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Nomarque

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Statue du nomarque Metjen.

Dans l'antiquité égyptienne, les nomarques (en égyptien ancien : ḥry-tp ˁȝ) étaient les fonctionnaires qui administraient les nomes (provinces) au nom du pharaon.

Bien que les nomarques fussent normalement nommés par le roi, l'affaiblissement du pouvoir central conduisit souvent à la création de dynasties locales ; la fonction se transmettait alors héréditairement. Durant les « périodes intermédiaires » (périodes de troubles profonds) les nomarques devenaient de véritables petits roitelets qui allaient parfois jusqu'à utiliser les attributs du pharaon sur les décors de leurs sépultures.

Début de l'Ancien Empire

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Il est difficile de retracer l'évolution des gouverneurs de nome durant le début de l'Ancien Empire. Il semble en tout cas que le roi ait envoyé des fonctionnaires de la cour dans les provinces pour en assurer l'administration ; ces dignitaires sont principalement connus par leurs tombes situées dans la capitale Memphis. Les plus anciens cas sont des fonctionnaires attestés par des vases retrouvés dans certaines galeries sous la pyramide de Djéser et datés de la fin de la IIe dynastie, plus précisément du règne de Khâsekhemouy ; ces fonctionnaires sont les suivants : Méhou, « gouverneur du nome de l'Oryx » (ḥḳȝ Mȝ-ḥḏ), Hemdjéser et un anonyme, tous deux « guide du nome de l'Oryx » (sšm-tȝ Mȝ-ḥḏ)[1]. L'utilisation du terme de nomarque pour ces fonctionnaires n'est pas certain car l'état de la recherche ne permet pas de comprendre quelles étaient exactement les missions de ces derniers et aucun élément ne permet de savoir si d'autres nomes étaient concernés[2].

À la fin de la IIIe dynastie et pendant la IVe dynastie, la documentation suggère que les nomes de Basse-Égypte et de Haute-Égypte étaient gérés de manière différente. Concernant la Basse-Égypte, deux titres étaient principalement utilisés : ˁḏ-mr (« administrateur »[3],[4],[note 1]) — le titre ˁḏ-mr Ḫȝsww, « administrateur du nome du Taureau de la montagne », est attesté sur une empreinte de sceau au nom du roi Khâsekhemouy et retrouvée dans sa tombe à Oumm el-Qa'ab, ce qui suggère une forme de contrôle encore plus ancienne —, et ḥḳȝ ḥw.t-ˁȝ.t (« gouverneur de grand domaine »)[2] ; ainsi que deux autres, plus rares : jmy-r wp(w)t (« chef de missions ») et ḥȝty-ˁ (« prince/comte »)[5]. Parmi les plus anciens hauts fonctionnaires portant ces titres se trouvent Metjen[note 2], Akhetaâ[note 3] et Pehernéfer[note 4]. L'exemple de Metjen, qui était d'une part « administrateur » de certains nomes et d'autre part « gouverneur de grand domaine » et « chef de missions » d'autres nomes, montre que ces titres correspondent à des fonctions bien distinctes qu'il était possible de cumuler dans certains nomes (Metjen pour le nom de Neith), mais pas de manière systématique[9].

Concernant la Haute-Égypte, trois titres ont été mis en évidence : ḥḳȝ spȝ.t (« gouverneur de nome ») sšm-tȝ (« guide du nome ») et jmy-r wp(w)t (« chef de missions »). Si le premier n'est attesté que chez Metjen[note 5] à la charnière entre la IIIe et la IVe dynastie, le second, sšm-tȝ, est attesté jusqu'au début de la VIe dynastie[11]. Ce titre de « guide du nome » est notamment attesté pour la fin de la IIIe dynastie et la IVe dynastie pour Metjen[note 6], Khoufouânkh[note 7] (attesté par un graffito sur l'île Éléphantine). Le titre de jmy-r wp(w)t (« chef de missions »), s'il n'est pas spécifiquement utilisé pour la Haute-Égypte, il semble surtout employé pour cette dernière et est le plus employé des quatre titres, et ce dès la période à la charnière entre la IIIe et la IVe dynastie avec Metjen[note 8] ainsi que Netjeraperef[note 9].

À la fin de la IVe dynastie, les tombes de cinq personnages marquent une évolution dans la titulature des haut fonctionnaires ayant des charges dans des nomes de Haute-Égypte : il s'agit de Nésoutnéfer, enterré dans le mastaba G 4970 dans le cimetière ouest du complexe funéraire de Khéops, ses deux fils Néfermaât et Kaiouadjânkh, chacun enterré dans son propre mastaba à Dahchour, ainsi que Kaikhenet (A) et Kaikhenet (B), chacun enterré dans sa propre tombe rupestre à Hemamieh dans le nome du Cobra. En effet, il peut être remarqué qu'ils portent à la fois des titres caractéristiques du début de l'Ancien Empire, y compris utilisés pour la Basse-Égypte (ḥḳȝ ḥw.t-ˁȝ.t, sšm-tȝ), ainsi que de nouveaux titres : jmy-r swnw (« directeur/chef des tours-sounou ») et jmy-r nsw.tjw (« directeur/chef des gens du roi »), qu'ils pouvaient combiner avec le titre jmy-r wp(w)t (« chef de missions »)[15],[note 10].

Ve dynastie

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Plusieurs évolutions marquent la gestion des provinces pendant la Ve dynastie : d'une part, contrairement à la dynastie précédente, et à une exception près, les responsables des nomes n'avaient non plus la charge de plusieurs nomes mais d'un seul et, d'autre part, il commencent à se faire enterrer dans la nécropole principale de celui-ci, notamment pour la Haute-Égypte. Cependant, il ne s'agit pas encore de véritables nomarques : en effet, s'il continuent d'utiliser certains titres de l'époque précédente, les titres qu'ils portaient ne leur étaient pas exclusifs et c'est plutôt la combinaison de ces titres caractéristiques qui montrent qu'ils étaient les plus hauts responsables du nome dont ils avaient la charge. C'est la raison pour laquelle Émilie Martinet préfère employer le terme de « proto-nomarque »[21].

Concernant la Basse-Égypte, d'une part, le titre ˁḏ-mr (« administrateur ») associé à un nome disparaît, tandis que le titre jmy-r wp(w)t (« chef de missions ») est quant à lui régulièrement utilisé. Un autre titre fait également son apparition : jmy-r [X] (« directeur/chef du nome [X] »), marquant une évolution dans la terminologie administrative ; cependant, ce titre n'est attesté pour un nome que chez Douarê, enterré à Dahchour et « chef du nome de l'Occident » et il est également associé à des villes, y compris chez Douarê, il est difficile de savoir ce que recouvrait ce titre[22].

Concernant la Haute-Égypte, trois titres sont importants : ḥḳȝ spȝ.t (« gouverneur de nome ») sšm-tȝ (« guide du nome ») et jmy-r wp(w)t (« chef de missions »). Si pour Naguib Kanawati, un seul de ces titres était nécessaire pour pouvoir être considéré comme un proto-nomarque, Émilie Martinet considère qu'il faille au moins deux de ces titres. Ainsi, pour la Ve dynastie, seuls quelques nomes sont concernés : le nome du Lièvre (Sérefka (en) et Ourirni (en)), le nome de l'Oryx (Kaiouhem) et le nome supérieur du Laurier rose (Inti — qui avait également la charge du nome inférieur du Laurier rose — et Nenkheftka). D'autres fonctionnaires, particulièrement du nome de Min, pouvaient porter le titre de « chef de missions », mais il semble qu'il ne s'agissait que de responsables locaux. De même, Kaiemnéferet portait les titres de « guide du nome » et « chef de missions », mais aucun de ces deux titres ne portait le signe du nome du Cobra où il est enterré, ce qui pousse Émilie Martinet à ne le considérer que comme un responsable local[23].

En parallèle de ces trois titres, d'autres titres sont attestés chez les proto-nomarques et responsables locaux de Haute-Égypte :

  • le titre jmy-r swnw (« directeur/chef des tours-sounou »), attesté dès la fin de la IVe dynastie pour le nome de la Grande Terre et le nome du Cobra, est attesté chez Kaiouhem du nome de l'Oryx et chez des responsables locaux du nome de Min, mais disparaît complètement des titulatures des nomarques de la VIe dynastie[24],
  • le titre jmy-r nsw.tjw (« directeur/chef des gens du roi »), attesté dès la fin de la IVe dynastie pour le nome de la Grande Terre et le nome du Cobra, est attesté chez Kaiouhem du nome de l'Oryx, chez Râhotep (père de Kaiemnéferet) du nome du Cobra, ainsi que des responsables locaux du nome de Min[24],
  • le titre jmy-r njw.wt mȝ.wt (« directeur/chef des villes neuves ») est typique de la Ve dynasite — même s'il se rencontre encore dans les nomes septentrionaux de Haute-Égypte au début de la VIe dynasite — et se rencontrent chez quelques proto-nomarques (Sérefka et Ourirni du nome du Lièvre) et fonctionnaires locaux[25],
  • le titre rḫ nsw.t (« connu du roi »), déjà connu dans la capitale pendant la IVe dynastie, est un titre détenu par la majorité des proto-nomarques et responsables locaux de la Ve dynastie mais disparaît complètement de la titulature des nomarques de la VIe dynasite[24],
  • le titre jmy-r ḥm(.w)-nṯr (« directeur/chef des prêtres ») est complètement absent des titulatures des proto-nomarques de la Ve dynasite mais est présent dans celles de deux responsables locaux du nome de Min ; ce titre se généralisera dans la titulature des nomarques de la VIe dynasite[24].

À partir de la VIe dynastie

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Sous la VIe dynastie apparaît le titre de « grand chef de la province », qui demeure la désignation principale de ces dignitaires jusqu'au début du Moyen Empire. Par ailleurs, ils portent souvent le titre de « chef des prêtres », ce qui souligne leur rôle de dirigeants sur le plan religieux. Durant la Première Période intermédiaire, le titre ḥȝty-ˁ — « maire » ou « gouverneur » — gagne en importance. Au Moyen Empire, en particulier, la titulature habituelle des gouverneurs de nome se compose des titres de « maire » et de « chef des prêtres ». Sous la XIIe dynastie notamment, ils constituaient des hauts fonctionnaires fortunés, capables de se faire construire de vastes complexes funéraires monumentaux.

Sous le règne de Sésostris III, leur pouvoir fut considérablement restreint, bien que la fonction ait continué d'exister sur une base héréditaire. Il est probable que les provinces furent alors découpées en unités administratives centrées sur des villes, chacune étant dirigée par un maire. Des témoignages, datant surtout de la Deuxième Période intermédiaire, indiquent par ailleurs que certaines familles locales parvinrent à acquérir une influence considérable. Au Nouvel Empire, le système administratif mis en place à la fin du Moyen Empire fut maintenu : les villes provinciales étaient administrées par des maires, mais il n'existait plus, à proprement parler, de nomarque.

Principaux nomarques de l'Égypte antique

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Basse-Égypte

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Haute-Égypte

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Notes et références

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  1. ↑ Ce titre signifie littéralement « creuseur de canaux », ce qui renvoie à une mission essentielle : l'entretien des réseaux de canaux locaux.
  2. ↑ Metjen était « administrateur du nome de Neith » (le nome inférieur de Neith et le nome supérieur de Neith étaient alors encore unifiés), « administrateur du nome de la Cuisse », « administrateur du nome du Taureau de la montagne », « administrateur du nome du Taureau de la montagne », « administrateur du nome du Harpon », « gouverneur de grand domaine du nome de l'Occident », « gouverneur de grand domaine du nome de Neith », « chef de missions du nome de l'Occident » et « chef de missions du nome de Neith »[6].
  3. ↑ Akhetaâ était « administrateur du nome de la Muraille blanche » ainsi que « gouverneur de grand domaine » sans précision d'un nome associé[7].
  4. ↑ Pehernéfer était « administrateur du nome de l'Occident », « administrateur de Sebennytos » (capitale du nome du Veau divin), « gouverneur de grand domaine Hout-Ihout » (capitale du nome de l'Occident à cette époque), « gouverneur de grand domaine Raour » (domaine situé dans le nome du Veau divin) et « comte du nome d'Andjety »[8].
  5. ↑ Metjen était « gouverneur de la partie orientale du nome du Crocodile » et « gouverneur du nome du Chacal »[10].
  6. ↑ Metjen était « guide de la partie orientale du nome du Crocodile » et « guide du nome du Chacal »[10].
  7. ↑ Khoufouânkh était « guide du nome » sans que le nom du nome du Pays de Nubie soit écrit[12].
  8. ↑ Metjen était « chef de missions de la partie orientale du nome du Crocodile » et « chef de missions du nome du Chacal »[13].
  9. ↑ Netjeraperef était « chef de missions du nome des Deux Divinités », « chef de missions du nome du Crocodile » et « chef de missions du nome de la Bât »[14].
  10. ↑ Nésoutnéfer était « chef de missions et des gens du roi du nome de la Grande Terre », « chef des tours-sounou du nome de la Grande Terre », « chef de missions et des tours-sounou du nome du Cobra », « chef des gens du roi du nome du Cobra », « guide du nome de la Grande Terre et du nome du Cobra » et « gouverneur du nome de la Grande Terre et du nome du Cobra »[16].
    Kaikhenet (A) était « chef de missions », « gouverneur de nome » et « chef des tours-sounou »[17].
    Kaikhenet (B) était « chef de missions », « gouverneur de nome », « chef des tours-sounou », « guide du nome » et « guide du nome du Cobra » [18].
    Néfermaât était « chef de missions du nome de la Grande Terre »[19].
    Il est à noter que Kaiouadjânkh était « administrateur du nome du Cobra », titre pourtant utilisé plutôt en Basse-Égypte[20].

Références

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  1. ↑ Martinet 2019, p. 191-192.
  2. 1 2 Martinet 2019, p. 192.
  3. ↑ Baud 2005, p. 657.
  4. ↑ Martinet 2019, p. 192 et 1044.
  5. ↑ Martinet 2019, p. 193-194.
  6. ↑ Martinet 2019, p. 193 et 683-684.
  7. ↑ Martinet 2019, p. 193 et 680-681.
  8. ↑ Martinet 2019, p. 193-194 et 686.
  9. ↑ Martinet 2019, p. 193.
  10. 1 2 Martinet 2019, p. 194 et 683-684.
  11. ↑ Martinet 2019, p. 194.
  12. ↑ Martinet 2019, p. 194-195 et 706.
  13. ↑ Martinet 2019, p. 683-684.
  14. ↑ Martinet 2019, p. 781.
  15. ↑ Martinet 2019, p. 195-196.
  16. ↑ Martinet 2019, p. 694.
  17. ↑ Martinet 2019, p. 900.
  18. ↑ Martinet 2019, p. 903.
  19. ↑ Martinet 2019, p. 810.
  20. ↑ Martinet 2019, p. 898.
  21. ↑ Martinet 2019, p. 196-197.
  22. ↑ Martinet 2019, p. 197.
  23. ↑ Martinet 2019, p. 198-199.
  24. 1 2 3 4 Martinet 2019, p. 200.
  25. ↑ Martinet 2019, p. 199-200.
  26. ↑ Jürgen von Beckerath, « Antef », dans : Wolfgang Helck, Eberhard Otto, Wolfhart Westendorf (editors): Lexikon der Ägyptologie, vol. I, Harrassowitz, Wiesbaden 1975, (ISBN 3-447-01670-1).

Bibliographie

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