Henry David Thoreau, Teintes d’automne dans The Atlantic Monthly 1862
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Réserve naturelle «Westruper Heide» pendant la floraison de la bruyère, Haltern am See, Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Allemagne)Je peux me faufiler parmi les touffes d’herbe pourpre des bois aux abords des « Grands Champs ». Partout où je me promène ces après-midi-là, l’herbe aux doigts pourprés se dresse elle aussi telle une borne indicatrice, et oriente mes pensées vers des sentiers plus poétiques que ceux qu’elles ont parcourus ces derniers temps. […]
Tant de mois d’août, j’avais arpenté ces grands champs sans jamais reconnaître distinctement ces compagnes pourprées qui se trouvaient là sous mes yeux. Je les avais bel et bien frôlées et marché dessus ; et voici qu’à présent, enfin, avaient l’air de se lever et de me bénir. La beauté et les véritables richesses sont toujours ainsi dépréciées et méprisées. Le paradis pourrait être défini comme l’endroit que les hommes évitent. Qui peut douter que ces herbes, dont le fermier dit qu’elles ne lui sont d’aucune utilité, trouvent quelque compensation dans l’estime que vous leur portez ? Je pourrais dire que je ne les avais jamais vues auparavant — bien que, lorsque je me mis à les regarder en face, une lueur pourprée venue des années passées m’ait envahi ; et désormais, où que j’aille, je ne vois presque plus rien d’autre. C’est le règne et la présidence des Andropogons.
Jusqu’aux sables eux-mêmes qui admettent l’influence mûrissante du soleil d’août ; et qui, à l’unisson avec les herbes élancées qui ondulent au-dessus d’eux, se parent d’une teinte pourpre. Les sables empourprés ! Telle est la conséquence de tout ce soleil absorbé par les pores des plantes et de la terre. Toute sève ou tout sang a désormais la couleur du vin. Pour finir, nous possédons non seulement la mer pourpre, mais encore la terre pourpre.
Le faux-sorgho penché, ou herbe des Indiens ou l’herbe des bois, pousse çà et là dans les terrains vagues […]. Ces brillants étendards se sont à présent déployés sur les flancs des collines lointaines, non en grandes armées, mais par troupes éparses ou en simple file, comme les Peaux-Rouges. Ils se dressent ainsi, beaux et resplendissants, représentatifs de la race dont ils portent le nom, mais pour la plupart aussi peu remarqués qu’eux. L’expression de cette herbe me hanta pendant une semaine, après que je l’eus croisée et remarquée pour la première fois, comme le foudroiement du regard d’un œil. Elle se dresse comme un chef indien jetant un dernier regard sur ses terrains de chasse favoris.

