobilisation contre la vie chère, à laquelle appellent la coordination des Gilets jaunes et l'intersyndicale de la jeunesse, la préfecture de police interdit les parcours proposés dans le centre de Paris :

  • celui de la CGT, de la place de la Bastille à la place de la Nation ;
  • celui des Gilets jaunes, de la place de la Bastille à la place de la Concorde.

Elle impose un trajet de la porte de Bagnolet à la porte de Charenton, avec un départ à 14 h. Elle instaure aussi un couvre-feu de 23 h à 6 h du 31 octobre au dans les secteurs de République et de Châtelet-les-Halles. L'intersyndicale annonce contester cette mesure devant le tribunal administratif.

Dans une note aux préfets, Laurent Nuñez évoque un risque « très élevé » de violences urbaines et annonce la mobilisation de 70 000 policiers et gendarmes. Les manifestations sont interdites à Marseille et dans une large partie du centre de Lyon, mais autorisées dans le centre de Bordeaux. Près de 250 rassemblements sont recensés par la coordination des Gilets jaunes[219].

Le même jour, la députée Agnès Firmin-Le Bodo (Horizons) démissionne de son poste de corapporteure de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les violences du . Elle dénonce une répartition des postes contraire aux équilibres de l'Assemblée. Les deux autres corapporteurs sont Roger Vicot (PS) et Pouria Amirshahi (écologiste). Le président du groupe socialiste Boris Vallaud lui reproche de chercher à décrédibiliser la commission. Celle-ci doit commencer ses travaux le par l'audition de Laurent Nuñez[220],[221].

Selon le ministère de l'Intérieur, 83 enquêtes ont été confiées à l'IGPN et à l'IGGN depuis le début du mouvement. Parmi elles figurent celles portant sur une adolescente éborgnée à Mulhouse et sur un mineur ayant eu la main arrachée à Saint-Étienne, le [222]. À Toulouse, Tedy, un serveur de 20 ans amputé de deux doigts par l'explosion d'une grenade lors de la manifestation du , a déposé deux plaintes. Son avocate met en cause la décision du ministre de l'Intérieur d'autoriser de nouveau ces grenades[223].

Banderole tenue par des manifestants : « On veut pas passer notre vie à la gagner Coord lycéenne Banlieue x Paris 95, 94, 93, 92, 91, 78, 77, 75 On sera pas une génération sacrifiée »
Banderole lycéenne de la manifestation parisienne du 31 octobre 2026.

L'« acte III » de la mobilisation contre la vie chère, organisé le jour d'Halloween et à l'avant-veille de la rentrée scolaire, réunit 320 000 personnes selon le ministère de l'Intérieur et près d'un demi-million selon les organisations de jeunesse, une participation en recul[224]. Le ministre de l'Intérieur avertit que les masques d'Halloween ne constitueront pas un motif légitime de dissimulation du visage[225].

À Paris, le tribunal administratif autorise en référé le parcours Bastille-Nation déclaré par la CGT, mais le Conseil d'État, saisi dans la nuit d'un appel interjeté par le ministère de l'Intérieur, annule cette décision le matin même et valide le trajet imposé entre la porte de Bagnolet et la porte de Charenton[226]. À Toulouse, tous les rassemblements sont interdits[227].

Les cortèges se déroulent majoritairement dans le calme, mais des affrontements éclatent lors des dispersions dans plusieurs grandes villes, dont Paris, Marseille, Rennes, Toulouse, Rouen et Bordeaux[228]. À Paris, un gendarme mobile est atteint par un cocktail Molotov près de la porte de Charenton. Un bilan provisoire du ministère de l'Intérieur fait état de 565 interpellations à 21 heures[229].

Revendications

Revendications des lycéens affichées devant le lycée Arago à Perpignan.

Les revendications exprimées dénoncent notamment les conditions de scolarité[34]. Elles se rejoignent généralement sur[15],[25],[30],[33] :

  • l'augmentation des moyens attribués à l'éducation,
  • plus d'égalité entre les villes de banlieue et établissements situés dans les grandes métropoles[230],
  • le recrutement et le remplacement des enseignants absents,
  • le recrutement de personnels supplémentaires, notamment de vie scolaire et d'accompagnement (infirmière scolaire, aide à l'apprentissage, accompagnant des élèves en situation de handicap),
  • l'amélioration de l'état des bâtiments scolaires,
  • l'amélioration des conditions d'enseignement (effectifs au sein des classes et emploi du temps)[27],
  • des réformes globales du système scolaire,
  • l'abrogation de Parcoursup[231],
  • l'ouverture de 150 000 places dans le supérieur,
  • l'annulation de l'interdiction du téléphone portable et objets connectés effective depuis la rentrée ,
  • diverses revendications propres aux établissements mobilisés.

Certaines mobilisations locales portent sur des questions relatives à la restauration scolaire, au règlement intérieur, ou les conditions d'accueil en internat[33],[232].

Des vidéos et des tracts, dont certains comportent des revendications propres à des établissements et sont présentés par Le Monde comme générés avec l'aide d'outils d'intelligence artificielle, circulent notamment sur TikTok, Snapchat et Instagram. Ces contenus ne proviennent cependant pas uniquement d'organisations militantes. Certains sont relayés par des comptes consacrés à l'actualité ou aux faits divers. Selon les rectorats, cette circulation contribue à l'extension rapide du mouvement[33]. Les manifestants emploient des modes de revendication originaux, comme les battles d'aura[111].

Organisations

Organisations lycéennes

L'Union syndicale lycéenne (USL) joue un rôle central dans les appels à la généralisation des blocages. Son président Ryad Rani explique le 28 septembre 2026 que l'organisation souhaite étendre le mouvement en raison de problèmes qu'elle considère comme communs aux établissements du territoire national[33].

Les associations représentatives des lycéens Les Lycéens! et Renouveau Lycéen soutiennent les mobilisations et blocages[233]. C'est également le cas du Mouvement national lycéen (MNL)[234].

Plusieurs responsables des organisations lycéennes sont critiqués pour le fait qu'ils ne sont plus lycéens et leur proximité avec des partis politiques. Ainsi, Ryad Rani de l'USL et Nathanaël Combary de l'association Renouveau lycéen ont terminé leur scolarité au lycée quelques mois plus tôt et doivent être remplacés lors des élections lycéennes suivantes. Ils sont proches respectivement de La France insoumise et de Renaissance. Axel Larrère, autre représentant du Renouveau lycéen, est pour sa part un militant des Républicains[235].

L'Union syndicale lycéenne, Renouveau Lycéen et Lycéens! sont reçus par les ministres de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur, Édouard Geffray et Philippe Baptiste, le [236].

Le Président de la République, Emmanuel Macron, reçoit 14 lycéens dont les représentants de l'Union syndicale lycéenne, Renouveau Lycéen et Lycéens! au palais de l'Élysée le 23 octobre 2026[237].

Organisations étudiantes

Pancartes de soutien et de solidarité au campus Jourdan de l'École normale supérieure.

Le , l'Union étudiante (UÉ) s'associe à l'USL pour appeler à de nouveaux blocages dans les lycées et les universités[38].

Violences et dégradations

Blessés et interpellations

Le premier blessé est enregistré le à Saint-Ouen-l'Aumône[238].

Le ministère de l'Intérieur, Laurent Nuñez, fait état de 164 interpellations le , puis de 440 interpellations lors de la journée du . Au , il indique que 625 personnes sont interpellées depuis le début de la mobilisation[33],[44].

Le , 83 policiers et gendarmes sont blessés selon le ministre de l'Intérieur. Depuis le début du mouvement, le ministre de l'Éducation nationale fait état de 119 élèves et personnels de l'Éducation nationale blessés, dont 34 personnels[44].

Le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray annonce de son côté que 119 élèves et personnels de l'Éducation nationale sont blessés depuis le début du mouvement, dont 34 personnels[44].

Le , le bilan s'élève à 1 949 interpellations ainsi que 318 blessés dont 65 membres du personnel de l'Éducation nationale, 170 élèves blessés et 83 policiers et gendarmes, selon le Gouvernement[239],[240].

Le , le ministre fait état de 190 élèves et personnels de l'Éducation nationale blessés depuis le début du mouvement. Le ministère de l'Intérieur annonce de son côté 984 interpellations et 65 membres des forces de l'ordre blessés au cours de la journée[241].

Le ministère de la Justice publie un premier bilan judiciaire : 5 060 personnes sont placées en garde à vue depuis le début des violences en marge du mouvement, dont 87 % de mineurs, et quatorze placements en détention provisoire ont été ordonnés[242]. Parmi les personnes placées en garde à vue figurent 4 406 mineurs et 654 majeurs. Des poursuites sont engagées contre 1 802 personnes (1 483 mineurs et 319 majeurs), et les détentions provisoires concernent dix majeurs et quatre mineurs[243].

Au , le bilan des policiers blessés s'établit à 761 selon Laurent Nuñez[244]. Le lendemain, il fait état de 504 interpellations et de 48 policiers et gendarmes blessés au cours de la journée[110]. Au , au moins 100 personnels de l'Éducation nationale ont été blessés[245].

Au ce sont plus de 6 800 personnes dont 86 % de mineurs qui ont été interpellées depuis le début de la contestation, avec une moyenne de 1 000 interpellations quotidiennes. Parmi elles, 2 376 personnes ont été poursuivies et 65 % ont été déférées. 21 placements en détention provisoire ont été ordonnés, dont 15 majeurs et 6 mineurs. Ce rythme d'interpellation est un record sans précédent dans l'histoire récente des manifestations citoyennes. En comparaison, lors du Mouvement des Gilets jaunes la moyenne était de 460 arrestations par jour et 450 arrestations par jour lors des émeutes consécutives à la mort de Nahel Merzouk. Le record est toujours celui de 12 000 arrestations de masse d'Algériens en quelques heures lors du massacre du [2],[246],[247]. Certains lycéens ont témoigné d'avoir subi des violences physiques et psychologiques pendant leur détention, des humiliations et des insultes racistes. Selon Michel Kokoreff, sociologue et professeur des universités à Paris 8, les arrestations des manifestants par la police « sont aussi une forme de violence policière » en les gardant à vue un ou deux jours pour les dissuader de manifester. Pour Sebastian Roché, politologue et directeur de recherche au CNRS, « le but est d'étouffer le mouvement de protestation sous la masse des interpellations. C'est une forme de dissuasion par la menace[2]. »

Le , le syndicat Alliance Police nationale annonce porter plainte contre l'État pour « mise en danger de la vie d'autrui » alors qu'un bilan du Premier ministre fait état de 937 blessés parmi les forces de l'ordre, ainsi que 248 élèves et 149 membres du personnel éducatif[248],[249]. Ce chiffre est contesté sur les réseaux sociaux et par LFI, du fait que des policiers adultes avec un équipement de protection lourd auraient quatre fois plus de blessés que les 215 lycéens recensés, et que le décompte du ministère de l'Intérieur est uniquement basé sur les déclarations des agents sans aucun détail sur la nature et l'origine des blessures[250].

Au , il y avait 1 260 interpellations dans l'agglomération parisienne depuis le début du mouvement[251].

Violences policières

Face à face entre la police et des lycéens à Perpignan, le .

Le mouvement fait l'objet, selon le politologue Robi Morder, d'une répression policière d'une ampleur inédite pour un mouvement lycéen[252]. Le non-port du numéro référentiel des identités et de l'organisation (RIO), pourtant obligatoire[253], ainsi que des actions menées par des policiers en civil sont dénoncés[254],[255]. Plusieurs enquêtes de l'Inspection générale de la Police nationale (IGPN) sont ouvertes à la suite de graves blessures lors d'interventions policières, dont au moins dix saisines par le ministre de l'Intérieur[256]. Le Défenseur des droits est saisi de plusieurs situations[257].

Coups, blessures et mutilations

Chaîne humaine s'interposant entre les policiers et les autres manifestants, place de la Nation, à Paris, le .

Dès le , six avocats des barreaux de Paris et de Seine-Saint-Denis dénoncent des violences policières visant des lycéens interpellés lors de blocus en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d'Oise. À Saint-Denis, un adolescent de 15 ans serait arrivé au commissariat le visage en sang et y aurait reçu plusieurs gifles ; un autre, âgé de 16 ans, affirme avoir reçu un coup de poing au foie lors de son arrestation, puis une gifle au commissariat. Les avocats annoncent porter plainte et saisir l'IGPN[258]. Le , à Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise), un lycéen de 14 ans, Eden, est grièvement blessé après avoir reçu à bout portant dans la mâchoire un tir de lance-grenades de type « Cougar » lors du blocage du lycée professionnel du Château-d'Épluches, après avoir, selon le parquet de Pontoise, porté des coups à une policière, ou selon ses professeurs après avoir « été pris à partie par plusieurs agents, lui assénant des coups répétés » et qui dénoncent que « la situation a dégénéré du fait d'une réaction disproportionnée des forces de l'ordre »[259]. Le Défenseur des droits s'autosaisit de l'affaire, confiée à l'IGPN[260]. Selon Le Monde, « il avait les yeux rivés sur son téléphone portable lorsque trois fonctionnaires de police se sont dirigés vers lui avant de le bousculer, puis de lui porter un coup de matraque et enfin, après qu'il a riposté par un coup de pied, tiré un projectile en direction de son visage quasiment à bout portant ». Le , le policier auteur du tir est mis en examen pour « violences par personne dépositaire de l'autorité publique suivie de mutilation ou d'infirmité permanente » et est placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d'exercice professionnel, de contact avec le public et de détention et de port d'arme[261].

Lors du blocus du lycée Balzac à Tours (Indre-et-Loire) le , Maël, un lycéen de 16 ans, est grièvement blessé et perd l'usage de son œil droit[262]. Selon la procureure, ses lésions sont compatibles avec l'impact d'un projectile de type LBD[263]. Le , à l'issue de l'enquête de l'IGPN, une information judiciaire est ouverte et l'un des deux policiers ayant fait usage de leur LBD est mis en examen pour violences aggravées et placé sous contrôle judiciaire, avec interdiction de détenir et d'utiliser un LBD ; l'autre est placé sous le statut de témoin assisté[264],[265]. Le lendemain, son avocate affirme que le tir de son client, conforme selon elle à la doctrine d'emploi, a atteint un autre manifestant et non Maël[266],[267].

Le , à Argenteuil (Val-d'Oise), un lycéen de 16 ans est grièvement blessé à l'œil sur la Dalle, en marge d'une manifestation lycéenne. Selon le parquet de Pontoise, deux policiers ont fait usage de leur LBD en « riposte » à des tirs de mortiers d'artifice, et la description du blessé correspond à celle de l'une des deux personnes visées ; une enquête pour violences avec arme par personne dépositaire de l'autorité publique est confiée à l'IGPN[260],[268]. Le même jour, à Alençon (Orne), une lycéenne de 14 ans est étranglée par un policier lors de son interpellation devant le lycée Leclerc-Navarre[269]. À Metz (Moselle), le parquet ouvre une enquête, confiée à l'IGPN, après la diffusion d'une vidéo montrant un policier maintenant au sol une lycéenne de 14 ans lors de son interpellation et lui caressant les cheveux et la poitrine, afin d'établir l'existence ou non d'une agression sexuelle sur mineur[270].

Le , à Belfort (Franche-Comté), un commandant de police en civil est filmé en train d'interpeller un lycéen de 17 ans. Il est accusé par des internautes et l'avocat du lycéen d'avoir essayé de noyer ce dernier, avant d'être lui-même roué de coups par un groupe de jeunes ; le lycéen, mis en examen avec un camarade pour violences aggravées contre le policier et placé en détention provisoire, porte plainte pour tentative de meurtre[271], et le parquet de Vesoul, auquel l'affaire a été dépaysée, ouvre le une enquête pour ce chef, confiée à l'IGPN[272].

Le , à Lens (Pas-de-Calais), Evan, un élève de 15 ans du lycée Auguste-Béhal, est grièvement blessé par l'explosion d'une grenade assourdissante à proximité de l'établissement[273]. Il perd sa main gauche et est transporté au centre hospitalier de Lille. Le parquet juge le tir de grenade conforme et affirme que l'adolescent l'avait ramassée, ce que conteste formellement son avocate, qui nie également toute participation de sa part à des violences[274],[275],[276]. Une vidéo identifiée le montre un élève se pencher, main en avant, vers le projectile[277],[278]. Le soir même, Le ministre de l'Éducation Édouard Geffray déclare « Je ne sais pas ce qui s'est passé, dans quelles conditions, c'est intervenu ». Le , le parquet de Béthune déclare que l'élève a bien ramassé la grenade[279]. L'élève est toujours hospitalisé le [280]. L'avocat de l'élève déclare le qu'Evan aurait commencé à ramasser des débris laissés au sol après les affrontements afin de pouvoir montrer à sa mère qu'il n'avait pas séché les cours[281]. À l'occasion d'une conférence de presse donnée ce , les proches du lycéen ont annoncé avoir déposé une nouvelle plainte, cette fois-ci pour « violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente »[282]. À la suite de cette blessure, l'usage des grenades assourdissantes est suspendu dans le cadre des mobilisations lycéennes[283], avant d'être autorisées à nouveau le par le ministre de l'Intérieur en cas de « violences urbaines extrêmement graves » en vue de la mobilisation du samedi [173].

À Martigues (Bouches-du-Rhône), une lycéenne de 17 ans est frappée au visage par un projectile lors d'un blocus et hospitalisée, touchée à l'œil et au nez ; l'affaire fait partie des six enquêtes confiées à l'IGPN pour des blessures liées à des tirs de LBD[284]. Le , à Marseille, un lycéen est frappé à la tête par un CRS avec sa matraque[285].

Le , lors du rassemblement de la place de la Bastille à Paris, le parquet de Paris ouvre une enquête, confiée à l'IGPN, après la diffusion d'une vidéo semblant montrer un policier donner un coup de genou à un manifestant ; c'est la cinquième enquête confiée par ce parquet à l'IGPN dans le cadre du mouvement[286]. Lors du même rassemblement, un jeune homme de 19 ans annonce porter plainte pour agression sexuelle après la diffusion d'une vidéo montrant un policier lui enfoncer sa matraque entre les fesses[287]. Le même jour, à Nancy, un policier est filmé par la Ligue des droits de l'homme en train d'effectuer un tir tendu de LBD sur la foule majoritairement composée de lycéens ; les observateurs de la LDH sont ensuite violemment repoussés par un autre policier[288].

Usage dangereux de véhicules de police

Plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des véhicules de police avançant à vive allure en direction de groupes de lycéens mobilisés dans différentes villes[289].

Le , à Troyes (Champagne), une voiture de police banalisée est filmée roulant à vive allure au milieu de lycéens rassemblés près du lycée Marie-de-Champagne, tandis que ses occupants diffusent du gaz lacrymogène par les fenêtres[290]. Selon la préfecture, le véhicule était visé par des jets de projectiles au moment où les policiers le regagnaient, et le gaz a été utilisé pour le dégager[291].

Le lendemain, à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône), un véhicule de la police municipale est filmé manœuvrant à vive allure derrière des adolescents. À Belfort (Franche-Comté), une vidéo diffusée le montre une voiture banalisée de la Brigade anti-criminalité, lancée à la poursuite de manifestants près du lycée Raoul-Follereau, braquer brusquement pour leur couper la route et manquer de peu de les plaquer contre un bâtiment[292].

Le , à Montpellier (Occitanie), le journaliste Valentin Levetti, fondateur du média en ligne Stup.Media, est percuté au tibia par un policier en civil à moto alors qu'il s'apprête à filmer l'interpellation d'un manifestant lors du blocus du lycée Georges-Clemenceau. Selon le journaliste et un témoin, le policier lui aurait lancé « toi, tu dégages » avant de démarrer sa moto, jusque-là à l'arrêt, dans sa direction[293]. Le journaliste indique que l'agent ne portait ni brassard ni numéro référentiel des identités et de l'organisation (RIO), et que son casque arborait le logo du Punisher et une croix pattée, qu'il présente comme des symboles apparentés à l'extrême droite. Il dépose plainte le pour violences volontaires aggravées, en retenant comme circonstances aggravantes la qualité de dépositaire de l'autorité publique de l'auteur et l'usage de la moto comme arme par destination[294]. Le même jour, au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), un lycéen est percuté par un policier municipal circulant à moto sur un trottoir aux abords de son établissement, et à Besançon (Doubs), une journaliste indépendante filme un motard de la police nationale avançant à quatre reprises contre un cycliste pour le forcer à reculer[292].

Le lundi , à Dunkerque (Nord), des vidéos montrent un 4×4 de la police nationale foncer à plusieurs reprises en direction de lycéens en train d'ériger une barricade sur la chaussée, puis s'engager sur un trottoir au milieu de la foule[295],[296],[297]. Les vérifications menées par France Télévisions confirment que la séquence n'est ni ancienne ni générée par intelligence artificielle[298]. Le véhicule est habituellement employé sur les plages dans le cadre d'opérations visant les migrants[297]. Selon La Voix du Nord, l'intervention répondait à des jets de pavés visant les policiers[299],[296]. Le parquet de Dunkerque ouvre une enquête pour mise en danger d'autrui, et la préfecture du Nord une enquête administrative, estimant que l'intervention ne correspond pas aux consignes habituelles[295],[297]. Devant la commission des Lois, le , Laurent Nuñez évoque un « fait exceptionnel » ayant donné lieu à un rappel à l'ordre[297]. Le , le parquet indique qu'une adolescente de 14 ans a porté plainte, affirmant avoir été heurtée par le véhicule lors d'une marche arrière, sans chuter ; une enquête disciplinaire est également ouverte[300].

Le même jour, dans un parc de Bourgoin-Jallieu (Isère), un reporter d'Ici Isère filme une voiture de police banalisée, gyrophare éteint et conduite par un policier casqué, foncer à plusieurs reprises vers des lycéens en roulant sur les allées et les pelouses[301]. SOS Racisme et la Ligue des droits de l'Homme dénoncent cette action ; la police assure que la voiture est « restée loin des lycéens, sans aucune volonté de les percuter » et venait soutenir un équipage à pied en difficulté[301]. Toujours le , à Créteil (Val-de-Marne), des motos de la BRAV-M circulent à vive allure sur une voie piétonne d'un parc[292].

Dans un article du , Mediapart estime que « loin de dissiper un malentendu, les explications fournies par les autorités pour chacun des cas médiatisés ont plutôt participé du déni »[302],[296]. Plusieurs juristes et responsables estiment que l'usage de véhicules contre des manifestants n'a aucune base légale. Pour l'avocat pénaliste Jim Villetard, utiliser un véhicule de police pour faire du maintien de l'ordre est « tout à fait illégal et disproportionné », cet usage ne figurant pas dans la doctrine ; si des agents ont volontairement foncé sur des lycéens, les faits relèveraient selon lui de qualifications pénales graves, aggravées par l'usage du véhicule comme arme par destination[292]. La Ligue des droits de l'Homme rappelle que la dispersion d'une foule par la force est strictement encadrée par le Code de la sécurité intérieure et qu'un véhicule employé à cette fin constitue une arme par destination au sens du code pénal. Anouck Fourmigué, secrétaire générale adjointe du Syndicat des commissaires de la police nationale, indique de son côté que le véhicule de police n'a jamais fait partie des moyens dont la police dispose pour repousser des individus, tout en précisant ne pas avoir visionné les vidéos[298]. En , lors de la création de la BRAV-M, le préfet de police Didier Lallement avait d'ailleurs assuré que les motos de cette unité ne servaient qu'à transporter les agents et ne constituaient en aucun cas un moyen de maintien de l'ordre[292].

Insultes, violences, brimades en gardes à vue

En droit français, la garde à vue d'un mineur n'est possible qu'à partir de 13 ans et seulement s'il est soupçonné d'avoir commis un crime ou un délit puni d'une peine d'emprisonnement[303]. Le nombre de gardes à vue décidées dans le cadre du mouvement est sans précédent pour un mouvement social récent : les 6 877 gardes à vue recensées au dépassent déjà les 6 736 comptabilisées pendant les dix mois du mouvement des Gilets jaunes, et sont sans commune mesure avec les 896 de la mobilisation contre la Loi Travail en [304]. Au , en seulement un mois, sur près de 8 000 gardes à vue, dont 85 % concernent des mineurs, le ministère de la Justice recense 2 735 poursuites et 1 263 classements sans suite[143].

Le recours massif aux gardes à vue est jugé injustifié par plusieurs avocats, en l'absence de motif clair de « délit présumé et passible d'emprisonnement »[305],[306]. Certains évoquent des « dossiers vides », de nombreuses gardes à vue s'achevant par un classement sans suite au terme de leur durée maximale[303]. Le coprésident de l'Association des avocats pénalistes, Romain Boulet, dénonce une « systématisation » des placements en garde à vue[304]. Pour l'avocat poitevin Aurélien Bourdier, la mesure serait détournée de sa finalité pour servir d'instrument de dissuasion, avec des interpellations indifférenciées touchant parfois des jeunes ciblés par erreur ou interpellés au sein même de leur établissement[307]. Le syndicat UNSA-Police conteste de son côté toute « politique du chiffre »[304].

La plupart des jeunes interpellés n'ont aucun antécédent judiciaire. L'avocate Prisca Ancion indique que plusieurs de ses clients, dont c'était la première garde à vue, ont reçu des attestations de leurs professeurs les décrivant comme sérieux et assidus. Selon les parents d'une lycéenne de la région parisienne, l'inscription d'un slogan hostile à la police aurait suffi à justifier son interpellation[308].

Plusieurs lycéens mineurs témoignent d'interpellations violentes, de gifles, de coups de poing, de plaquages, de propos et injures sexistes et racistes, de menaces, d'interdiction d'accès aux toilettes, ou encore de fouilles corporelles en sous-vêtements ou à nu, parfois réalisées par des policiers de genre différent[305],[309],[310],[311],[312].

Interventions de policiers en civil

Le , à Reims (Champagne), le député européen Anthony Smith (LFI) diffuse une vidéo tournée près d'un arrêt de bus du centre-ville, montrant un homme en civil au visage partiellement masqué lancer un projectile vers un groupe de manifestants, puis s'éloigner avec deux autres hommes après s'être aperçu qu'il était filmé. Anthony Smith dénonce une « pure provocation policière », tandis que le député Aymeric Caron réclame des explications au ministre de l'Intérieur. Le , le procureur de Reims, François Schneider, confirme qu'il s'agit d'un policier de la Brigade anti-criminalité (BAC) qui, selon lui, lançait une grenade dans le cadre d'une opération de maintien de l'ordre face à des émeutiers jetant des pierres et tirant des mortiers, et estime qu'il n'y a « aucun sujet »[313]. La préfecture précise qu'il s'agissait d'une grenade lacrymogène, version corroborée par des témoins interrogés par Franceinfo. Un juriste interrogé par la chaîne rappelle toutefois qu'un policier en civil peut être présent dans une manifestation, mais qu'il doit être identifiable dès lors qu'il participe à une action de maintien de l'ordre[314].

Le même jour, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), le journaliste Rémy Buisine filme un homme en civil, présenté comme un policier et accompagné de forces de l'ordre équipées pour le maintien de l'ordre, frapper à neuf reprises avec une matraque la vitrine d'un fast-food où des lycéens s'étaient réfugiés après une charge, sans parvenir à la briser[315].

Par ailleurs, des lycéens affirment avoir reçu sur Snapchat (l'une des plateformes d'organisation des blocages) des messages d'inconnus cherchant à connaître leur identité et les lieux des blocus, qu'ils attribuent à des policiers en civil. L'une de ces captures d'écran, signée d'un prénom à consonance africaine et contenant l'expression « Bismillah, c'est les ténèbres », est largement moquée pour ses stéréotypes et devient un mème et un slogan repris sur les pancartes du mouvement[316],[317].

Confiscations de pancartes

Pancarte de très grande taille « Essayez de la prendre celle-là !!! »
Pancarte moquant la confiscation des pancartes.

Au cours des manifestations, la police saisit des pancartes de manifestants, qui ne comprennent parfois pas les critères appliqués pour ce tri. En droit français, la police n'a pas la possibilité de contrôler les pancartes des manifestants, ni d'en confisquer sur la base de leur contenu politique. Elle peut en revanche confisquer un écrit injurieux ou relevant d'un discours de haine ou d'un appel à la violence, écrits qui constituent des infractions, mais cela implique qu'une procédure juridique soit entamée. Elle peut aussi saisir des objets pouvant constituer des armes, par exemple des manches en bois utilisés pour les pancartes. Les modalités précises de ces contrôles, leur traçabilité et les voies de recours possibles de la part des manifestants demeurent cependant floues[318]. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez rappelle ce cadre lors d'une rencontre avec des lycéens à la mi-octobre, mais reconnaît que certaines saisies étaient injustifiées et prêtent le flanc aux accusations de censure[319],[320].

Réactions

Sur BFM TV, le criminologue Alain Bauer rappelle que la France est le seul pays d'Europe à employer ce type de grenade de désencerclement en maintien de l'ordre, une arme projetant dix-huit palets lors de l'explosion, qu'il qualifie d'« arme de guerre » et plaide pour son interdiction[321].

Le , au journal de 20 h de TF1, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez affirme ne donner « aucune consigne de retenue » aux forces de l'ordre, tout en insistant sur le fait que l'objectif est de « mettre un terme à des exactions et des débordements avec la proportionnalité et la retenue ». Selon lui, la consigne est « d'utiliser tout l'armement intermédiaire à disposition » de la police[322]. Cette doctrine est violemment critiquée par la gauche et les écologistes car elle accroît les violences policières et appelle élus et militants à s'interposer pour sécuriser les manifestations[323]. Le , Laurent Nuñez affirme que les interventions policières sont faites dans « la plus grande proportionnalité » et qu'il n'a « pas à présenter des excuses » envers les lycéens blessés[324].

Au , l'IGPN a ouvert 36 enquêtes depuis le début de la mobilisation[325]. Au 30 octobre, l'IGPN et l'IGGN en ont ouvert 83[222].

Dégradations et violences des manifestants

Projectiles au pied de CRS, place de la Nation, à Paris, le .

Le , Le Monde note que la majorité des mobilisations sont sans affrontements, mais que certains rassemblements sont accompagnés de dégradations, d'incendies, de jets de projectiles ou d'usage d'artifices[33].

Un enseignant de La Ciotat qui tentait d'établir le dialogue, est aspergé d'hydrocarbure et frappé par un élève de son lycée[326]. Des proviseurs sont agressés ou frappés à Rouen, au Petit-Quevilly, à Ingré[327], à Clermont-Ferrand, à Auchel[328]. Un professeur est molesté dans la rue à Lille puis poursuivi par des personnes cagoulées[327]. À Saint-Chamond, un proviseur adjoint est brûlé au visage par un mortier d'artifice, à Toulouse, un proviseur est frappé par un adulte manifestant[245].

Pancarte dénonçant l'accent mis sur les dégradations, dans la manifestation parisienne du .

Des personnes extérieures aux établissements, notamment des passants, sont également victimes de violences. Plusieurs enquêtes sont ouvertes à la suite de ces violences[329]. Un cas particulièrement grave est rapporté à Marseille : un adolescent de 15 ans est placé en détention provisoire et mis en examen pour « acte de barbarie », après la diffusion d'une vidéo dans laquelle il aurait projeté des flammes au visage d'une passante, à l'aide d'un aérosol et d'un briquet[238].

Plusieurs établissements sont touchés par des incendies ou des dégradations. À Bordeaux, des incendies sont signalés aux abords d'un lycée. À Rennes, des individus pénètrent dans un lycée professionnel et provoquent des dégradations. À Nantes, le hall du lycée Nelson-Mandela est détruit par un incendie le [44]. Au lycée Henri-Moissan de Meaux, des lycéens mettent le feu à l'entrée principale de l'établissement rendant inutilisables les accès principaux de l'établissement pendant plusieurs semaines ainsi que tout un bâtiment comportant 35 salles de classe[330].

Le , d'importantes dégradations sont constatées à l'université de Nantes après 3 jours d'occupation : 30 salles de cours, quatre laboratoires et cinq amphis ont été impactés à différents niveaux[331].

Coût des dégradations

Poubelle incendiée lors d'un blocus au lycée Colbert à Paris le .
Voitures brulées rue Saint Denis à Paris le .

Le , la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse (LR) déclare que les dégâts liés aux débordements dans les lycées sont déjà estimés à 7 millions d'euros pour cette région[332],[333].

Les dégradations liées au blocage des lycées sont chiffrées à plusieurs dizaines de millions d'euros en Auvergne-Rhône-Alpes et dans le Grand Est : « entre 25 et 30 millions d'euros » de dégâts pour les lycées d'Auvergne-Rhône-Alpes selon le président LR du conseil régional, Fabrice Pannekoucke et des coûts « avoisinant sans doute le million d'euros » selon le président Horizons de la région Grand Est Franck Leroy[334].

En Occitanie, selon Carole Delga, le mouvement des lycéens cause 3 millions d'euros de dégâts à cette date[335].

Au , Régions de France estime que le coût des dégradations dans les lycées atteint près « de 40 millions d'euros » à l'échelle nationale[336].

Le président de la Fédération du commerce et de la distribution donne un bilan provisoire pour les pillages et les dégradations commis en marge des violences du de « plusieurs centaines de millions d'euros »[337]. Le total des dégâts pour cette seule journée devrait dépasser ceux des émeutes consécutives à la mort de Nahel Merzouk, à l’été 2023, les premiers retours des assurances évaluant un coût supérieur à un milliard d’euros. Les commerces pèsent pour l’essentiel de ce montant (666 millions d’euros), le coût des destructions de biens publics étant, lui, estimé à 200 millions[338].

Piratage du site web des Républicains

Le , le site des Républicains (LR) est victime d'une action de défacement, le contenu de la page est remplacé par un appel à la mobilisation pour le lendemain ainsi que différents guides et matériel militant pour s'organiser dans les manifestations (matériel à avoir sur soi, conseils, musique d'ambiance…)[339],[340]. De plus, le ou les personnes derrière l'action affirment avoir « volé toutes les données [du] site et [des] membres ainsi que tous [les] échanges internes et messages privés » et menace de les transmettre à la presse, une affirmation qui est réfutée par des membres du parti. Bruno Retailleau, président des Républicains, annonce porter plainte[341].

Mouvement à l'international

graffiti « Vive la révolte albanaise 1997 »
Manifestation parisienne du .

Des échauffourées sont également signalées lors de rassemblements à Liège, en Belgique[342]. Au moins cinq établissements scolaires sont bloqués ou affectés par des dégradations. Les revendications portent notamment sur les effectifs des classes, le nombre d'enseignants, l'écoute des élèves et des parents et l'accessibilité de l'enseignement[343]. Avec l'influence des réseaux sociaux, la colère des lycéens s'étend à l'international, notamment en Italie et en Allemagne où des élèves appellent à manifester sur le même modèle que la France[344].

En Allemagne, alors que des mouvements de manifestations de lycéens et étudiants se déroulaient depuis quelques mois, notamment pour lutter contre le retour du service militaire obligatoire, des blocages de lycées à Hambourg et à Berlin viennent s'ajouter à partir du [345],[346].

Le , des manifestants se rassemblent à Montréal (Québec) à la fois en solidarité des mobilisations en France et pour porter des revendications similaires quant au financement et l'accès aux études supérieures, ainsi que la répression policière[347]. Le même jour, les étudiants manifestent en Albanie (en) dans le cadre de la révolution des flamants roses, et en Italie, ce sont 100 000 manifestants qui défilent[348].

Le , en Grèce, les élèves et les étudiants, accompagné par les professeurs ont manifesté dans le pays. Ils étaient 20 000 selon la police et se trouvaient dans cinquante villes. Les revendications allaient de la solidarité à la France à la demande de plus de moyens pour l'enseignement, en passant par la précarité et l'accès au logement[349].

Le 31 octobre, des dizaines de jeunes manifestent en Allemagne à l'initiative d'un collectif « GenZ regelt » (« la Génération Z s'en charge »), pour demander des moyens pour l'éducation[350]. Le slogan est également repris en Suisse alémanique[351].

Réactions nationales

Opinion publique

Un sondage réalisé par Odoxa pour Backbone et Le Figaro indique que 62 % des Français estiment que le mouvement lycéen est justifié[352].

Politiques

Louis Boyard lors des manifestations du .

Le mouvement suscite des réactions de plusieurs responsables politiques. Des élus de La France insoumise (LFI) apportent leur soutien à certaines mobilisations. Le député Louis Boyard se rend notamment au lycée Saint-Exupéry de Créteil dès le et appelle ensuite à l'extension du mouvement[33]. Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, se rend plusieurs fois au lycée Paul-Éluard afin de soutenir les jeunes mobilisés, tout en appelant au calme[353]. Jean-Luc Mélenchon appelle les jeunes à n'utiliser « que des méthodes de lutte non-violentes »[354].

Le mouvement est soutenu par Raphaël Glucksmann, qui condamne les violences tout en appelant le ministre de l'Éducation nationale à « répondre au problème de fond »[355].

Le gouvernement condamne les violences et appelle à distinguer les revendications exprimées par les lycéens des actes de violence commis lors de certains rassemblements. Le Premier ministre Sébastien Lecornu estime que les difficultés rencontrées par les lycées doivent être prises en compte, tout en condamnant les violences et les dégradations[33]. Le , il convoque une cellule interministérielle de crise face à l'extension du mouvement et aux incidents signalés dans plusieurs villes[44].

Le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray considère certaines revendications comme légitimes mais condamne les violences commises autour de certains établissements[38]. Le , il annonce la création d'une plateforme de concertation destinée à recueillir les demandes des organisations mobilisées et à préparer des réponses du gouvernement[44].

Des responsables politiques de droite, d'extrême droite et du gouvernement accusent également LFI et « ses proxys de l'ultragauche » de manipuler les lycéens et de contribuer à l'extension ou à la politisation du mouvement, en invoquant un constat des services de renseignement. Ces accusations sont contestées par des responsables de LFI et par certains acteurs de la mobilisation, mais également par Le Monde. Le journal, qui a consulté la note de la direction du Renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) sur laquelle s'appuie notamment Matignon, relève que celle-ci ne porte que sur la Seine-Saint-Denis et décrit 27 actions menées devant une vingtaine de lycées entre le 21 et le . Des intervenants extérieurs (syndicalistes, étudiants ou élus de gauche) n'y sont mentionnés qu'à six reprises, et LFI n'y apparaît qu'une seule fois, à travers la visite de soutien du député Éric Coquerel à un lycée de Saint-Ouen. La note conclut que quelques lycéens sont « poussés à ces actions par des éléments d'extrême gauche ». Pour le quotidien, les éléments rassemblés illustrent plutôt une volonté de certaines organisations politiques ou syndicales de profiter d'un mouvement très éclaté et spontané, donc difficile à contrôler[44],[356].

Le , invité de BFMTV-RMC, Bruno Retailleau, candidat des Républicains à l'élection présidentielle, accuse La France insoumise d'instrumentaliser le mouvement lycéen, la qualifiant de « parti absolument séditieux qui a une fascination pour la violence », et estime que « la question de l'interdiction de LFI se pose »[357]. Le , Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français et lui aussi candidat à l'élection présidentielle, appelle enseignants, salariés et militants à accompagner les lycéens lors de la journée de mobilisation du , afin que leurs revendications prennent le pas sur les violences. Interrogé sur les propos de Bruno Retailleau, il juge que l'interdiction des partis est le propre des régimes dictatoriaux, ajoutant : « C'est ce qu'a fait Poutine en Russie »[358].

Le , l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin et le député de la Somme François Ruffin, tous deux tournés vers l'élection présidentielle de , tiennent à Paris un point presse commun aux côtés de lycéens et d'organisations de jeunesse. Ils réclament une réponse « politique et non policière » au mouvement et critiquent la politique de maintien de l'ordre du gouvernement. Dominique de Villepin dénonce notamment les charges des forces de l'ordre et les techniques de nasse. Les deux hommes demandent la fin de l'usage des LBD et des grenades de désencerclement lors des mobilisations lycéennes, la suppression de Parcoursup et le droit de vote dès 16 ans. François Ruffin plaide en outre pour la sanctuarisation de la part du budget de l'Éducation nationale dans le budget de l'État et pour un plan de rénovation d'urgence des bâtiments scolaires[359].

La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon annonce que le projet de loi « casseurs-payeurs » sera examiné en première lecture au Sénat à partir du , selon la procédure accélérée. Le texte doit ensuite passer à l'Assemblée nationale avant la fin des travaux parlementaires, en [360]. Le texte ferait payer les dégâts, y compris en prélevant sur les aides sociales, à toute personne ayant appartenu à un groupe auteur de dégradations, même sans en être l'auteur[361].

Lors d'un meeting à Lyon le , Gabriel Attal, ancien ministre de l'Éducation nationale entre et , déclare réajuster son programme et défendre un « pacte pour la jeunesse » en réponse à la critique du bilan d'Emmanuel Macron par le mouvement lycéen[362].

Syndicales

Le mouvement lycéen reçoit le soutien de plusieurs organisations syndicales enseignantes. Dans des communiqués du , le SNES-FSU, la CGT Educ'action, SUD éducation et la FNEC-FP Force ouvrière appellent notamment à se tenir aux côtés des élèves mobilisés, notamment lors d'une journée de grève nationale le , et dénoncent ce qu'ils présentent comme des violences policières[363],[364],[365],[366],[367].

Le mouvement reçoit également le soutien de la Confédération paysanne, troisième syndicat agricole, classé à gauche. Dans un communiqué publié le , elle juge les revendications de la jeunesse « justes et légitimes » et appelle les agriculteurs à faire converger leurs colères avec celle des lycéens, en rejoignant en tracteur les blocages et manifestations de l'« acte III » du [368]. En Dordogne, le syndicat appelle ses adhérents à se rendre en tracteur sur les piquets de blocage dès 7 h 30 et à rejoindre les rassemblements prévus à Périgueux, Bergerac et Sarlat[369].

Le sur France Info, l'avocate Juliette Beigelman du Syndicat des avocats de France (SAF) déplore un maintien de l'ordre qui « ne privilégie absolument pas une désescalade » et juge légitimes les revendications lycéennes. Elle s'inquiète que des préfets aient écrit aux parents d'élèves interpellés et questionne la source de ces informations. Le SAF diffuse des fiches sur la garde à vue[370].

Le le SNPDEN-UNSA — principal syndicat de chefs d'établissement — appuie publiquement les revendications des lycéens et appelle le gouvernement à négocier avec eux[371].

L'UNI et la Cocarde étudiante, organisations syndicales et politiques d'extrême droite, se prononcent contre le mouvement lycéen[372].

Judiciaires

Le , le Syndicat de la magistrature (SM), deuxième organisation représentative des magistrats, publie un communiqué intitulé « Cessons de réprimer la jeunesse pour la faire taire », dans lequel il qualifie le mouvement de légitime et dénonce une réponse brutale du gouvernement ainsi qu'une stratégie de maintien de l'ordre non adaptée à la vulnérabilité particulière de manifestants majoritairement mineurs. Le texte suscite de vives réactions : Unité Magistrats FO réaffirme le son soutien aux forces de l'ordre, le Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) réclame la saisine du Conseil supérieur de la magistrature, et la Conférence nationale des procureurs généraux désapprouve les prises de position jugées de nature à discréditer le ministère public. Le , le SM publie une mise au point dans laquelle il défend son droit à la critique politique au nom de la liberté d'expression syndicale[373],[374],[375].

Lors de sa séance du , le conseil de l'Ordre des avocats de Paris s'inquiète du recours massif à la garde à vue, relevant que plus de 5 000 personnes, en très grande majorité mineures, y ont été placées alors que seul un tiers a fait l'objet de poursuites. Il rappelle que la garde à vue d'un mineur doit demeurer une mesure exceptionnelle, entourée de garanties renforcées (information des représentants légaux, examen médical, assistance d'un avocat), que l'usage de la force doit répondre aux exigences de nécessité, de stricte proportionnalité et de discernement, a fortiori envers des mineurs et aux abords des établissements scolaires, et que l'emploi des gaz lacrymogènes et des LBD doit être strictement limité[376].

Le Conseil national des barreaux (CNB), instance représentative de la profession d'avocat, adopte en assemblée générale une résolution, rendue publique le , rappelant que le maintien de l'ordre ne saurait s'affranchir du respect des droits et libertés fondamentaux. Tout en condamnant toute forme de violence et de dégradation, il rappelle que les opérations de maintien de l'ordre doivent respecter les principes de nécessité, de proportionnalité et de discernement, particulièrement à l'égard des mineurs, que l'usage des grenades de désencerclement, des LBD et des gaz lacrymogènes est strictement encadré, et appelle à une vigilance accrue quant au droit des enfants à être effectivement assistés par un avocat à tous les stades de la procédure[377].

Institutionnelles

La VIGINUM, chargé de détecter les ingérences numériques étrangères, indique le n'avoir constaté à ce stade aucune amplification artificielle des contenus liés au mouvement par des acteurs étrangers[33].

Le , la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), institution nationale des droits de l'homme chargée de conseiller le gouvernement, exprime dans un communiqué sa « vive inquiétude » face au « recours disproportionné à la force » lors des mobilisations lycéennes. Estimant que leur gestion exige « avant tout mesure, écoute et strict respect des libertés fondamentales », elle appelle le gouvernement à renforcer le dialogue avec la jeunesse et à garantir l'exercice de ses droits. Elle met également en garde contre la tentation d'assimiler l'ensemble du mouvement aux violences commises en marge des manifestations pour justifier une « répression exacerbée »[378].

Le , le préfet des Hauts-de-Seine, Alexandre Brugère, accompagné du procureur de la République et d'un cadre de l'Éducation nationale, convoque trois familles de lycéens arrêtés par la police lors des débordements de ces derniers jours. Des photos ont été prises lors de cette réunion, parents de dos, qui ont ensuite été publiées sur les réseaux sociaux (compte officiel de la préfecture). Du coté de la préfecture, on revendique une mise en garde ferme. Du côté des partis politiques ou organisations syndicales, on pointe du doigt la mise en scène théâtrale et répugnante ainsi que l'opération de communication[379],[380].

Associatives

Le , à la veille de l'« acte III », Amnesty International appelle les autorités françaises à respecter leurs obligations en matière de droits humains et à mettre fin à la réponse policière disproportionnée observée lors des manifestations lycéennes. Sa présidente en France, Anne Savinel-Barras, s'inquiète d'un usage dangereux des gaz lacrymogènes, des matraques et des techniques d'immobilisation, ainsi que de tirs de balles en caoutchouc ayant causé de graves blessures, et demande que les enfants et les jeunes réclamant pacifiquement leur droit à l'éducation soient protégés plutôt que frappés, gazés ou détenus arbitrairement. L'organisation critique également le projet de loi « casseurs-payeurs », qui rendrait les participants à un rassemblement ayant donné lieu à des dégradations redevables de réparations pouvant atteindre 10 000 euros, même sans preuve de leur implication personnelle[381].

Le même jour, la Ligue des droits de l'Homme (LDH) dénonce « une dérive globale par rapport à l'État de droit » dans les interventions des forces de l'ordre face aux lycéens. Sa présidente, Nathalie Tehio, se dit très inquiète d'une évolution de la doctrine du maintien de l'ordre et estime que le droit international est bafoué dans le traitement réservé aux jeunes[382].

Le , au lendemain de l'« acte III », l'UNICEF France publie un communiqué dans lequel elle appelle à la désescalade des violences et au respect des droits des enfants. Tout en reconnaissant que plusieurs mesures annoncées par le gouvernement (remplacement des enseignants absents, consultation des lycéens, adaptation des établissements aux fortes chaleurs) visent à répondre aux préoccupations des lycéens, elle les juge insuffisantes au regard des enjeux soulevés. Rappelant que la Convention internationale des droits de l'enfant reconnaît à chaque enfant le droit d'exprimer librement son opinion (article 12) et la liberté de réunion pacifique (article 15), elle souligne qu'un adolescent participant pacifiquement à une mobilisation exerce un droit fondamental. Elle salue la consultation lancée par le gouvernement comme une avancée, mais estime que la participation des jeunes ne peut être « uniquement consultative ou symbolique »[383],[384].

Le , Reporters sans frontières (RSF) recense au moins douze journalistes agressés physiquement ou intimidés verbalement alors qu'ils couvraient les mobilisations, six par des manifestants ou des tiers et six par les forces de l'ordre, tous étant clairement identifiables comme journalistes. Parmi les cas cités figurent deux journalistes de BFM TV pris à partie devant le lycée Paul-Éluard de Saint-Denis le , un correspondant de M6 blessé au front et dont la caméra a été détruite à Marseille le , un journaliste de L'Humanité saisi à la gorge par un CRS à Paris le et le photographe Patrick Wack, touché à l'oreille par un tir de LBD à bout portant place de la Bastille le . L'organisation estime que ces violences contreviennent au schéma national du maintien de l'ordre, qui garantit le droit des journalistes à couvrir les opérations de police, et appelle les autorités à identifier leurs auteurs[385].

Le , l'ONG Human Rights Watch (HRW) estime que, si des établissements ont été bloqués et que certains manifestants ont commis des violences, les manifestations sont restées dans leur immense majorité pacifiques. Elle relève les blessures graves infligées à des enfants par les forces de l'ordre, notamment à Lens et à Saint-Ouen-l'Aumône, et observe que les enquêtes internes de la police débouchent rarement en France sur de réelles sanctions. Elle critique en outre une proposition de loi instaurant une présomption de légalité de l'usage de leur arme à feu par les policiers, et appelle le gouvernement à cesser de traiter les enfants manifestant pacifiquement comme un danger, à enquêter sur tous les cas de recours à la force et à réformer les pratiques de maintien de l'ordre[386].

Dans un entretien accordé au Café pédagogique, l'avocat Raphaël Kempf, qui défend des lycéens interpellés, estime que la réponse policière au mouvement relève davantage de l'intimidation que du maintien de l'ordre. Selon lui, les arrestations et gardes à vue visent à « humilier, faire peur, dissuader » les lycéens d'exercer leur droit de manifester. Il juge la plupart des interpellations injustifiées et faites sans discernement, citant le cas d'un collégien de 12 ans retenu trois heures, et note que de nombreuses gardes à vue se sont conclues sans suite judiciaire faute d'éléments. Il évoque aussi des commissariats saturés en Seine-Saint-Denis, où les mineurs n'auraient pas pu accéder correctement à leurs droits (avocat, médecin)[387].

Médiatiques

Concernant l'association Renouveau lycéen, L'Humanité met en cause dans un article la légitimité de Nathanaël Combary, président du conseil d'administration de l'association, très présent sur les plateaux télévisés et présenté comme l'un des porte-paroles du mouvement. Le quotidien indique qu'il n'est plus lycéen mais étudiant, qu'il travaille comme consultant pour l'agence de communication Minerva, fondée par un ancien conseiller de Gabriel Attal, et qu'il a été stagiaire auprès d'une députée Ensemble pour la République. L'intéressé affirme n'avoir jamais caché ces éléments[388].

L'observatoire des médias Acrimed analyse les journaux de 13 h et de 20 h de France 2 du au  : sur 11 sujets consacrés au mouvement lycéen, totalisant environ 25 minutes, près de 19,5 minutes portaient sur les violences, incendies et affrontements, contre moins de 2 minutes pour les revendications des lycéens, l'association estimant (et regrettant) que cette couverture médiatique reproduit le traitement habituel des mobilisations sociales par les médias[389]. Le média Arrêt sur images analyse, le , le traitement du mouvement lycéen dans les matinales et estime que la mobilisation y est « caricaturée, stigmatisée, dépolitisée »[390].

Le , Mediapart publie des témoignages de lycéens placés en garde à vue, qui font état de violences et d'humiliations policières. Le journal, qui recense plus de 2 000 gardes à vue, surtout de mineurs, depuis le , s'interroge sur la réponse politique du gouvernement au mouvement[391]. Le , alors que les lycéens blessés grièvement se comptent par dizaines, le média accuse le gouvernement d'être « tétanisé » par la mobilisation étudiante et dénonce une répression policière « sans retenue »[392]. Dans une enquête publiée le 19 octobre, Mediapart rapporte que certains membres des renseignements territoriaux ont reçu de la part du Gouvernement la consigne d'imputer à LFI la responsabilité des violences survenues en marge de la mobilisation du week-end précédent[393].

Pour Le Monde, la droite reste « sourde aux revendications » des lycéens et se place sur le seul terrain sécuritaire, ne retenant que les violences et le rôle qu'elle prête à LFI[394]. L'Opinion relève que ses principales figures ont d'abord dénoncé l'influence des insoumis au risque d'écarter les demandes des jeunes, seul Gabriel Attal multipliant les échanges avec eux[395].

Scientifiques

Interrogé sur RTL le , Éric Charbonnier, analyste des politiques éducatives à l'OCDE, confirme que des journées de cours de 8 h à 18 h peuvent exister, même si elles restent occasionnelles. Il souligne un volume horaire « ultra-important » au lycée : environ 1 200 heures par an en France, contre 960 heures en moyenne dans les pays de l'OCDE, sur une année scolaire plus courte (36 semaines contre 38 en moyenne). Selon lui, la réforme du lycée complique l'élaboration des emplois du temps : le choix de trois spécialités parmi treize en première ouvre 286 combinaisons possibles, ce qui crée des journées fragmentées, particulièrement pénalisantes pour les élèves des zones rurales dépendant des transports scolaires. Il cite aussi les effets de la crise sanitaire sur la santé mentale des lycéens et juge utile de réexaminer les rythmes scolaires, par exemple en commençant les cours à 9 h, comme l'a recommandé la Convention citoyenne[396].

Le , le vulgarisateur scientifique Thomas Durand (Acermendax), animateur de la chaîne La Tronche en biais, publie une synthèse de la littérature scientifique sur le maintien de l'ordre. S'appuyant sur les travaux de psychologie sociale des foules (modèle de l'identité sociale élaborée de Stephen Reicher et Clifford Stott), il rappelle qu'une contrainte policière perçue comme collective ou arbitraire tend à souder des manifestants initialement hétérogènes, tandis qu'une action ciblée aide la foule à isoler ses éléments violents. Il cite les travaux d'Olivier Fillieule et de Fabien Jobard, qui décrivent un « splendide isolement » de la doctrine française face au tournant européen de la désescalade, ainsi que les recommandations antérieures de l'OSCE, du Conseil de l'Europe et du Parlement européen demandant à la France de documenter l'usage de la force. Relevant l'absence de données publiques permettant d'évaluer la proportionnalité et l'efficacité des LBD, des grenades et des gaz lacrymogènes, ainsi que l'absence d'études évaluées par les pairs sur les grenades GLI-F4 et EF-SON, il estime que la doctrine française ne peut être présentée comme rationnellement établie et appelle à des évaluations indépendantes[397].

Prises de position de personnalités

Le mouvement est notamment soutenu par plusieurs influenceurs, dont Squeezie, Léna Situations[398],[399], ainsi que par les chanteuses Théodora[400], Angèle[401], Imany[402], les rappeurs Jul et Soprano[402] et le rappeur Médine qui manifeste avec les lycéens au Havre le [403]. Le joueur de basketball Victor Wembanyama le soutient également[399]. Le , Greta Thunberg vient manifester devant le lycée Paul-Éluard à Saint-Denis, déclarant être « extrêmement fière des étudiants français »[404] et que « le monde entier les regarde »[405]. Le , le mouvement est également soutenu par l'acteur Omar Sy, qui dénonce la réponse « lamentable » des autorités à la mobilisation et déplore que leur réflexe soit de « les empêcher de parler, ou de leur taper sur la gueule »[406]. L'acteur Swann Arlaud et la chanteuse et actrice Louane s'expriment également en soutien au mouvement[407],[408].

Réactions internationales

Presse et médias étrangers

Plusieurs médias étrangers commentent le mouvement lycéen et, au-delà, le bilan d'Emmanuel Macron, à six mois de la fin de son second mandat[409],[410].

États-Unis

Le , alors que le mouvement lycéen commence à s'étendre à l'ensemble du pays, le magazine progressiste américain The Nation publie une analyse de Harrison Stetler intitulée « Emmanuel Macron's Turbulent Exit ». Le magazine y décrit un pays fragilisé par la crise budgétaire et la hausse du coût de la vie, en particulier des carburants, et recense les mobilisations annoncées dans de nombreux secteurs, dont l'enseignement. Il estime que le fil conducteur de la présidence Macron a été le favoritisme envers les plus fortunés, citant une étude qui chiffre à 207 milliards d'euros le coût de cette « fiscal largesse » entre et , et juge que ses deux mandats n'auront fait qu'accentuer les divisions de la société française[411].

Dans l'édition du de sa newsletter internationale The World, intitulée « The Failures of Emmanuel Macron », la journaliste Katrin Bennhold du quotidien américain The New York Times estime que les manifestations lycéennes, transformées en émeutes violentes, montrent que près de dix ans de présidence n'ont pas réglé les problèmes de la France. Elle rappelle qu'Emmanuel Macron avait été élu en sur une promesse de renouveau résumée par le titre de son livre Révolution, conçu comme un manifeste pour battre l'extrême droite, et observe que Marine Le Pen semble désormais plus près que jamais d'accéder à la présidence. Selon elle, Emmanuel Macron pourrait bien obtenir sa révolution, mais pas celle qu'il espérait[412].

Espagne

Dans un article intitulé « Francia prende fuego al macronismo » (« La France met le feu au macronisme »), le quotidien espagnol El País décrit un second mandat présidentiel déconnecté de la société, auquel il reste six longs mois pour faire adopter un budget et répondre à la progression de l'extrême droite. Le journal rappelle qu'en , en marge d'un sommet du G7, Emmanuel Macron avait confié à l'écrivain Emmanuel Carrère n'avoir « jamais été adolescent » et ne pas aimer ni comprendre les adolescents[413].

Réactions face aux violences policières

Le vendredi , lors d'un point de presse à Genève, une porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, Shabia Mantoo, déclare suivre avec inquiétude les incidents liés aux manifestations. Elle appelle à ce que celles-ci restent pacifiques et à ce que les forces de l'ordre ne fassent pas un usage disproportionné de la force[414].

En Italie, des élèves organisent des actions de protestation dans plusieurs établissements en solidarité avec les lycéens français, avec pour mot d'ordre de « faire comme en France ». La presse italienne couvre largement le mouvement en insistant sur les violences et le nombre de blessés, et des syndicats italiens de personnels de l'éducation dénoncent la répression policière dont font l'objet les manifestants français[415].

En Iran, le , le ministère des Affaires étrangères convoque l'ambassadeur de France à Téhéran, Pierre Cochard, pour protester contre « la violente répression du gouvernement français contre les manifestations lycéennes et les nombreux cas de violation flagrante des droits de l'homme » et pour rappeler le « respect des libertés fondamentales du peuple français ». Pour le gouvernement français il s'agit d'une campagne de désinformation. En réponse, le ministère des Affaires étrangères français convoque l'ambassadeur d'Iran à Paris, Mohammad Amin-Nejad[416].

Le , jour de nouvelles manifestations en France, en Albanie, en Italie et en Espagne, le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Michael O'Flaherty, appelle les États membres à protéger le droit à la liberté de réunion pacifique et à privilégier le dialogue et la désescalade dans le maintien de l'ordre. Tout en jugeant légitime l'intervention de la police face aux pillages et aux émeutes, il rappelle que le recours à la force doit être strictement nécessaire, que les allégations d'abus doivent faire l'objet d'enquêtes rapides, que la privation de liberté ne doit jamais servir à intimider ou dissuader une manifestation pacifique, et que les autorités doivent tenir compte de l'âge et de la vulnérabilité des enfants[417].

Le , quatre rapporteurs spéciaux mandatés par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, qui ne s'expriment pas au nom de l'organisation, se disent dans un communiqué consternés par la répression des manifestations lycéennes et étudiantes. Ils estiment que le recours excessif à la force, les violences et les interpellations massives ne constituent pas des réponses appropriées à un mouvement social dans un État de droit, et que l'ampleur des interpellations et des gardes à vue, touchant plusieurs milliers de personnes, principalement des mineurs, apparaît disproportionnée et dissuade l'exercice des libertés d'expression et de réunion pacifique. Ils jugent « inacceptables et injustifiables » les blessures graves, parfois irréversibles, subies par des manifestants mineurs. Tout en condamnant les violences contre les policiers et les dégradations de bâtiments et de commerces, et en relevant les initiatives de dialogue engagées par le gouvernement en octobre, ils déplorent que la priorité donnée à une réponse essentiellement sécuritaire ait relégué au second plan les causes profondes de la mobilisation. Les experts indiquent être en contact avec les autorités françaises[418],[419].

Analyses sociologiques et politiques

Pascale Dufour, professeure de science politique à l'Université de Montréal, rapproche ce mouvement lycéen et étudiant français de la grève étudiante québécoise de 2012, estimant qu'il fait face au même type de répression[420].

Le mouvement lycéen mobilise des références à la culture populaire, dont les mangas, en particulier One Piece d'Eiichirō Oda, qui relate les aventures du pirate Luffy révolté contre un gouvernement tyrannique. Le drapeau du navire de Luffy, un Jolly Roger coiffé d'un chapeau de paille, est parfois arboré par les manifestants[421].

Désinformation sur Internet

Le , des comptes d'extrême droite ainsi que des médias du même courant comme Frontières et Europe 1 accusent à partir de vidéos tronquées le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko de « participer aux débordements » et d'avoir allumé un feu de poubelle lors d'une manifestation aux abords d'un lycée de sa ville. Celui-ci est alors victime de nombreux commentaires racistes sur X. Les vidéos complètes dévoilées par L'Humanité et Libération montrent au contraire qu'il éloignait la poubelle des grilles de l'établissement et aidait les pompiers à éteindre le feu. Bally Bagayoko déclare : « Ma construction personnelle est le fruit de ça, des fake news, des mensonges. Donc je n'ai pas de temps à perdre avec ça. »[422],[423].

Radio France internationale (RFI) signale le que des vidéos d'infox, qui n'ont pas été filmées pendant le mouvement lycéen et n'ont parfois même pas été filmées en France, sont sorties de leur contexte et diffusées sur les réseaux X, Facebook, Instagram et TikTok afin de faire croire à des violences de masse et de diviser l'opinion publique. RFI dit avoir remonté ces vidéos à « des comptes israéliens, britanniques, russes et américains habitués à cibler la France et ses intérêts » et à « plusieurs comptes européens d'extrême droite » dans le cas d'une vidéo xénophobe[424].

Commentaire de Donald Trump

Le , Donald Trump, président des États-Unis, partage sur son réseau social Truth Social un commentaire sur la situation française qu'il qualifie comme une conséquence d'« une immigration de masse hors de contrôle ». Selon lui, ce qu'il se passe ne concerne pas les « écoles » mais est le résultat « de l'islam qui veut s'emparer d'un pays autrefois grand ! »[425].

Notes et références

Notes

  1. ↑ Ces chiffres concernent les personnels de l'Éducation nationale et non la participation des lycéens aux blocages.

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  418. ↑ « “Les blessures sont injustifiables” : des experts de l'ONU se disent “consternés” par la “répression” des manifestations lycéennes et étudiantes », sur franceinfo.fr, (consulté le ).
  419. ↑ « Répressions des manifestations en France : des experts de l'ONU consternés », Club des juristes, (consulté le ).
  420. ↑ (fr-CA) « Comment le mouvement lycéen a-t-il trouvé écho dans toute la France? », sur ici.radio-canada.ca, Radio-Canada, (consulté le ).
  421. ↑ « “Pour le lecteur assidu de mangas, le mouvement lycéen est une évidence” », Le Nouvel Obs, (consulté le ).
  422. ↑ AFP, « Blocages des lycées : Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis visé par des attaques racistes, dément avoir allumé un feu de poubelle », Le Monde, .
  423. ↑ Diane Bonneau et Mike Strachinescu, « Bally Bagayoko brûle une poubelle ? L'Huma était sur place », L'Humanité.
  424. ↑ « Mobilisation lycéenne en France: comment la désinformation alimente les tensions », sur rfi.fr, Radio France internationale, (consulté le ).
  425. ↑ AFP, « Mobilisation des lycéens : Donald Trump juge “l'islam” et “l'immigration” responsables du mouvement en France », Le Figaro, (consulté le ).

Voir aussi

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