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Crise anglophone au Cameroun

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Crise anglophone au Cameroun
Description de cette image, également commentée ci-après
Situation de septembre 2022 à septembre 2023.
Présence séparatiste   
Présence gouvernementale   
Contestée   
Informations générales
Date - en cours
(8 ans, 10 mois et 3 jours)
Lieu Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, Cameroun (débordements dans les régions de l'Ouest et du Littoral du pays, et dans les États de Cross River et de Taraba du Nigeria)
Issue En cours
Belligérants
Drapeau du Cameroun Cameroun

Loyalistes

Ambazonie Autres groupes ...
Commandants
Drapeau du Cameroun Paul Biya
Drapeau du Cameroun Philémon Yang
Drapeau du Cameroun Joseph Dion Ngute
Drapeau du Cameroun René Claude Meka
Drapeau du Cameroun Valère Nka
Drapeau du Cameroun Joseph Beti Assomo
Drapeau du Cameroun Donatien Melingui Nouma
Drapeau du Cameroun Bouba Dobekreo
Sisiku Julius Ayuk Tabe
Samuel Ikome Sako
Lucas Ayaba Cho
Ebenezer Akwanga
Capo Daniel
Oliver Lekeaka
Autres commandants ...
Forces en présence
~ 5 000 à 6 000 hommes (en février 2018)[3] 2 000 à 4 000 hommes (en mai 2019)[4]
Pertes
800 à 1 000 morts (en février 2020)[5] ~ 1 000 morts (en juin 2019)[6]
Civils :
plus de 6 000 morts (en janvier 2023)[7]
700 000 déplacés internes
63 800 réfugiés au Nigeria (en mars 2021)[8]

Batailles

Batailles et opérations

Attentats

Massacres

La crise anglophone au Cameroun aussi appelée la guerre d'Ambazonie, est un conflit armé qui se déroule depuis 2017 dans les deux régions anglophones du Cameroun, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest (NOSO), opposant le gouvernement camerounais à divers groupes séparatistes.

D'un point de vue historique, le conflit remonte à l'époque coloniale, lorsque le Cameroun était colonisé par trois puissances européennes : l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Dans les années 1960, le Cameroun français et britannique accèdent à l'indépendance avant de se réunifier partiellement sous la forme d'une république fédérale, qui perdure jusqu'en 1972, date à laquelle elle est remplacée par un État unitaire. Cette transition politique est vivement contestée par la minorité anglophone, qui revendique un retour au fédéralisme ou la sécession. Ces revendications s'intensifient dans les années 1990 et donnent lieu à des actes de violences tant de la part des séparatistes que des forces gouvernementales.

La contestation resurgit fin 2016, alors que les régions anglophones connaissent une crise socio-politique sans précédent marquée par des revendications corporatistes des avocats et des enseignants. Face à la répression gouvernementale, et malgré certaines concessions, le mouvement se radicalise.

Ainsi, en , des séparatistes prennent les armes et lancent une vague d'attentats contre les forces gouvernementales, les lieux publics et les écoles, avant de déclarer un mois plus tard, l'indépendance des régions anglophones sous le nom de république fédérale d'Ambazonie. En , les attaques contre les forces de sécurité s'intensifient. En réponse, les autorités lancent des opérations militaires dans les régions anglophones en , entraînant les premiers affrontements.

Après deux ans de conflit, le président Paul Biya annonce le qu'un « grand dialogue national » se tiendra à la fin du mois afin d'y mettre un terme. À l'issue de cette concertation, un « statut spécial » est accordé aux régions en crise. Malgré cette avancée, les violences se poursuivent.

Depuis son déclenchement, le conflit a fait plus de 6 000 morts et a contraint plus d'un millier de personnes à fuir leur domicile, avec des exactions commises ou attribuées aux deux camps.

Période coloniale

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Le conflit trouve ses racines dans une histoire coloniale tumultueuse[9]. En 1884, le roi Ndumbe Lobe Bell et l'explorateur allemand Gustav Nachtigal signent le traité germano-douala, qui fait du Cameroun un protectorat allemand. En 1918, après la défaite de l'Allemagne lors de la Première Guerre mondiale, le protectorat est divisé en deux ; sa partie orientale, soit 45 du territoire, est confiée à la France et sa partie occidentale, soit 15 du territoire, au Royaume-Uni, sous mandat de la Société des Nations (SDN)[10]. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la SDN, devenue l'Organisation des Nations unies (ONU), confie le Cameroun, toujours sous administration franco-britannique, à son Conseil de tutelle dont la mission est de l'accompagner vers l'indépendance[10].

Décolonisation, passage d'un État fédéral à un État unitaire et présidence de Paul Biya

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Le , le Cameroun français accède à l'indépendance sous le nom de « république du Cameroun » avec comme président Ahmadou Ahidjo[11]. Le , l'ONU organise un référendum au Cameroun britannique qui exclut l'indépendance totale du territoire et propose aux électeurs deux options : l'indépendance par rattachement au Cameroun ou l'indépendance par rattachement au Nigeria. La partie nord choisit de rejoindre le Nigeria, tandis que la partie sud choisit de rejoindre le Cameroun pour former la « république fédérale du Cameroun » le [10]. En 1966, le chef d'État dissout les partis politiques et crée un parti unique, l'Union nationale camerounaise (UNC)[10]. Le , à l'issue d'un référendum constitutionnel, le chef d'État proclame la république unie du Cameroun, mettant ainsi fin au fédéralisme[12],[10].

Le , Paul Biya, Premier ministre depuis 1975, est élu président de la République à la suite de la démission d'Ahmadou Ahidjo. Dès son arrivée au pouvoir, il nomme et révoque les postes clés pour assurer sa continuité. À ses débuts, il promet de placer son mandat sous le signe du « Renouveau »[13]. Le , il divise la région anglophone en deux provinces : Nord-Ouest et Sud-Ouest[14]. Seul candidat à l'élection présidentielle de 1984, Paul Biya est réélu[13]. En , il adopte le nom « république du Cameroun » au lieu de « république unie du Cameroun »[10]. En 1985, il crée son parti, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Il est réélu en 1988, toujours sous la bannière du parti unique[13].

Malaise de la minorité anglophone depuis la fin du fédéralisme et premières violences

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Le passage d'un État fédéral à un État unitaire conduit à l'émergence de revendications identitaires de la part de la minorité anglophone, qui représente 20 % de la population[12],[15]. Cette transition est perçue par certains anglophones comme une trahison et le début de leur « marginalisation » au sein de l'État[16]. Début novembre 1985, des manifestations, principalement menées par des lycéens et des étudiants, auraient eu lieu à Bamenda. Des bâtiments publics auraient été saccagés. Selon certaines informations non confirmées, les manifestants auraient remplacé le portrait du président Paul Biya par celui d'Ahmadou Ahidjo et, à d’autres endroits, auraient substitué le drapeau nigérian au drapeau camerounais. Des renforts militaires sont dépêchés dans la région de Bamenda. Selon l'Union des populations du Cameroun (UPC), il y aurait eu des morts, et les frontières avec le Nigeria sont désormais sous étroite surveillance[17].

Au début des années 1990, alors que le pays revenait au multipartisme, le mouvement All Anglophone Congress (AAC) conteste la légitimité du référendum de 1972 et propose le retour au fédéralisme tandis que des mouvements plus radicaux appellent à la sécession[10],[18]. En , à la suite d'une conférence de l'AAC, la « Déclaration de Buéa » est publiée. Elle énumère les nombreux griefs des anglophones à l'égard du pouvoir central et appelle à un retour à l'État fédéral[19]. Face au refus du gouvernement de discuter d'un retour au fédéralisme, le Cameroon Anglophone Movement (CAM), l'une des plus grandes associations affiliées au mouvement AAC, déclare l'indépendance des régions anglophones le . Cette position est soutenue par une deuxième conférence qui se tient à Bamenda en 1994. Cette dernière déclare que si le gouvernement « persiste dans son refus d'engager des réformes constitutionnelles substantielles, ou ne les réalise pas dans un laps de temps raisonnable », elle proclamera « l'indépendance du Southern Cameroons, en prenant toutes les mesures nécessaires pour défendre et préserver la souveraineté et l'intégrité territoriale de celui-ci »[18].

En 1995, le Conseil national du Cameroun méridional (CNCM), un parti politique qui appelle à la sécession voit le jour[12]. Les et , des séparatistes attaquent des établissement civils et militaires, tuant quatre personnes, dont deux officiers à Bamenda, selon les autorités. En réponse, un couvre-feu est instauré dans la ville[20]. Le , le procureur requiert la peine de mort à l'encontre de cinq des 65 séparatistes jugés devant le tribunal militaire de Yaoundé pour des « attaques armées » commises en mars 1997 dans la province du Nord-Ouest. Le procureur affirme que ces cinq accusés sont « coupables de détention illégale d'armes, d'homicide, de vol de banque, de coups et blessures graves, de vol aggravé et d'incendie volontaire »[21]. En , des membres du CNCM prennent le contrôle d'une station locale de la Cameroon Radio Television (CRTV) à Buéa et proclament l'indépendance de la « république du Cameroun méridional »[22]. Le , à l'occasion du 40e anniversaire de la réunification du Cameroun, une manifestation pacifique organisée par des séparatistes dans les villes de Kumbo et Bamenda est violemment réprimée par la police. Au moins trois militants sont tués et cinq sont blessés à Kumbo. Des leaders séparatistes sont arrêtés[23].

Situation socio-politique à la veille du conflit

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En , des enseignants déplorent la nomination de francophones dans les régions anglophones et des juristes rejettent la suprématie du droit romain au détriment de la common law. La majorité des leaders de la contestation réclament un retour au fédéralisme, tandis qu'une minorité réclame l'indépendance et la proclamation d'un nouvel État, l'« Ambazonie ». Le pouvoir exécutif rejette ces deux revendications. Dès , les manifestations en zone anglophone, réprimées par les forces de l'ordre, font les premiers morts civils. D'autres suivront lors de manifestations, durement réprimées par les forces de l'ordre. Le , plusieurs leaders anglophones à la tête des manifestations sont arrêtés et inculpés d'« actes de terrorisme ». Le président Paul Biya abandonne les poursuites en août. Entre janvier et avril, Internet est coupé en zone anglophone[24].

Déroulement

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Multiplication des attaques

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En , les attaques se multiplient dans les régions anglophones, et même au-delà, visant les forces de sécurité et des lieux publics. Le , un engin explosif vise une patrouille de la gendarmerie nationale à Bamenda[25]. Le , un commando de trois hommes attaque une base militaire à Besongabang, tuant trois soldats et en blessant gravement un autre, avant de prendre la fuite[26]. Le , un premier attentat à la bombe vise le marché de Bamenda, suivi quelques minutes plus tard par un second dans le quartier d'Hospital Round About. Une seule des deux bombes explose, deux autres bombes de fabrication identique sont découvertes au Palais des congrès de la ville. Aucune des explosions n'a fait de blessés. Toutes ces actions sont revendiquées par les Forces de défense de l'Ambazonie (FDA), qui se définissent comme l'« armée de l'Ambazonia » et affirment s'être déployées dans les régions anglophones. À la suite des attaques, l'armée ratisse le terrain[27]. Le même jour, un cocktail Molotov est lancé contre le dortoir d'un collège à Mankon, près de Bamenda[28]. Le , trois policiers sont grièvement blessés dans une explosion à Bamenda[29]. Le , une double explosion a lieu à Douala, près de la Société camerounaise de dépôts pétroliers (SCDP), sans faire de victime. Les autorités évoquent une double explosion d'origine « criminelle » bien qu'elle ne soit pas revendiquée[30]. Des séparatistes prennent d'assaut la maison du Fon Angwafo III de Mankon pour y hisser le drapeau de l'Ambazonie[31].

Déclaration d'indépendance et répression

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Le , le leader séparatiste Sisiku Julius Ayuk Tabe déclare symboliquement l'indépendance des régions anglophones sous le nom de république fédérale d'Ambazonie, dont il devient le « président », provoquant des manifestations de soutien. Les manifestants sont violemment dispersés et au moins 17 personnes sont tuées dans les régions anglophones, selon Amnesty International et des sources officielles[32].

Intensification des attaques

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Au cours du mois de novembre 2017, les attaques contre les forces de sécurité et les établissements scolaires s'intensifient. Le , un collège est incendié à Bafut[33]. Le , un gendarme est tué à Jakiri[34]. Le , deux gendarmes sont tués à Bamenda. Ce dernier incident porte à trois le nombre de gendarmes tués en deux jours dans cette région[35]. Dans la nuit du 9 au , un gendarme est égorgé dans la localité d'Akwem, près de Mamfé. Il s'agit du quatrième militaire tué depuis une semaine[36]. Ces assassinats sont revendiqués par le Conseil de gouvernement de l'Ambazonie (AGovC). En réaction, un couvre-feu est instauré dans le département du Mezam et dans toute la région du Sud-Ouest[37]. Le , « un groupe de jeunes hommes » incendie le dortoir des jeunes filles d'un collège, dans la région du Sud-Ouest[38]. Dans la nuit du 12 au , quatre bombes artisanales explosent à Bamenda sans faire de victimes[39]. Dans la nuit du 18 au , au moins quatre personnes, dont un policier, sont blessées à Bamenda, où plusieurs coups de feu sont entendus[40]. Dans la nuit du , un lycée bilingue est incendié à Fontem[41]. Dans la nuit du 28 au , quatre soldats sont tués dans la région du Sud-Ouest. Ce dernier incident porte à huit le nombre de soldats tués dans la zone anglophone en moins d'un mois[42]. Dans la nuit du 29 au , deux policiers sont tués et un autre policier et un soldat sont blessés lors d'une attaque dans la localité d'Otu. La mort de ces deux policiers porte à dix le nombre de membres des forces de sécurité tués dans les régions anglophones en moins d'un mois[43].

Premiers affrontements, persistance des attaques et structuration du mouvement séparatiste

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Impact de balle sur une fenêtre de la gendarmerie de Nsanakang, le .

En , les premiers affrontements meurtriers entre les forces gouvernementales et les séparatistes éclatent, principalement dans le département de la Manyu. Dans la nuit du 7 au , des assaillants tentent de prendre possession d'un poste de gendarmerie à Nsanakang. Les affrontements qui ont suivi ont tué une dizaine d'assaillants et un gendarme. Cinq soldats sont également blessés[44]. Dans la nuit du 9 au , des assaillants attaquent l'armée à Kumba. Selon des sources sécuritaires, l'affrontement qui s'est ensuivi a fait un bilan provisoire de plusieurs blessés et morts dans les rangs des assaillants, et de cinq blessés dans les rangs de l'armée[45]. Le , des affrontements éclatent dans la localité de Dadi, près de Mamfé. L'armée annonce qu'elle a repris le contrôle de la localité et que plusieurs séparatistes ont été neutralisés[46].

Par ailleurs, les attaques isolées contre les symboles de l'État ne faiblissent pas dans la région du Sud-Ouest. Le , quatre gendarmes sont tués par des séparatistes présumés à Kembong[47]. Le , une trentaine d'assaillants attaquent une brigade de gendarmerie à Toko[48]. Le même jour, la résidence du sous-préfet de Toko est incendiée[49]. Dans la nuit du au , une quinzaine d'hommes armés attaquent un poste de gendarmerie à Mamfé, tuant trois gendarmes[50].

Fin 2017, le mouvement séparatiste se structure davantage avec l'apparition de plusieurs groupes armés[51]. Ceux-ci affrontent les forces gouvernementales à treize reprises et étendent leurs activités à cinq départements des régions anglophones[52].

Succession des combats meurtriers

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Au printemps 2018, des combats meurtriers s'enchaînent et gagnent du terrain. Le , une bataille a lieu à Batibo[53], provoquant des pertes sans précédent des deux côtés[54] et force plus de 4 000 habitants à fuir[55]. Le , un affrontement entre forces de sécurité et un groupe armé retranché dans un motel fait 32 morts à Menka[56]. Du 16 au , une bataille a lieu à Ekona, faisant plusieurs morts[57],[58]. Le trafic est interrompu après que les séparatistes ont déversé du sable sur les voies, et l'antenne de l'opérateur de téléphonie mobile MTN est détruite[59].

Attaques contre le convoi d'un ministre et des établissements pénitentiaires

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Le , quatre soldats et un journaliste sont blessés et plusieurs assaillants sont tués lors d'une attaque contre le convoi du ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo à Kumba[60]. Au Nord-Ouest, deux établissements pénitentiaires sont pris pour cible, entraînant l'évasion de nombreux détenus. Dans la nuit du 28 au , 160 détenus s'évadent lors de l'attaque de leur prison par des hommes armés[61]. Le , des hommes armés attaquent une prison à Wum et libèrent 117 détenus[62].

Violences affectant les civils

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À l’automne 2018, les violences touchent les civils, dont un ressortissant étranger. Le , un missionnaire américain est tué à Bambui. Les autorités camerounaises évoquent que ce dernier a été la cible de « terroristes » lors d'une tentative d'attaque contre une brigade de gendarmerie et une zone universitaire tandis que le gouvernement américain évoque des « tirs croisés »[63]. Le , 82 personnes dont 79 élèves sont enlevés par des hommes armés non identifiés à Bamenda. Outre les élèves, le directeur de la Presbyterian Secondary School de la ville, un enseignant et un chauffeur sont enlevés[64]. Le , les écoliers enlevés sont libérés. Il s'agit du premier enlèvement de masse au Cameroun[65].

Le , des hommes armés tuent quatre personnes qui se trouvaient dans un hôpital de Kumba avant de l'incendier[66].

Le , une gardienne de prison est enlevée puis décapitée à Bamenda. L'acte est attribué aux séparatistes[67].

Le , des hommes armés attaquent le quartier de Ngarbuh à Ntumbaw, tuant 22 civils, dont 14 enfants. L'opposition et des ONG locales accusent le gouvernement et les militaires d'être responsables de la tuerie[68]. Le , l'armée dément toute implication et assure que le massacre proviendrait d'un « malheureux accident, conséquence collatérale des opérations de sécurisation dans la région ». Le , l'ONU réclame aux autorités camerounaises une enquête « indépendante, impartiale et complète »[69].

Opérations militaires et massacre

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Dans la région du Nord-Ouest, l'armée mène des opérations militaires « spéciales » contre les séparatistes en milieu urbain. Du au , une dizaine d'entre eux sont tués lors d'une opération à Bafut[70]. Le , l'armée annonce « aux populations de la ville de Bamenda et ses environs (...) que les forces de défense et de sécurité ont engagé une opération spéciale de sécurisation de la ville », baptisée « Bamenda Clean »[71]. Le , l'opération est lancée, paralysant la ville de Bamenda[72].

Le , au moins huit enfants sont tués et douze autres sont blessés, dans l'attaque d'une école à Kumba. L'attaque est attribuée aux séparatistes[73],[74].

Le , un raid militaire dans la localité de Mautu fait neuf morts et plusieurs blessés[75].

Le , une opération militaire baptisée « Bui Clean » est lancée contre les séparatistes. Menée par la 5e région militaire interarmées, elle mobilise près de 300 soldats et dure un mois. Plusieurs séparatistes sont tués, ainsi que quatre soldats et plusieurs blessés[76].

Le , une dizaine de soldats sont tués dans une embuscade à l'est de Bamenda[77].

Le , trois élèves et une enseignante sont tués dans l'attaque d'un lycée à Ekondo-Titi[78].

Violences contre des représentants de l’État, massacres et affrontements

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Au printemps 2022, des représentants de l’État sont pris pour cible. Le , sept personnes dont un sous-préfet, un maire et un responsable local du parti au pouvoir, sont tuées dans l'attaque de leur convoi par des hommes armés à Ekondo-Titi[79]. Le , la sénatrice Elizabeth Regina Mundi est enlevée avec son chauffeur par des séparatistes dans la région du Nord-Ouest[80]. Le , l'armée annonce avoir libéré des otages, dont la sénatrice, à l'issue d'une opération dans la localité d'Ashong et ajoute qu'une « une dizaine de terroristes ont été neutralisés »[81].

Vers l'été 2022, des séparatistes présumés et l'armée se livrent à des massacres en zone rurale. Le , 24 civils sont tués et une soixantaine blessés par des séparatistes dans le village d'Obonyi II, selon le maire de la localité[82]. Le , neuf villageois sont tués par des soldats à Missong[83].

Par ailleurs, les affrontements meurtriers continuent. Dans la nuit du 7 au , des séparatistes attaquent une gendarmerie à Njitapon, tuant cinq gendarmes et blessant trois autres[84]. Le , l'armée déclare avoir déployé une centaine de soldats à Njitapon, à la suite de l'attaque[85]. Le , dix séparatistes sont tués par l'armée lors d'affrontements à Batibo et Bambui[86].

Le , trois explosions surviennent lors du lancement de la 28e édition de la Course de l'espoir à Buéa et font 18 blessés. L'attaque est revendiquée par les FDA[87].

Le , jour de la Fête nationale, des séparatistes enlèvent une trentaine de femmes dans la localité de Kedjom Keku[88].

Multiplication des massacres

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Durant le second semestre 2023, des massacres attribués aux séparatistes se multiplient. Le , une dizaine de civils sont tués à Bamenda[89]. Le , une vingtaine de civils, dont des femmes et des enfants, sont tuées dans le village d'Egbekaw[90]. Le , neuf personnes sont tuées dans le village de Bamenyam et une dizaine d'autres sont enlevées[91].

Le , un attentat à la bombe est perpétré lors de la Fête de la Jeunesse à Nkambé, tuant une personne et en blessant plusieurs autres, dont des enfants. Les autorités accusent les séparatistes, qui s'étaient opposés aux festivités, et annoncent l'arrestation de trois suspects le [92].

Le , une bataille a lieu à Kumbo : la nuit, un groupe de séparatistes prend d'assaut la ville de Kumbo et attaque la base locale du BIR, faisant plusieurs morts[93]. L'attaque aurait été menée par les Bui Unity Warriors (BUW). Par la suite, l'armée mène des représailles dans la région, incendiant des maisons dans trois villages du département du Bui et tuant trois civils et un séparatiste à Bamfem[94].

Le , le 6e Bataillon régional d'intervention rapide effectue un raid dans le village de Bombanda, tuant neuf commandants séparatistes, dont le « Field Marshall Lucifer » (alias « General Lucifer »)[95],[96].

Le , sept soldats sont tués dans un attentat à la bombe près de la localité de Malende. Le groupe séparatiste The Fako Unity Warriors revendique l'attaque[97].

Le , 14 civils, dont 7 enfants, sont tués et 14 autres sont blessés dans une attaque séparatiste à Guidado[98].

Rôle de la communication dans le conflit

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Visions internationales et le rôle des réseaux sociaux

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Les médias internationaux et en particulier les médias français notamment Le Monde et France 24 mettent davantage l'accent sur la crise humanitaire, les violences et les dégâts causés par celle-ci et essaient d'expliquer les raisons du conflit sans vraiment chercher de responsable[12]. La prise de position est délicate pour les pays étrangers (hors d'Afrique subsaharienne) à cause du manque d'information sur les réelles circonstances du conflit, de plus prendre parti pour les anglophones serait remettre en question le gouvernement camerounais. Cela n'est pas le cas des médias africains tels que BBC Afrique qui ont tendance à remettre en cause les actions de l'État camerounais en montrant beaucoup d'images et témoignages de victimes anglophones mais pas du gouvernement au pouvoir[99].

Le rôle des réseaux sociaux est considérable, en effet, au début du conflit, les réseaux sociaux ont permis à la population anglophone d'organiser leur rébellion et de rassembler les foules qui partagent leurs opinions. Selon les résultats d'un sondage au sein du Cameroun, 90 % des Camerounais anglophones pensent que l'utilisation des réseaux sociaux a donné une portée plus importante que prévu à leurs revendications[100]. Elle a d'ailleurs provoqué l'intervention des organisations étrangères et a attiré l'attention de la population internationale[16],[12].

Stratégies communicationnelles des acteurs

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La communication au Cameroun est de par sa nature très centralisée[101], car ce sont les mêmes médias traditionnels qui monopolisent la diffusion de l'information[102]. Il n'est donc pas rare que l'information soit assez semblable entre les différentes maisons de presses. On constate un haut niveau d'homologie politique du journalisme, c'est-à-dire que les journaux montrent leur implication politique de manière explicite. Une sorte de censure est même appliquée dans certains cas (lourde critique du gouvernement, appel à la rébellion, etc.). Le cas le plus évident est l'interdiction de la diffusion de la seule chaîne retransmise depuis l'étranger dédiée au Cameroun anglophone, SCBC TV, qui est considérée comme un outil de propagande séparatiste. L'État ayant un rôle très important dans l'organisation médiatique du pays, cette crise est devenue un des principaux sujets de discussion dans les médias camerounais et il est courant pour les citoyens camerounais de prendre position sur cette crise[réf. nécessaire].

Face à la crise sociale qui est devenue une crise humanitaire, la stratégie du gouvernement consiste en trois points : réfuter toute forme de persécution et de mise à l'écart de la communauté anglophone ; diaboliser les séparatistes et rassurer les médias étrangers ainsi que la population francophone du pays[réf. nécessaire]. Selon le gouvernement, les anglophones ont toujours été traités de la même façon que le reste des citoyens camerounais. Sur le plateau de la chaîne France 24, le ministre de l'Administration territoriale Paul Atanga Nji, affirme que la communication avec ces groupes a été établie depuis 2017, avant que cette crise socio-politique ne se transforme en conflit armé[103]. Il nie aussi toute forme de mise à l'écart de l'Ouest anglophone du pays. De plus, les allégations des séparatistes seraient mensongères en tout point. Selon le gouvernement, les accusations d'exactions (incendies, tortures, meurtres…) commis par les forces de sécurité camerounaises sont fausses ou alors exagérées pour pouvoir les discréditer[réf. nécessaire].

Le second procédé est de diaboliser et discréditer les séparatistes[103]. Pour désigner les rebelles séparatistes, les autorités utilisent des termes tels que « terroristes »[104]. Selon le ministre de la communication Issa Tchiroma Bakary, lors d'une interview réalisée par la chaîne France 24, ces derniers constituent une minorité d'individus qui souhaitent l'amputation du pays[105].

Enfin, le troisième point repose sur le fait de rassurer les médias étrangers ainsi que la population camerounaise francophone, en déclarant que la situation est sous contrôle[106], et en minimisant les dégâts annoncés par les Nations unies. En effet, l'ONU déclare que 470 000 personnes ont été déplacées. Le ministre de l'organisation territoriale, Paul Atanga Nji, dément cette information, réfutant les statistiques et les chiffres annoncés par l'organisation internationale et Human Rights Watch, dénonçant du « conspirationnisme ». En effet, selon le gouvernement camerounais, il y aurait 152 000 déplacés dont 90 000 sont rentrés chez eux, et que la situation chaotique qui régnait est en train de s'apaiser[103].

Issa Tchiroma Bakary et Paul Atanga Nji sont les principaux acteurs de cette communication intérieure et internationale. Leurs discours se sont toujours basés sur une relation attaque-défense lors des interviews, c'est-à-dire qu'ils se défendent des accusations et contre-attaquent en critiquant les séparatistes. Ils répondent aux journalistes en défendant leur « camp » sans chercher à répondre aux réelles questions des journalistes et parfois en les évitant.

La communication du côté des séparatistes est très peu sophistiquée, dû aux manques de moyens et à l'arrestation systématique de leurs porte-parole et à celle de leur leader Sisiku Julius Ayuk Tabe, condamné à la prison à vie, le [107]. Elle repose essentiellement sur le bouche à oreille, de publications et de dénonciations sur les réseaux sociaux et d'une chaîne de propagande interdite appelée SCBC TV[108]. Selon un défenseur des droits de l'homme, les séparatistes utilisent WhatsApp pour communiquer et faire leur propagande[109].

Stratégies et tactiques militaires

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Armée camerounaise

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Soldats camerounais sous le feu des séparatistes.

L'armée camerounaise mène une guerre contre-insurrectionnelle, visant à frapper la base de soutien des séparatistes. Cela inclut l'incendie des maisons où se trouvent des armes et, selon les habitants mais démenti par l'armée, la réalisation de représailles[110]. Selon le Centre Simon-Skjodt pour la prévention des génocides, en 2018 et 2019, l'armée, convaincue que la population anglophone dans son ensemble soutient les groupes séparatistes, commence à utiliser « la tactique de la terre brûlée, en rasant les villages soupçonnés d'abriter des séparatistes »[111]. Selon l'ONG CDHDA, entre et , plus de 200 villages sont partiellement ou totalement détruits par l'armée dans des zones où opèrent des groupes séparatistes[112]. En , le ministre de la Défense annonce que l'armée serait renforcée par 2 600 nouvelles recrues, dont 2 000 iraient au BIR[113]. En plus de l'expansion de l'armée, le gouvernement soutient les groupes d'autodéfense locaux, qui étaient plus de trente en [114]. Sans victoire militaire en vue, l'armée a cherché à au moins contenir le conflit dans les zones rurales. Fin 2018, l'armée visait à contrôler toutes les zones urbaines ainsi que les points stratégiques de la campagne, et ne cherchait pas à reconquérir l'ensemble des régions anglophones. Dans certains cas, cela a impliqué une compréhension tacite mutuelle sur la question de savoir qui contrôlait certaines zones ; les postes de contrôle séparatistes et militaires sont parfois à proximité les uns des autres, sans qu'aucun des deux camps n'attaque[115]. La stratégie des autorités consistant à donner la priorité aux zones urbaines a commencé à donner des résultats au cours du premier semestre de 2020 ; en juin, les séparatistes avaient été largement repoussés hors de Buéa[116]. Face à l'utilisation du vaudou par les séparatistes, certains soldats attachent un fin tissu rouge protecteur à leurs armes, censé neutraliser les sorts de l'odeshi, ce qui permet de protéger les séparatistes[117].

Groupes séparatistes

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Armes des séparatistes, saisies par l'armée à Bamenda, le .

Les séparatistes mènent une guérilla. Numériquement et matériellement défavorisés, ils mènent des tactiques du hit-and-run, des embuscades et des raids. Selon les FDA, en , ils comptaient 1 500 combattants, répartis dans 20 camps à travers les régions anglophones[118]. De nombreux groupes séparatistes, dont les FDA et les FDCM, sont directement dirigés depuis la diaspora aux États-Unis, en Norvège, en Allemagne et dans d'autres pays ; les organismes d'aide ont souvent dû négocier avec leurs dirigeants, plutôt qu'avec les séparatistes sur le terrain[119].

Au début du conflit, les séparatistes ont eu du mal à se procurer des armes à feu, devant se contenter de fusils de chasse et, dans certains cas, de pistolets à un coup. Au fil du conflit, ils ont progressivement obtenu un accès limité à des armes plus sophistiquées, en saisissant certaines auprès de l'armée régulière et en achetant d'autres au Nigeria. Ils ont également bénéficié de campagnes de collecte de fonds, lancées par des militants de la diaspora pour l'achat d'armes pour les groupes séparatistes. Cela a porté ses fruits au cours du premier semestre de 2019[120]. Alors qu'ils étaient désarmés à l'automne 2018[121], les séparatistes étaient devenus bien plus armés à l'été 2019[122]. Ils ont également déclaré qu'ils avaient commencé à produire leurs propres armes au sein des régions anglophones, une déclaration suivie de peu par une explosion près de Mamfé tuant quatre policiers[123]. En , la fabrication d'armes par les séparatistes posait une véritable menace pour l'armée régulière[124]. Les EEI, en particulier, se sont avérés efficaces pour les séparatistes, et leur utilisation fréquente, seule ou dans le cadre d'embuscades, entraîne de lourdes pertes au sein de l'armée début 2021[8]. L'armée ne dispose que d'un nombre limité de véhicules blindés protégés contre les mines, et les attaques à l'EEI sont devenues de plus en plus sophistiquées (y compris la détonation à distance). Cela provoque une baisse de moral parmi les soldats camerounais[125]. De plus, certains groupes séparatistes commencent à s'associer aux séparatistes du Biafra, qui les aident à accéder au trafic d'armes nigérian[126]. En , à la suite de l'embuscade de Bamessing dans laquelle 15 soldats sont tués, le ministre de la Défense Joseph Beti Assomo annonce un « changement de paradigme » dans le conflit[127].

Les séparatistes bénéficient d'un soutien local important, les civils leur donnant de la nourriture, les informant sur les mouvements des troupes, ou les aidant carrément à mener des attaques[128]. Dans les territoires contrôlés par les séparatistes, un contrat social commun veut que les civils développent des liens étroits avec les insurgés, qui en retour les défendent contre les raids de l'armée[115]. Contrairement à la plupart des soldats déployés dans les régions, les séparatistes sont des locaux, et connaissent donc mieux le terrain. Le général Donatien Melingui Nouma reconnaît que les séparatistes ont un avantage sur l'armée en ce qui concerne la connaissance du théâtre militaire : « Ce sont des jeunes des villages alentour, on les cherche mais on ne les trouve pas, nos éléments ne sont pas chez eux en forêt »[110]. Les autorités camerounaises admettent qu'elles avaient peu de contrôle sur la situation sécuritaire en dehors des villes[129]. Le journaliste français Emmanuel Freudenthal ayant passé une semaine avec les FDA en 2018, déclare que les séparatistes contrôlaient une grande partie des villages parce que les infrastructures des régions anglophones sont si peu développées qu'il est difficile pour l'armée d'accéder à ces zones[118].

Le gouvernement intérimaire de l'Ambazonie souligne que le conflit se déroulera uniquement dans les régions anglophones, et affirme que les attaques à travers la frontière ont été des opérations sous fausse bannière par le gouvernement camerounais[130]. Cette position n'est pas partagée par le Conseil de gouvernement de l'Ambazonie (AGovC). En , les FDA ont annoncé qu'ils porteraient la lutte armée dans les régions francophones du Cameroun, défiant ainsi le gouvernement intérimaire[131]. Les FDA se sont alliés au Peuple indigène du Biafra et à sa branche armée, le Réseau de sécurité de l'Est, en 2021, et ont déclaré que cette alliance entraînerait des opérations militaires conjointes[132]. Le leader de l'AGovC, Lucas Ayaba Cho, a résumé la stratégie des FDA de la manière suivante : « 60% du PIB du Cameroun est réalisé en Ambazonie. [...] Nous devons essayer d'élever le coût de l'occupation à un niveau supérieur aux profits qu'ils obtiennent ici »[133].

Les séparatistes utilisent également le culte vaudou, qui offrirait une protection surnaturelle contre les balles, appelée odeshi. Certains syndicalistes affirment que les combattants séparatistes sont rendus invisibles par ce rituel vaudou nigérian. Le journaliste Franklin Bayen estime que « ce n'est pas une guerre normale (...) cette guerre semble unilatérale avec des combattants sans visage (...) qui tuent les troupes gouvernementales, mais ne sont pas tués même dans une confrontation directe. C'est une guerre qui témoigne de signes de mysticisme qu'il est difficile d'expliquer sans paraître superstitieux ». Les soldats dans les zones de conflit rapportent à peu près la même idée : « vous tirez sur quelqu'un et il ne meurt pas [...] vous voyez la moto rouler et personne ne la conduit ». La croyance selon laquelle l'odeshi fournit une armure surnaturelle est très efficace, car elle crée un mythe d'invincibilité parmi les séparatistes et les soldats, dont le moral peut être affecté par l'odeshi[117].

Lycée incendié à Fontem, le .

En , les États-Unis accusent le gouvernement camerounais et les séparatistes d'exactions, citant des assassinats ciblés, l'incendie et le pillage de villages du côté gouvernemental, et le meurtre de gendarmes, l'enlèvement de fonctionnaires et l'incendie d'écoles du côté séparatiste[134]. Le , Amnesty International dénonce les violations des droits de l'homme commises[135].

En 2019, l'ONU recense 1 065 cas de violences sexuelles, dont 289 concernent des agressions sexuelles ou des viols dans les régions anglophones[136]. Le , HRW accuse les autorités camerounaises de détentions au secret, de disparitions forcés et de torture[137]. Le , l'ONG Human Rights Watch (HRW) dénonce les exactions commises par l'armée et les groupes séparatistes sur de nombreuses personnes handicapées et âgées dans les régions anglophones[138].

Entre février et , l'ONU recense plus de 4 300 cas de violences sexuelles et sexistes dans les deux régions anglophones. Dans près de la moitié des cas, il s'agissait d'agressions sexuelles ou physiques ou de viols, tandis que les enfants étaient victimes dans environ 30 % des cas[139].

Entre janvier et , près de 500 cas de viols et d'agressions sexuelles ou physiques sont recensés dans ces régions, ainsi que plus de 500 autres cas de violences contre les femmes, notamment des mariages forcés, des privations de ressources économiques et des violences psychologiques[136]. Le , HRW dénonce de nouvelles exactions commises par l'armée et les séparatistes[140].

Le , HRW accuse les séparatistes de commettre des « violations graves des droits humains »[141]. Le , Human Rights Watch publie un rapport accusant l'armée d'être à l'origine de « meurtres », de « détentions arbitraires » et de « pillages » de villages et de centre de santé dans la région du Nord-Ouest[142].

En 2023, des experts estiment que les groupes séparatistes se tournent davantage vers une économie criminelle en raison des revers subis. Yerima Kini Nsom, rédacteur en chef du bihebdomadaire anglophone The Post, observe que les séparatistes se livrent à des enlèvements et à des extorsions dans les zones rurales où ils se sont repliés. L'historien Raoul Sumo Tayo note une évolution vers le terrorisme pur, avec un nombre croissant d'attentats à la bombe. De plus, les engins explosifs sont utilisés sans discernement. Les vols, le racket, les enlèvements contre rançon, les attaques contre les institutions de micro-finance et les particuliers se multiplient[143]. Le , Amnesty International accuse chaque camps d'« atrocités », dont des exécutions, tortures et viols[144].

Bilan humain

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Selon Amnesty International, entre et , plus d'une quarantaine de gendarmes et de policiers sont tués[145]. Selon un document officiel obtenu le par l'AFP, 81 militaires et policiers ont été tués depuis le début du conflit[146]. En l'espace de deux semaines, dans la seconde moitié du mois de juin, le bilan officiel s'alourdit à plus de 120 morts[147]. Le , Amnesty International fait état de 160 membres des forces de sécurité et de 400 civils tués depuis le début du conflit[148]. En , au moins 420 civils, 175 membres des forces de sécurité et un nombre indéterminé de séparatistes sont tués[149],[150]. En , environ 170 soldats sont tués, selon le colonel Didier Badjeck, porte-parole de l'armée camerounaise[151].

Selon un rapport de HRW publié le , au moins 170 civils ont été tués depuis . En outre, le rapport indique que « 31 membres de forces de sécurité ont été tués dans des opérations entre octobre et février »[152]. En , selon l'International Crisis Group (ICG), le conflit a tué au moins 1 850 personnes[153]. En , les pertes militaires et policières sont estimées à environ 500 morts. Les séparatistes, quant à eux, dénombrent environ 1 000 combattants tués. Les groupes fédéralistes et séparatistes contestent ces chiffres. Alors que les mouvements fédéralistes affirment que le conflit a fait entre 3 000 et 5 000 morts à l'été 2019, les séparatistes affirment qu'entre 5 000 et 10 000 personnes ont été tuées. Bien que les pertes civiles soient difficiles à déterminer, en , elles sont estimées par des sources indépendantes à environ 650 tués, sur un bilan total de 1 850 morts. En janvier de la même année, le diocèse de Kumbo documente 385 décès civils dans la seule ville de Kumbo, au cours des sept derniers mois. En , le bilan estimé est de 3 000 morts, en comptant à la fois les séparatistes et les civils[154].

En , entre 800 et 1 000 soldats sont tués[155]. En outre, au moins 250 membres de l'ethnie Mbororo sont tués en , en comptant à la fois les civils et les miliciens[156].

Selon un rapport de Global Initiative Against Transnational Organized Crime (en) (GI-TOC) et de l'Armed Conflict Location & Event Data (ACLED) publié en , entre 2017 et 2023, 2 600 civils ont été tués par les séparatistes et 1 600 civils ont été tués par l'armée. Selon le même rapport, en 2023, les séparatistes ont fait plus de 300 victimes civiles[157]. Le , Human Rights Watch estime qu'« au moins 6.000 civils ont été tués par les forces gouvernementales et les combattants séparatistes »[158]. En , plus de 6 500 personnes ont été tuées, depuis le début du conflit[159].

Entre le et le , au moins 20 soldats sont tués, portant à 1 802 le nombre officiel de membre des forces de sécurité tués depuis le début du conflit. Cependant, selon plusieurs analyses concordantes, l'estimation réelle des pertes militaires pourrait être plus proche de 3 500 morts[160].

Conséquences

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Réfugiés et déplacés internes

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Transport d'enfants déplacés de la région du Nord-Ouest à Bamendjing, le .

En , selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), près de 2 000 réfugiés sont enregistrés au Nigeria alors que 3 000 sont en attente de procédure[161]. En , 15 000 personnes avaient fui les régions anglophones pour se réfugier dans le pays[162]. Ce nombre est passé à au moins 40 000 personnes en février de la même année[163]. En , plus de 180 000 personnes avaient été déplacées[164].

En , 530 000 personnes avaient été déplacées à l'intérieur du pays et 35 000 avaient fui au Nigeria[4]. En , l'UNICEF a déclaré que 1,3 million de personnes dans les régions anglophones avaient besoin d'une aide humanitaire[165].

En , 598 000 personnes avaient été déplacées à l'intérieur du pays et au moins 2 millions de personnes avaient besoin d'une aide humanitaire[7].

En , plus de 1,8 million de personnes avaient besoin d'une aide humanitaire. Plus de 584 000 personnes ont été déplacées à l'intérieur du pays. Plus de 73 000 sont devenues des réfugiés au Nigeria[159].

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (BCAH) rapporte qu'au cours du mois de , près de 300 civils ont été déplacés de force depuis le village de Banga-Bakundu dans la région du Sud-Ouest, vers des localités voisines telles que Banga, Muyuka, Bombe-Bakundu et Mbalangi. Selon le BCAH, « ce déplacement est lié à la position stratégique de la communauté, devenue un point chaud du conflit en cours »[166].

En , environ 493 400 personnes restent déplacées en raison du conflit[167].

Fermeture des écoles et déscolarisation

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En , près de 6 000 écoles, soit plus de 80 % des écoles de ces régions sont fermées, affectant plus de 600 000 enfants[168]. Selon l'UNICEF, deux mois après la rentrée scolaire 2019, environ 90 % des écoles primaires publiques, soit plus de 100 écoles et 77 % des écoles secondaires publiques, soit 744 établissements restent fermées ou non opérationnelles. Depuis le début du conflit, 855 000 enfants ne sont plus scolarisés[169].

Le , le BCAH indique dans un rapport que plus de 200 000 enfants sont déscolarisés du fait de la fermeture de plusieurs écoles. En effet, selon les données du BCAH, 2 875 établissements scolaires n'ont pas rouvert leurs portes depuis la rentrée 2023, soit 41 % des établissements[170]. Selon l'UNICEF, près de 500 000 enfants étaient déscolarisés en 2024[171].

Crise économique et agricole

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Bananeraie abandonnée à Buéa, le .

Le conflit a gravement nui à l'économie locale. En , la Cameroon Development Corporation (CDC), une entreprise publique comptait officiellement 20 280 employés, le nombre s'abaisse à 6 270 en [172]. En , l'entreprise agro-industrielle a déclaré que le conflit pourrait entraîner la perte de 5 000 emplois à court terme[173]. En , l'ONG Human Is Right, installée à Buéa, a indiqué que le conflit a entraîné une hausse de 70 % du chômage dans l'agriculture[174]. Les secteurs de l'huile de palme et du cacao dans la région du Sud-Ouest avaient pris un coup sévère, l'entreprise agro-industrielle Pamol Plantations Plc abandonnant les plantations dans certaines zones[175].

L'entreprise privée Telcar Cocoa a indiqué que la production de cacao avait chuté de 80 %. L'ONG Human Is Right a suggéré que les entreprises passent des accords avec les séparatistes afin de sauvegarder leurs installations[176]. L'industrie du thé souffre également de ce conflit. Victimes de violences et d'intimidations, les employés se rendent rarement dans les champs, où l'entretien est négligé. La production passe de 3 763 tonnes à 1 828 tonnes entre 2015 et 2018, soit une baisse de 51,4% sur la période[177]. Dans un premier rapport paru en , le Groupement inter-patronal du Cameroun (GICAM) indique que les répétitives opérations « ville morte », les intimidations, les rackets, les rapts et les assassinats d'employés et de responsables d'entreprise, ainsi que les attaques ciblées sur des structures parapubliques comme la CDC, détruisent « délibérément » l'économie de cette partie du pays[172]. Dans son rapport, le GICAM affirme que le conflit aurait entraîné une perte de 269 milliards de francs CFA (410 millions d'euros)[153]. Dans un second rapport diffusé mi-, le GICAM estime que les recettes d'exportation du cacao et du café arabica provenant des deux régions anglophones ont chuté de 20 %[174].

En 2019, les recettes fiscales annuelles dans les régions anglophones avaient chuté de 800 000 à 1 000 dollars, et en 2020, presque tous les agents du fisc avaient fui leurs postes de passage à la frontière nigériane[178]. Le , les régions anglophones sont déclarées « zones économiquement sinistrées » selon un décret signé par le Premier ministre Joseph Dion Ngute[179]. Les séparatistes visent à empêcher l'État de percevoir des revenus des régions anglophones, afin que le coût du contrôle de ces régions dépasse les avantages[133]. Un cadre d'un opérateur de téléphonie mobile signale que 62 % des pylônes de télécommunications installés dans ces zones ont été vandalisés, ce qui affecte les communications et entraîne une chute des ventes dans les deux régions. En effet, les pertes subies par le secteur du fait de la destruction des infrastructures de télécommunications s'élèvent à plus de 100 milliards de franc CFA, soit 152 millions d'euros[177].

Le conflit a un impact sur le commerce avec le Nigeria. Selon les dernières estimations officielles, les exportations de la région du Sud-Ouest ont chuté de plus de 20 % entre 2015 et 2017, tandis que les importations en provenance du géant d'Afrique ont baissé de 40,5 % sur la même période[177]. Le conflit a également provoqué l'exode de la communauté d'affaires nigériane des régions anglophones, ainsi que des commerçants nigérians qui géraient les marchés clés[180].

Selon un rapport de Famine Early Warning Systems Network (FEWS NET) publié en , les ménages ruraux continuent de faire face à un accès limité aux terres et aux activités agricoles, tandis que de nombreuses personnes déplacées n'ont pas accès de manière régulière à des terres arables. La diminution des surfaces cultivées réduit la demande de main-d'œuvre agricole et entraîne une baisse des revenus. FEWS NET indique qu’en , les prix du riz cassé et du maïs sont restés supérieurs à leur moyenne sur cinq ans, sous l’effet d’une forte demande liée à l’épuisement précoce des stocks, à des perturbations de l’approvisionnement et à la hausse des coûts de transport. Le réseau avait déjà signalé en que, dans les capitales régionales de Bamenda et de Buéa, les prix du maïs et du riz étaient supérieurs à leur moyenne sur cinq ans[167].

Baisse du tourisme

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Le conflit a entrainé une baisse du tourisme dans la région du Sud-Ouest, autrefois très prisée. En , le membre du Conseil Communal d‘écotourisme du mont Cameroun, John Lyombe, déclare : « Entre la saison 2016-2017, nous avons annulé environ 146 réservations parce que nos clients ont répondu qu’il y avait beaucoup d’insécurité et que leurs ambassades ont communiqué avec eux pour leur dire que c‘était une zone interdite. Donc, cela a impacté négativement la situation du tourisme à Buea et je dirai dans le sud-ouest en général ». À Limbé, une autre ville de la région réputée pour sa plage, le tourisme est gravement touché. Alfous Adamu, propriétaire d'un restaurant, raconte : « Avant la crise dans cette région, nous avions beaucoup de clients, mais les choses ont changé et nous risquons de faire faillite. Notre souhait est que les choses puissent revenir à la normale »[181].

En , le directeur de l'hôtel Seme Beach, situé à la sortie de Limbé, constate que « les revendications anglophones ont créé une certaine psychose » chez les potentiels touristes. Confronté à une forte baisse d'activité, le gérant réduit de moitié le nombre de lits, laisse à l'abandon des bâtiments entiers du vaste complexe et licencie les 34 de son personnel[182].

Conséquences environnementales

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Le conflit a interrompu les activités de conservation dans les points névralgiques de la biodiversité du pays dans les régions anglophones. Avant la crise, bon nombre de ces zones protégées étaient encore dans un bon état, car le Cameroun était moins touristique que d'autres pays africains. Mais la crise a bloqué plusieurs projets environnementaux. Par exemple, la violence a contraint les écologistes et les ONG opérant dans la réserve naturelle de Tofala Hill, dans le Lebialem, à fuir. La réserve naturelle de Tofala Hill abrite le gorille de la rivière Cross, en voie de disparition, ainsi que d'autres espèces animales menacées comme le chimpanzé et l'éléphant d'Afrique. Ces gorilles sont également de plus en plus menacés par des groupes séparatistes tels que le Red Dragon, qui ont établi des camps dans la réserve naturelle[183]. De même, les efforts visant à protéger le parc national du mont Cameroun, qui abrite des primates menacés, ont été entravés[184]. Cela constitue une menace pour le chimpanzé nigériano-camerounais, qui est déjà menacé d'extinction[183].

L'insécurité dans les zones abritant des animaux sauvages a entraîné une augmentation de la chasse illégale incontrôlée. Le braconnage de chimpanzés et d'éléphants menacés d'extinction a augmenté dans la réserve naturelle de Tofala Hill et dans les parcs nationaux de Takamanda et de Korup après la fuite des gardes forestiers et des éco-gardes de l'État[183].

Les mesures prévues par le plan d'action climatique du Cameroun ont été interrompues par la crise. Ces mesures comprennent la fourniture d'engrais et de semences améliorées aux agriculteurs, l'installation d'énergies renouvelables dans les zones rurales et la restauration des forêts de mangroves le long de la côte de Limbé[183].

La crise a aggravé le problème de la gestion des déchets municipaux. Les séparatistes ont menacé de brûler la société de collecte des ordures, Hysacam. Certains de ses employés ont été attaqués. Cette situation a affecté la collecte des déchets municipaux à Bamenda et à Buéa[183].

Réactions nationales

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Gouvernement

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Le , le gouvernement ordonne le déploiement de 932 gendarmes et policiers supplémentaires dans la zone[185]. Le , il instaure un couvre-feu dans les régions anglophones[186] et l'accès à Internet est limité[187]. Le , le président Paul Biya condamne « de façon énergique tous les actes de violence, d'où qu'ils viennent, quels qu'en soient les auteurs » et appelle au « dialogue »[188]. Les sénateurs camerounais, conduits par le président du Sénat Marcel Niat Njifenji et le président de l'Assemblée nationale Cavayé Yeguié Djibril, se réunissent au Monument de la Réunification à Yaoundé pour « exprimer leur attachement à un Cameroun uni et indivisible ». Quelques sénateurs du RDPC, parti au pouvoir dans les deux régions anglophones, assistent à la cérémonie. Le RDPC organise une marche pour protester contre la partition du Cameroun, et des manifestants se rassemblent également au Monument de la Réunification[189]. Le , le Premier ministre Philémon Yang entame des consultations à Bamenda dans le cadre d'un processus de « dialogue » avec les populations des régions anglophones[190]. Le , le président Paul Biya déclare : « Le Cameroun est victime des attaques à répétition d'une bande de terroristes se réclamant d'un mouvement sécessioniste. Face à ces actes d'agressions, je tiens à rassurer le peuple camerounais que toutes les dispositions sont prises pour mettre hors d'état de nuire tous ces criminels »[191]. Son discours est considéré comme une déclaration de guerre par la radio d'État[192]. Le , le président Paul Biya convoque une réunion de sécurité exceptionnelle à Yaoundé, réunissant les chefs d'état-major et les directeurs généraux des services de l'intérieur tels que les sapeurs-pompiers et la gendarmerie[193]. À la suite de cette réunion, un déploiement militaire est décidé dans les régions anglophones[194]. Le , le ministre de la Défense Joseph Beti Assomo assure que l'armée mettra en œuvre « sans état d'âme » les instructions du président Paul Biya pour mettre « hors d'état de nuire » les séparatistes anglophones violents[195]. Le , dans son traditionnel discours de vœux à la Nation, le président Paul Biya déclare : « J'ai instruit que tous ceux qui ont pris les armes, qui exercent des violences ou qui incitent à la violence, soient combattus sans relâche et répondent de leurs crimes devant la justice ». Il se félicite des « excellents résultats » des « opérations de sécurisation » menées dans les régions anglophones. Estimant que « dans leur immense majorité, les Camerounais aspirent à vivre ensemble, dans la paix » en régions anglophones, le président Paul Biya souhaite que « la situation revienne à la normale ». Il conclut en déclarant : « Le dialogue a toujours été et restera toujours pour moi la voie privilégiée de résolution des problèmes, pour autant qu'il s'inscrive strictement dans le cadre de la légalité républicaine »[196].

En , le président Paul Biya signe un décret créant une nouvelle « région militaire » dans la région anglophone[197]. En , le président Paul Biya déclare que l'armée devra poursuivre ses « efforts » pour un « retour à la normale » dans les régions anglophones[198]. Le , le ministre de l'Administration territoriale Paul Atanga Nji entame une visite de 48 heures dans la région du Nord-Ouest. Il déclare aux journalistes : « Le désordre ne profite à personne » et appelle à la reconversion des séparatistes anglophones « violents » et invite les populations à miser sur l'éducation. Assurant des « perturbations orchestrées par un groupe terroriste » que les autorités locales ont gérées avec « professionnalisme », le ministre félicite également et remercie les forces de défense. « Elles ont été victimes de nombreuses provocations », mais elles ont su garder leur « sang-froid », a-t-il dit[199]. Le , le Premier ministre Philémon Yang présente un plan d'urgence du gouvernement pour soutenir les régions anglophones, dont le coût devrait s'élever à près de 12 millions de francs CFA[200]. Le , lors de sa prestation de serment à l'Assemblée nationale, le président Paul Biya déclare : « Dans nos régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, des forces négatives ont cru pouvoir profiter de revendications d'ordre corporatiste pour essayer de mettre en œuvre un projet de sécession. Il s'est ensuivi une succession d'actes de violence terroriste auxquels le gouvernement a répondu en prenant des mesures nécessaires pour préserver l'ordre public, ainsi que la sécurité des citoyens et de leurs biens ». Il ajoute : « À ces entrepreneurs de guerre, qui mettent à mal notre unité nationale et prônent la sécession, il faut qu'ils sachent qu'ils se heurteront non seulement à la rigueur de la loi, mais aussi à la détermination de nos forces de défense et de sécurité. Je leur lance un appel à déposer les armes et à retrouver le droit chemin. J'en appelle tout particulièrement aux jeunes qui se sont laissé entraîner dans une aventure sans lendemain »[201]. Le , le président Paul Biya signe un communiqué indiquant qu'un « comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration » (CNDDR) pour les combattants des zones en conflit au Cameroun (…) a été créé par décret présidentiel ». Selon le document, le CNDDR doit permettre d'« accueillir et de désarmer les ex-combattants » du groupe islamiste « Boko Haram et des groupes armés des régions (anglophones) du Nord-Ouest et du Sud-Ouest », de « collecter » leurs armes, et d'« aider à la réinsertion dans la vie civile »[202].

Le , le gouvernement envoie un convoi humanitaire de plus de 50 camions chargés de nourriture, de matériel de couchage, de matériaux de construction et d'ustensiles de cuisine vers les régions anglophones. Ces dons sont destinés à aider 75 000 personnes déplacées à l'intérieur du pays[203]. Le , le président Paul Biya annonce la tenue d'un « grand dialogue » national à la fin du mois pour résoudre le conflit[204]. Le , les députés adoptent un projet de loi sur la décentralisation, accordant un statut spécial aux régions anglophones. Ce statut est la principale recommandation approuvée par les participants au grand dialogue national[205]. Le , un convoi humanitaire d'une centaine de camions chargés de marchandises diverses prend la route des régions anglophones. Selon le gouvernement, ce don du couple présidentiel concerne 16 000 familles, formellement identifiées comme telles[206].

Le , lors de son traditionnel message à la jeunesse, en prélude à la Fête de la Jeunesse, le président Paul Biya se félicite de la promulgation de deux textes législatifs importants pour la décentralisation, en déclarant : « Il s'agit en réalité d'une véritable révolution pacifique qui répond aux aspirations de nos concitoyens à une meilleure participation à la gestion des affaires locales. À quoi s'ajoutent les dispositions d'un statut spécial pour les régions du nord-ouest et du sud-ouest, qui tient compte de leurs particularités sociales et culturelles ». Il lance également un appel à la jeunesse de ces deux régions : « Ceux qui se sont laissés enrôler dans des bandes armées et qui continuent d'entretenir un climat d'insécurité dans ces deux régions doivent déposer les armes, à l'exemple de ceux, nombreux, qui l'ont déjà fait et qui vivent tranquillement au sein de nos communautés ». Le président Paul Biya les « exhorte à sortir de la brousse » et à retrouver « une vie normale » dans la société[207]. En , le gouvernement camerounais lance le Plan de reconstruction et de développement des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (PPRD-NO/SO) afin de permettre la réhabilitation des infrastructures et le développement socio-économique de ces régions[208]. En , le gouvernement camerounais était divisé sur la question des pourparlers avec les séparatistes, avec un camp, y compris le Premier ministre, qui préconise une fin négociée du conflit, et l'autre camp qui s'oppose aux négociations[209].

Le , lors de sa prestation de serment pour un 8e mandat, le président Paul Biya renouvelle son appel à la démobilisation des groupes armés dans les régions anglophones et de l'Extrême-Nord[210].

Le , les députés du principal parti d'opposition, le SDF perturbent la session parlementaire par des chants. Ils demandent l'ouverture d'un débat dans l'hémicycle sur la crise. Le président de l'Assemblée nationale Cavayé Yeguié Djibril suspend les débats[211]. En , le secrétaire général du SDF Jean Tsomelou, critique la « forte militarisation » des régions anglophones. Il juge la situation « inquiétante » avec « toutes les exactions commises sur les populations », déplore « les pertes en vies humaines du côté des civils et des forces de sécurité » et accuse le président Paul Biya d'avoir « laissé pourrir la situation »[212]. Le , le parti estime que l'« l'escalade » de la violence dans les régions anglophones « a dégénéré en guerre civile ouverte » et accuse le « régime de Yaoundé » d'être « responsable » de la situation[213]. En , le président du parti John Fru Ndi, estime que le président Paul Biya devrait être poursuivi pour « crimes contre l'humanité » par la communauté internationale pour sa gestion du conflit[214]. En , le candidat du SDF à la présidentielle Joshua Osih, affirme que le président Paul Biya est « le seul responsable » du conflit[215].

En , le SDF a annoncé qu'il s'opposerait à toute élection future dans le pays tant que le conflit est en cours. Le parti soutient une solution négociée au conflit, et a demandé un cessez-le-feu, l'ouverture d'un dialogue, l'amnistie pour toutes les personnes emprisonnées dans le cadre du conflit, la création d'une commission de vérité et de réconciliation, et la décentralisation du pays[216]. En , le SDF a accusé des membres du gouvernement camerounais de soutenir certains éléments armés dans les régions anglophones. Le , le SDF présente au Premier ministre Joseph Dion Ngute ses propositions pour résoudre le conflit. Le parti demande « un cessez-le-feu immédiat » et la démobilisation des forces armées comme des séparatistes. Le SDF demande également « la libération immédiate de tous les prisonniers politiques incarcérés dans le cadre de cette crise », ainsi que la nomination d'un médiateur pour préparer ces pourparlers. Un responsable du parti, Jean-Robert Wafo, déclare : « Tout le monde doit être écouté. Le SDF est pour le débat politique inclusif sur cette crise avec une position claire et sans ambiguïté qui est le fédéralisme comme forme de l'Etat. La sécession est à proscrire ». Il ajoute qu'« on peut bien écouter les sécessionnistes sans toutefois être d'accord avec le principe de la sécession »[217]. En , le SDF a annoncé qu'il boycotterait les célébrations de la Fête nationale en solidarité aux populations des régions anglophones[218].

De plus petits partis d'opposition, comme le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), reprochent également au gouvernement de ne pas avoir résolu le conflit[219]. En , le MRC a rejoint le SDF pour boycotter les célébrations de la Fête nationale. En , le leader du MRC Maurice Kamto, a menacé de lancer une « gigantesque campagne nationale » pour renverser le président Paul Biya si ce dernier convoquait le corps électoral sans avoir d'abord résolu le conflit[220]. Le Cameroon People's Party (CPP) a adopté une approche nuancée, condamnant à la fois le gouvernement et les séparatistes. Le leader du parti Kah Walla, a déclaré que le conflit pouvait être résolue en rétablissant le fédéralisme au Cameroun[221].

Artistes et sportifs

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Le , le footballeur Samuel Eto'o accepte une mission de paix dans les régions anglophones confiée par le président Paul Biya. Il déclare : « Je me tiens disponible pour tout. Le Cameroun nous appartient à nous tous, on ne peut pas construire notre pays sans la paix ». La médiation est refusée par les séparatistes, qui vont jusqu'à menacer d'assassiner le joueur s'il se rend en régions anglophones[222]. Invitée au journal de 20h, le , sur la chaîne Équinoxe Télévision, la chanteuse Charlotte Dipanda se dit attristée par le conflit et exhorte les autorités à écouter les revendications des populations anglophones[223]. Le même jour, le chanteur Petit-Pays s'exprime sur l'implication des artistes dans le conflit lors d'une conférence de presse à Douala : « le problème est très profond. Comme dans tous les pays du monde lorsqu'il y a un problème on consulte aussi quand même les artistes !. Mais chez nous ce n'est pas le cas. Tout est délaissé. On ne doit pas appeler les artistes seulement quand ça chauffe déjà. Pendant les élections présidentielles on a besoin des artistes seulement pour aller soutenir un camp. En plus quels artistes ? Il faut voir s'il y avait les vrais artistes (rires dans la salle). Prions Dieu que ça s'arrange. Il faut que l'Etat se manifeste, que l'Etat sollicite les artistes, qu'on leur donne les moyens de travail et essayer de voir les choses profondément. Ce n'est pas par un coup de baguette magique qu'on va essayer de le faire… Non ! Il est profond ! Il est très profond ! Tout est profond ! Et il y a des gens qui ont raison dans cette histoire-là ! »[224]. En , les chanteurs et chanteuses Nabila, Blanche Bailly, Daphne, Magasco, Blaise B, Sango Edit et Mr Leo et les rappeurs Kocee et Pit Baccardi se réunissent pour interpréter un hymne à la paix intitulé We Need Peace et produit par le chanteur Salatiel[225].

Le , le footballeur Samuel Eto'o déclare : « Notre beau pays traverse des moments difficiles et mon plus grand rêve, c'est que nos cœurs s'apaisent. C'est vraiment qu'on retrouve le vivre-ensemble qui nous a toujours caractérisés et qu'on a toujours enseigné aux autres nations ». Il ajoute : « le Cameroun c'est un pays spécial qui nous appartient tous, nous ne sommes pas parfaits – moi le premier – mais j'aimerais vraiment que nos cœurs soient apaisés et que nous revenions à de meilleurs sentiments »[226]. Le , la chanteuse Daphne, interrogée par un internaute sur le conflit lors de son passage dans l'émission Couleurs Tropicales animée par Claudy Siar, déclare : « le conflit n'est pas entre les francophones et les anglophones…Il n'y a aucun problème entre les francophones et les anglophones. On a un problème avec le gouvernement »[227]. Le , musiciens, producteurs et journalistes se mobilisent autour du mouvement #EndAnglophoneCrisis (« Mettez fin à la crise anglophone »), lancé sur les réseaux sociaux, pour appeler à la fin du conflit. Le mouvement est relayé par les chanteurs et chanteuses Daphne, Ben Decca et Mimie[228] l'actrice Muriel Blanche[229] l'ancien capitaine des Lions indomptables, Rigobert Song et le footballeur Fabrice Ondoa[230]. À la suite du massacre de Kumba, le , une réunion d'artistes est organisée par Salatiel et se tient dans le quartier Bonamoussadi à Douala[231]. Le , des artistes camerounais manifestent au lycée bilingue d'Essos à Yaoundé, sous la bannière du Mouvement des Artistes Camerounais pour la Paix (MAC), en hommage aux victimes de la tuerie et par extension du conflit, à l'appel du rappeur Maahlox le vibeur. De nombreuses personnalités prennent part à l'événement, notamment les chanteuses Lady Ponce et Coco Argentée et l'humoriste Moustik Karismatik[232].

Le , le groupe X-Maleya et Magasco sortent leur chanson Tears of Mine, qui évoque la souffrance des familles touchées par le conflit. Le groupe explique son engagement en ces termes : « lorsque la douleur devient insupportable, il est essentiel de la partager. Nous avons décidé de nous associer à la souffrance de nos compatriotes, en espérant que notre musique puisse contribuer à apporter un message de paix et d'espoir ». Magasco, pour sa part, exprime « sa gratitude d'avoir été inclus dans ce projet musical » et espère « que les populations des régions anglophones retrouveront le sourire après ces années sombres »[233].

Réactions internationales

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Notes et références

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Bibliographie

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Articles connexes

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