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Guerre civile soudanaise depuis 2023

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Guerre civile soudanaise depuis 2023
Description de cette image, également commentée ci-après
Situation militaire au .
  • Territoire contrôlé par les forces armées soudanaises
  • Territoire contrôlé par les forces de soutien rapide
  • Territoire contrôlé par le MPLS-N (al-Hilu)
  • Territoire contrôlé conjointement par les forces de soutien rapide et le MPLS-N (al-Hilu)
  • Territoire contrôlé par le MLS (al-Nour)
  • Informations générales
    Date Depuis le
    (3 ans, 2 mois et 29 jours)
    Lieu Soudan, Soudan du Sud, Tchad
    Casus belli Rupture de l'alliance entre al-Burhan et Hemedti par ce dernier afin de devenir le seul maître du Soudan
    Issue En cours
    Changements territoriaux Les FSR occupent l'essentiel du Darfour (ouest et sud-ouest du Soudan)
    Belligérants
    Drapeau du Soudan Soudan

    Forces populaires de défense (en)[1]
    Résistance populaire (en)
    MPLS-N (faction d'Agar)[2]
    MLS (faction de Tambour)[3]
    Drapeau de l'Ukraine Ukraine[4],[5]
    Soutenus par :
    Drapeau de l'Égypte Égypte[6]
    Drapeau de l'Iran Iran[6]
    Drapeau de l'Arabie saoudite Arabie saoudite[6]
    Drapeau de la Turquie Turquie[6]


    Force conjointe au Darfour (en)

    Gouvernement de la Paix et de l'Unité (en)

    Drapeau du Soudan du Sud Soudan du Sud
    MPLS-N (faction d'al-Hilu) (depuis 2025)
    Soutenues par :
    Armée nationale libyenne
    Drapeau de la Russie Russie

    Drapeau des Émirats arabes unis Émirats arabes unis[6],[7]
    Drapeau du Tchad Tchad[7],[8]

    Mercenaires colombiens[9]
    MPLS-N (faction d'al-Hilu) (Juin 2023 – Février 2025)
    MLS (faction d'al-Nour)
    Commandants
    Drapeau du Soudan Abdel Fattah al-Burhan
    Drapeau du Soudan Yasser al-Atta (en)
    Drapeau du Soudan Chamseddine Kabbachi (en)
    Malik Agar (en)
    Mostapha Tambour
    Gibril Ibrahim
    Minni Minnawi
    Mohamed Hamdan Dogolo (Hemedti)
    Ali Yaqoub Gibril (en)
    Abdelrahim Dagalo (en)
    Abdel Rahman Jumma (en)


    Osman Mohamed Hamid Mohamed (en)


    Abdelaziz al-Hilu (en)
    Abdelaziz al-Hilu (en)
    Abdelwahid Mohamed al-Nour
    Mokhtar al-Khatib (en)
    Unités impliquées
    Forces armées soudanaises
    Force aérienne soudanaise
    Forces de soutien rapide
    Forces en présence
    110 000 à 120 000 hommes 350 000 à 940 000 hommes Inconnues
    Pertes
    Inconnues Inconnues
    150 000 à 400 000 morts[10],[11]
    4 000 000 réfugiés[11]
    13 000 000 déplacés internes[11]

    Batailles

    Prélude :

    Batailles :

    Crimes de guerre :

    Crise humanitaire :

    Autres :

    La guerre civile soudanaise, parfois nommée la guerre du Soudan[12],[13], la quatrième guerre civile soudanaise ou la guerre des généraux[14], est un conflit armé ayant débuté le au Soudan opposant les forces armées du pays, dirigées par Abdel Fattah al-Burhan, et les Forces de soutien rapide (FSR), une force paramilitaire dirigée par Mohamed Hamdan Dogolo (plus connu sous son nom de guerre Hemedti) et principalement soutenue par Ies Émirats arabes unis. Le conflit est déclenché par les attaques surprises de plusieurs infrastructures militaires à travers tout le pays par les FSR sur ordre de Hemedti, qui souhaite gouverner seul le Soudan et rompre ainsi son alliance avec al-Burhan.

    Rapidement le conflit se transforme en une guerre d'usure, voire pour certains analystes une guerre d’anéantissement et une guerre par procuration. Le journaliste spécialiste de l'Afrique et du Proche-Orient Vincent Hugeux conteste quant à lui l'expression « guerre civile » considérant qu'il s'agit davantage d'une « guerre contre les civils » puisque qu'elle oppose deux belligérants imposant leur violence à une population pour laquelle ils n'ont aucune légitimité[15].

    Les affrontements commencent lorsque les Forces de soutien rapide (FSR) tentent de s'emparer du pouvoir et lancent des attaques contre des sites clés du gouvernement. Des frappes aériennes, des tirs d'artillerie et des tirs nourris sont signalés dans tout le Soudan, y compris à Khartoum. Le chef des FSR, Hemedti, revendique le contrôle de la plupart des sites gouvernementaux, notamment le siège de la télévision d'État, le palais présidentiel, l'aéroport international de Khartoum et la résidence officielle du chef de l'armée, bien que le dirigeant de facto Abdel Fattah al-Burhan revendique également le contrôle de tous ces lieux[16],[17],[18]. Le conflit entre les deux généraux conduit le Soudan à une quatrième guerre civile après celles de 1955-1972, 1983-2005 et 2003-2020[19],[20],[21],[22],[23],[24].

    En 2 ans, la guerre a fait des centaines de milliers de morts, entraîné le déplacement de plus de 10 millions de personnes et provoqué une crise humanitaire d'une extrême gravité[25]. La famine est déclarée en juillet dans le camp de déplacés de Zamzam, au Darfour. Plus de 25 des 45 millions de Soudanais ont besoin d’aide humanitaire pour survivre dans un contexte de pénurie chronique de nourriture et d’eau potable selon les Nations unies[26].

    Depuis son indépendance en 1956, le Soudan connait une période d'instabilité continue. Le pays connaît 20 coups d'état, soit environ un coup d'état tous les trois ans, et une série de guerres civiles, de 1955 à 1972 puis de 1983 à 2005, aboutissant à la sécession du Soudan du Sud en 2011[27]. Ces guerres sont causées et alimentées par des facteurs ethniques et religieux (le nord étant dominé par un gouvernement arabe et islamiste alors que la population du sud est majoritairement noire et chrétienne), ainsi que des tensions pour l'accès aux ressources naturelles comme le pétrole, l'or, et les terres fertiles[28]. L'armée, soudanaise, partie prenante au conflit en cours; dirige le pays de façon quasiment ininterrompue depuis son indépendance[29].

    Après la paix signée avec le Soudan du Sud en 2005, l'épicentre des affrontements se déplace vers la région ouest du Darfour en rébellion contre Khartoum depuis 2003[28]. La répression du gouvernement d'Omar el-Bechir y est d'une brutalité telle que ce dernier est accusé de crimes de guerre et de génocide par la Cour pénale internationale qui émet un mandat d'arrêt contre lui[30]. Deux officiers soudanais jouent un rôle de premier plan dans ces exactions : Mohamed Hamdan Dogolo surnommé « Hemetti », à la tête de la milice Forces de soutien rapide créée en 2013, est considéré comme le principal exécutant du génocide de Darfour pour le compte du président soudanais ; et Abdel Fattah al-Burhan chargé au sein du renseignement militaire de la coordination des attaques de l'armée et des milices contre les civils au Darfour[31].

    En , une révolution populaire éclate au Soudan et conduit quelques mois plus tard au renversement d'Omar el-Bechir qui gouvernait le Soudan d'une main de fer depuis trente ans[30]. Un gouvernement intérimaire est mis en place, dirigé par Abdallah Hamdok, un économiste et ancien haut fonctionnaire de l'ONU[32]. Mais les forces armées soudanaises restent dirigées par des officiers de l'ancien régime, qui s’attribuent des postes clés au sein de ce nouveau gouvernement, craignant de perdre leurs privilèges et de rendre des comptes pour leurs crimes s'ils renoncent à leur influence sur le pouvoir politique[31]. Un événement tragique illustrant le refus des militaires de céder le pouvoir au seul gouvernement civil est le massacre d'une centaine de manifestants pro-démocratie à Khartoum en par les FSR[33]. Parallèlement, des sabotages sont même secrètement organisés par l'armée sur des installations pétrolières afin de provoquer une pénurie de carburant et de blé, qu'ils pourraient imputer à une mauvaise gouvernance du pouvoir civil[34]. En après des mois de tensions, une première tentative de coup d'État militaire est menée contre Abdallah Hamdok par des officiers liés à l'ancien régime, mais ces derniers, minoritaires dans l'armée, sont repoussés[35]. Le mois suivant, un nouveau coup d'État militaire est mené par les généraux à la tête des deux principales forces armées du pays, Abdel Fattah al-Burhan devenu chef des forces armées soudanaises, et Mohamed Hamdan Dogolo, toujours chef des FSR[35]. Cette tentative, réussie cette fois, met brutalement fin à la transition démocratique qui durait depuis presque trois ans au Soudan[35]. Le général al-Burhan prend la présidence du pays et s'octroie les pleins pouvoirs[36], tandis que le général Dogolo en prend la vice-présidence[35].

    Abdalla Hamdok, Premier ministre soudanais du 21 août 2019 au 25 octobre 2021.

    Après avoir chassé les ministres civils du gouvernement[35] – à part une brève réintégration d'Abdallah Hamdok sous l'effet de la pression internationale[37] – les deux putschistes se retrouvent en concurrence pour imposer leur suprématie politique et militaire, mais aussi économique sur le pays[38]. Alors que l'armée soudanaise accapare les quatre cinquièmes du budget de l’État[31], les FSR prennent le contrôle de plusieurs mines d'or au Soudan (celles du Darfour produisent pour plus de 700 millions d'euros par an), tandis que leurs missions de mercenariat au Yémen au service de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite leur apporte une expérience militaire et une importante source de revenus[38] (340 millions d'euros[39]). Selon l'analyste géopolitique Clément Molin, la situation politico-militaire au Soudan est alors comparable au piège de Thucydide[40] : à mesure que les FSR deviennent plus puissants, nombreux, et mobiles, l'armée soudanaise, après avoir bénéficié de leur collaboration pour son coup d'État et la répression d'opposants, se sent menacée par une puissance rivale[31]. En conséquence de quoi Abdel Fattah al-Burhan ordonne l'intégration des FSR dans l'armée soudanaise (et donc sous son commandement) dans un délai de deux ans[38], ce que Mohamed Hamdan Dogolo refuse s'il n'obtient pas une place dans l'état major à la hauteur de son ambition et de l'influence politique et militaire qu'il souhaite conserver[41]. Enfin, un certain mépris de classe caractérise les relations entre l'armée soudanaise, commandée par des officiers issus de la capitale et de l'académie militaire, et les FSR commandés par un « éleveur de chèvres » (allusion aux origines du général Dogolo) et dont le recrutement se fait en majorité dans la périphérie du pays[31],[38].

    En , Mohamed Hamdan Dogolo déclare que le putsch d’ a « échoué à apporter le changement » et que la situation « ne fait qu’empirer »[42]. Malgré sa responsabilité dans le massacre de Khartoum[43], il déplore le nombre de civils tués par les forces de sécurité et tente de se démarquer de son rival en se présentant comme un défenseur de la démocratie et du peuple soudanais[42]. Devenu l'homme le plus riche du Soudan grâce à ses prises de contrôle prédatrices des ressources, ainsi que ses soutiens étrangers comme les Émirats arabes unis, il dépense sans compter auprès de lobbyistes pour blanchir son image, tout en supportant de plus en plus mal sa place de « numéro 2 » à la tête du pays[43].

    En , alors qu'Abdel Fattah al-Burhan tente de consolider son pouvoir et répète qu'il ne tolérera pas que les FSR continuent d'opérer comme une force armée indépendante, son vice-président fait de nouveau part de ses regrets concernant le putsch d’ qu'il qualifie d'« erreur »[44]. Khartoum est alors au centre d'un ballet diplomatique particulièrement intense : en moins d'une semaine, se succèdent dans la capitale soudanaise le nouveau chef de la diplomatie israélienne Eli Cohen (proche du général al-Burhan), des émissaires américains, français, britanniques, norvégiens, et allemands, ainsi que le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov (proche du général Dogolo)[45]. La coïncidence de ces visites montre que le Soudan est un pays convoité bien que fragile, dans un monde de plus en plus polarisé par la guerre en Ukraine[45]. Mais cette guerre d'influence internationale a pour effet d'aggraver la dislocation de la junte au pouvoir, chacun cherchant à en profiter pour conclure des alliances afin de se renforcer, au détriment du peuple soudanais ignoré par ses dirigeants[45]. Tout en proclamant à longueur de communiqués et de réunions avec leurs interlocuteurs internationaux leur acceptation d’un retour des civils au pouvoir, les deux généraux se préparent à la guerre[38].

    Le , la tension monte d'un cran lorsque les Forces de soutien rapide se déploient avec des blindés et des armes lourdes près des villes de Khartoum et de Merowe (en)[46]. L'armée soudanaise dénonce une mobilisation « sans l'approbation ni la moindre coordination avec le commandement des forces armées »[46] et exige le retrait des FSR[47]. Ces derniers temporisent en déclarant que leur déploiement n'a pas d'autre but que maintenir la sécurité et la stabilité du pays[46], et refusent de quitter leurs positions[47]. Des habitants assistant à cette confrontation partagent sur les réseaux sociaux des vidéos montrant les mouvements des FSR et l’arrivée pendant la nuit de renforts de l’armée soudanaise[47]. La guerre éclate officiellement le lorsque les FSR attaquent l'aéroport international de Khartoum, le palais présidentiel, et plusieurs casernes militaires à proximité[41]. C'est la première fois depuis l'indépendance du pays en 1956 que sa capitale est l’un des épicentres d'une guerre civile[31]. La situation s'embrase au même moment à Merowe. Les deux belligérants semblent certains de pouvoir remporter une victoire rapide, ce qui précipite la guerre et sa contagion rapide dans une grande partie du Soudan[48].

    L'aéroport international de Khartoum, où les premières attaques sont signalées le 15 avril 2023.

    Selon le journaliste spécialiste de l'Afrique et du Proche-Orient Vincent Hugeux, ce conflit résulte d'un mélange de haine entre deux hommes et de leur « voracité insatiable pour le pouvoir »[49]. Déplorant que leur coup d'État ait sabordé une « formidable expérience démocratique » résultant de la révolution soudanaise, il analyse ce conflit comme une évolution inévitable entre deux généraux qui, après avoir pris le pouvoir ensemble, ne souhaitaient pas se le partager[49]. Le New York Times dénonce l'aveuglement coupable de la communauté internationale sur la situation du pays en titrant « Les généraux soudanais ont dîné avec des négociateurs de paix, puis ont déclenché une guerre »[31].

    Après deux ans d'affrontements, en , la journaliste de Courrier international Ingrid Therwath déplore le fait qu'une « lutte de pouvoir entre deux factions rivales » soit devenue « un conflit d’anéantissement à la fois militaire, politique, et ethnique »[50].

    Forces en présence

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    Effectifs mobilisés

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    Recrutements de Soudanais

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    S’il n’existe pas de données officielles, des rapports convergents indiquent que le nombre de combattants est à peu près identique au début du conflit avec 100 000 à 120 000 combattants dans chaque camp[51]. Les deux armées ont sous leurs ordres des effectifs aguerris par leur participation à la guerre du Darfour et aux guerres civiles libyenne et yéménite[52],[53]. Mais avec le prolongement et l'enlisement de la guerre, ces derniers se renouvellent au fur et à mesure des pertes et des nouveaux enrôlements.

    En l’absence de conscription, l’armée est composée de soldats volontaires, dont certains sont des islamistes regroupés au sein de la Brigade Bara bin Malik[51]. À partir de , deux groupes armés du Darfour, le Mouvement de libération du Soudan et le Mouvement pour la justice et l'égalité, excédés par les exactions commises par les FSR, se rallient au général al-Burhan[54]. Ces exactions entraînent aussi le ralliement de milliers de civils de profils variés : réfugiés, miliciens tribaux, militants islamistes, et révolutionnaires[55]. Alors qu'au début du conflit, la majorité de la population soudanaise le considère comme un règlement de comptes entre deux généraux autocrates pour le pouvoir, une part croissante, combattante ou non, prend peu à peu le parti de l'armée qui apparaît comme un moindre mal[56]. En , les « brigades de résistance populaire » compteraient plus de 200 000 « Mustanfereen » engagés volontaires ») dans l’ensemble des territoires contrôlés par les forces armés[57]. Ces jeunes recrues reçoivent un entraînement de trois mois, avant de se faire remettre une arme, des papiers militaires, et une rémunération d'une cinquantaine de dollars par mois[57]. Après deux ans de conflit, chaque région, si ce n’est chaque localité, a désormais sa milice, dans lesquelles les engagements sont encouragés par des autorités traditionnelles, de petits chefs de tribus et des notables locaux[57]. Mais ces derniers forment un alliage hétéroclite et fragile menaçant de se déliter à tout moment, sachant que les FSR sont eux-mêmes déjà une excroissance de l'armée constituée, jusqu’en 2023, de milices locales pro-gouvernementales[57].

    De leur côté, les paramiliataires réussissent à recruter des dizaines de milliers de combattants grâce à leurs ressources financières importantes, et en s’appuyant sur un discours louant la figure du guerrier et la suprématie des Arabes nomades de la région[58]. Un autre groupe armé indépendant et autonomiste avant le début du conflit, le Mouvement populaire de libération du Soudan - Nord (MPLS-N) situé dans les monts Nouba, prend le parti des FSR en février 2025[59]. Ce dernier, qui affrontait autant l'armée soudanaise que les paramilitaires depuis le début du conflit, fait un pari politique[60] : il espère en s'alliant avec un groupe rebelle considéré comme « périphérique » comme lui, obtenir des concessions sur l'autonomie des Mont Nouba[59]. Pour les paramilitaires, l’enjeu de cette alliance est multiple : elle leur permet d'étendre leur influence dans des territoires où elles ne disposent pas d’ancrage local en s’appuyant sur les réseaux et la connaissance du terrain du MPLS-N, et de sécuriser des ressources stratégiques[59].

    En mai 2026 le général Dogolo affirme avoir débuté le conflit avec 143 000 soldats sous ses ordres au sein des FSR, un effectif passé depuis lors à 450 000 soldats[61].

    Ainsi, si les deux camps réussissent à recruter massivement tout au long du conflit pour renouveler leurs effectifs, les motivations des combattants semblent différentes de part et d'autre. Du côté de l'armée soudanaise, c'est principalement lors exactions des FSR qui poussent les jeunes Soudanais à prendre les armes pour se protéger[57]. Du côté des FSR, c'est principalement la volonté de s'enrichir grâce aux aides financières des Émirats arabes unis, au pillage des territoires conquis, et à l’accaparement de terre arables au Darfour en chassant ou en massacrant les populations qui les cultivent[58]. Le MPLS-N, à ce titre, est une exception. Si au Soudan l'armée apparaît comme préférable aux FSR à une majorité de la population, la puissance financière des FSR leur permet d'étendre leur recrutement au delà des frontières[58].

    Enrôlement de combattants étrangers

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    Au début du conflit, le général Dogolo aurait, après avoir réuni sous une même bannière tous les clans arabes du Darfour, étendu son recrutement au Tchad et au Niger[58]. Des combattants sud-soudanais participent également à la guerre dans les deux camps, plus nombreux parmi les FSR (environ 5 000 hommes), mais plus compétents, aguerris et haut gradés du côté de l'armée[62].

    En , un rapport de l'ONU alerte sur les recrutements croissants de combattants en République centrafricaine par les deux armées, principalement les FSR, pour qui la région centrafricaine d’Am Dafok ferait office de « plaque tournante logistique »[63]. Selon l'ONU, le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) aurait pris part au conflit soudanais dès , tandis que ce groupe armé profiterait de sa liberté de circulation entre le Soudan et la République centrafricaine pour lancer des attaques dans la préfecture centrafricaine de la Vakaga[64].

    En novembre 2024, soit 19 mois après le début du conflit, des preuves de la présence de Colombiens au Soudan apparaissent dans des vidéos publiées sur les réseaux sociaux [65]. Ces vidéos sont partagés par des groupes paramilitaires alliés à l'armée soudanaise ayant intercepté un convoi de Colombiens entrés au Soudan par la Libye[65]. Le mois suivant, le journal colombien La Silla Vacía révèle que jusqu'à 1800 mercenaires colombiens ont été envoyés par les Émirats arabes unis dans des camps d'entraînements en Libye, en vue d'être fournis en renforts aux FSR au Soudan[66]. Vétérans de l’armée colombienne pour la plupart, ces mercenaires sont réputés pour leur savoir-faire issu de la lutte contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie[67]. En Colombie, des milliers de soldats prennent chaque année leur retraite relativement jeunes (parfois encore dans leur vingtaine), avec des pensions très modestes[68]. Leur recrutement se fait par des annonces sur les réseaux sociaux, dans lesquelles leur véritable destination leur est souvent cachée : leur « employeur » étant à Dubaï, c'est là-bas que beaucoup pensent aller travailler dans la sécurité[68]. En mai 2026, un rapport de l'ONG Human Rights Watch énonce que leur recrutement est officiellement mené par des entités privées, principalement la société de sécurité Global Security Services Group[65]. Mais cette société a été fondée en 2016 par Ahmed Mohammed al-Humairi, Secrétaire général de la Cour présidentielle des Émirats arabes unis, dont le supérieur hiérarchique est le Vice-président Cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan (en), frère du Président Mohamed bin Zayed Al Nahyan[65]. En outre, HRW déclare dans le même rapport que les recrues transitent par des installations militaires à Ghiyathi et à Al Wathba, dans l'émirat d'Abou Dhabi, démontrant l'implication active du gouvernement dans ces opérations[65]. Malgré la distance le séparant de ce pays non arabe et non musulman, il n'est pas si surprenant que le gouvernement émirati ait décidé de recruter des combattants en Colombie, puisqu'il l'avait déjà fait dix ans plus tôt pour intervenir dans la guerre civile yéménite[69]. Près de 15 000 mercenaires soudanais majoritairement issus des FSR avaient également été envoyés par Abou Dhabi sur ce théâtre d'opération, où ils ont combattu aux côtés de mercenaires colombiens[70]. Plusieurs centaines de mercenaires colombiens auraient notamment été mobilisés par les FSR pour participer au siège d'El Fasher[71]. En avril 2026, les États-Unis imposent des sanctions à cinq organisations et individus accusés de recruter des mercenaires colombiens pour le conflit soudanais[72].

    En , un centre de recherche, le Center for Information Resilience confirme l’exploitation d'un vaste camp militaire par les FSR en Libye[73].

    Capacités militaires

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    Andreas Krieg, chercheur au King's College de Londres, déclare en que les deux armées qui s'affrontent au Soudan ont « les mêmes capacités », ce qui rend la situation particulièrement inquiétante car les combats pourraient se transformer en une guerre d'usure longue et meurtrière[52]. Les deux généraux ont accès à des moyens financiers très importants provenant des ressources naturelles du pays ou de leurs soutiens étrangers. Un seul élément pouvait alors avantager l'armée soudanaise : ses avions de combat, alors que les FSR n'opéraient qu'au sol[52]. Mais une telle force est difficilement utilisable dans un environnement urbain et ne peut être décisive qu'avec des moyens de renseignement permettant de cibler précisément les objectifs à bombarder, ce dont ne dispose pas l'armée soudanaise[52]. Au contraire, les FSR qui connaissent le terrain et sont organisées en petites unités motorisées, sont des forces agiles et rapides, pour qui il est facile d’installer et déplacer des postes de contrôle en ville[52]. En outre en s’équipant rapidement de drones de combat, les FSR arrivent eux aussi à se projeter loin derrière les lignes de front pour bombarder des cibles ennemies[74],[75].

    En , deux représentants d'Amnesty International appellent la France et ses partenaires européens à faire pression sur un embargo international efficace des armes, parce que certains pays, dont les Émirats arabes unis, alimentent activement le conflit en livrant des armes et des munitions[76]. L'Iran et les Émirats arabes unis sont accusés d'avoir enfreint un embargo sur les armes des Nations unies en fournissant pendant 14 mois des drones aux parties en conflit. Selon Brian Castner, un expert en armes chez Amnesty International, « Les Émirats arabes unis ont fourni à leurs alliés les mêmes drones dans d'autres domaines de conflit tels que l'Éthiopie et le Yémen »[74].

    En , un rapport d'Amnesty International révèle les circuits d’acheminement des armes fabriquées en Chine, en Russie, en Serbie, en Turquie, aux Émirats arabes unis ou encore au Yémen, vers le Soudan et en particulier jusqu’au Darfour[77]. Les circuits d’approvisionnement en armes, véhicules et munitions passent par les frontières libyenne, tchadienne, centrafricaine ou par la ville de Kassala, située dans l’est du Soudan, non loin des frontières érythréenne et éthiopienne[77]. L’analyse du trafic aérien permet également d’identifier l’aéroport d’Amdjarass, dans l’est du Tchad, comme un point de passage d’armes, de munitions et de matériel médical venus des Émirats arabes unis vers le Soudan[77].

    En août, un rapport d'Armed Conflict Location & Event Data, une ONG spécialisée dans la collecte, l'analyse et la cartographie de données sur les conflits, relève que l'utilisation croissante des drones étend de plus en plus le conflit au Soudan[75]. Ces frappes aériennes visent notamment à créer un sentiment de menace constante afin d'obliger les belligérants à étendre leurs défenses et affaiblir leur capacité à supporter des attaques prolongées[75].

    Des évaluations confidentielles, ainsi qu'un rapport financé par le Département d'État et des preuves des armes capturées au Soudan, ont suivi 32 vols entre et , concluant « avec une quasi-certitude » qu'il s'agissait de transferts d'armes des Émirats arabes unis aux FSR. Le groupe a surveillé sept vols entre l'Iran et le Soudan de décembre à juillet[78].

    En , Amnesty International révèle que des véhicules de transport de troupes Nimr, fabriqués aux Émirats arabes unis par le groupe Edge (en), sont utilisés par les FSR[79]. L'ONG déplore que ces véhicules équipées de technologies françaises comme des systèmes d'autoprotection Galix, conçus par KNDS-France et LACROIX, puissent être exportés vers le Soudan malgré un embargo de l'Union européenne et de l'ONU[79].

    Soutiens étrangers

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    Soutiens de l'armée soudanaise

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    D'un côté, le général Abdel Fattah al-Burhan est soutenu matériellement par l'Égypte[80], l'Érythrée[81], l'Iran et la Turquie[82] et diplomatiquement par les États-Unis[83]. Des avions de combats russes, chinois et algériens, des munitions venues du Yémen ou d’Érythrée font partie du matériel militaire livré aux forces armées soudanaises[84].

    L'Égypte augmente fortement son soutien militaire à l'armée soudanaise après la prise d'El Fasher par les FSR en octobre 2025, un tournant décisif dans le conflit qui permet aux paramilitaires de prendre le contrôle entier du Darfour[85]. Ce soutien accru de l'Égypte est révélé par la mort d'un brigadier général de l'armée égyptien tué par une frappe de drone dans la ville de Kosti au sud du pays, alors que la gouvernement égyptien affirme qu'il se sécurisait un poste-frontière[85]. Des sources locales affirment que trois autres soldats égyptiens ont été tués dans le même bombardement des FSR alors qu'ils assistaient techniquement l'armée soudanaise dans l'utilisation des drones de combat[85]. Un centre de commandement conjoint aurait même été établi dans la ville d'El Obeid au Kordofan du Nord[85].

    Le régime érythréen d'Isaias Afwerki met une partie de son territoire à l'armée soudanaise pour y stocker une partie de son matériel, notamment des avions de combat, et dispense un entrainement militaire à des milices pro-armée[81]. L’Érythrée considère le gouvernement soudanais, à l'instar de l'Égypte, comme un rempart contre l’expansionnisme de son « ennemi historique » éthiopien[86].

    En , une source du Kyiv Post, principal journal ukrainien de langue anglaise, évoque la présence au Soudan de forces spéciales ukrainiennes pour lutter contre la milice Wagner, qui au même moment participe à l'invasion russe de l'Ukraine[87].

    Soutiens des forces de soutien rapide

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    Selon le gouvernement soudanais du général Al-Burhan, les soutiens étrangers de son ennemi sont Émirats arabes unis, l’Éthiopie, la Libye de Khalifa Haftar, le Tchad et le Kenya[88]. Dans les faits, les principaux soutiens étrangers du général Dogolo sont les Émirats arabes unis[80],[83],[89], l'Éthiopie, et l'Armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar[90],[91]. Ce dernier, redevable à l’égard d’Abou Dhabi, lui met à sa disposition les aéroports de Koufra et Maaten Al-Sarra[86].

    Le soutien émirati aux FSR est total, continu, et le plus décisif pour le conflit[89]. Selon la chercheuse Anette Hoffmann, la structure chaotique des FSR n'aurait du lui permettre de tenir plus de quelques semaines dans un conflit d'une telle ampleur, sans cette aide extérieure massive[89]. Le matériel militaire livré par Abou Dhabi, notamment des équipements anti-aériens et des drones, suivrait des circuits logistiques complexes passant par le Tchad, la Libye, le Soudan du Sud, l’Ouganda et par le port de Bosasso en Somalie[84]. Ce dernier, situé sur l'État semi-autonome du Puntland, échappe au contrôle du gouvernement somalien qui de son côté, prend davantage le parti de l'armée soudanaise[92]. En , des responsables soudanais exhortent la Somalie à intervenir et à stopper l'afflux d'armes et de mercenaires en provenance de Bosaso vers le Soudan[93]. Mais en raison des liens étroits du Pount avec Abou Dhabi, le gouvernement local n'a pris aucune mesure[94],[95]. À cette aide matérielle, s'ajoute un soutien en renseignement et en logistique pour leurs opérations de drones, ainsi qu'un soutien diplomatique pour permettre au général Dogolo d’apparaître comme un homme d'État sur la scène internationale[89].

    Les raisons de ce soutien émirati aux FSR sont multiples. Économiquement, Abou Dhabi espère via son implication dans la guerre civile soudanaise accéder aux vastes ressources agricoles et aurifères du Darfour[89]. L’émirat a signé quelques mois avant le début de la guerre, un contrat record de 6 milliards de dollars avec Khartoum portant sur le développement d’un nouveau port stratégique sur la mer Rouge, ainsi que sur 160 000 hectares de terres agricoles[86]. Militairement, son intérêt dans le renforcement des FSR est d'entretenir un puissant vivier de recrutement de mercenaires soudanais en mesure de servir ses intérêts dans les conflits étrangers[89]. Politiquement, les Émirats arabes unis considèrent les paramilitaires comme un rempart à l'influence des frères musulmans en Afrique, alors que la plupart des groupes islamistes armés du Soudan ont pris le parti de l'armée[89].

    L'Éthiopie, pour sa part, apporte également un soutien aux FSR, plus modeste, mais croissant tout au long du conflit[96]. Sa principale motivation est le reproche fait au gouvernement soudanais du général Al-Buhran de sa proximité avec l'Égypte d'Abdel Fattah Al-Sissi, puissance rivale d'Addis-Abeba en Afrique[86]. En , la chaîne d’information qatarienne Al Jazeera, révèle que des véhicules de combat, des systèmes d’artillerie et des équipements de brouillage sont livrés aux FSR depuis l’ouest de l'Éthiopie[96]. Ce soutien serait doublé d’une coordination en matière de renseignement avec des factions alliées aux FSR de l’autre côté de la frontière[96]. En , une enquête de l’agence Reuters, révèle que l’Éthiopie abrite un camp secret destiné à entraîner les combattants des FSR, dont la construction a été financée par les Émirats arabes unis[97]. Le mois suivant, le gouvernement soudanais du général Al-Buhran accuse son homologue éthiopien de permettre des attaques de drones depuis son territoire vers le Soudan[88]. En avril, l'Université Yale analyse des images satellites du territoire éthiopien où ils identifient des lignes logistiques composées de poids lourds déchargeant des conteneurs près de la frontière soudanaise[98]. Des arrivées de pick-ups sont également observés, correspondant à ceux qu'utilisent les FSR dans leurs assauts après les avoir équipés de mitrailleuses lourdes[98]. Pour les chercheurs auteurs de ce rapport, ces images constituent une preuve que des attaques des FSR sont lancées au Soudan depuis le territoire éthiopien[98]. En mai 2026, l’armée soudanaise accuse l’Éthiopie de mettre à disposition des FSR une partie de l'aéroport de Bahir Dar, dans la région d'Amhara, pour y faire décoller des drones de combat qui frappent la région de Khartoum[99].

    S'agissant des autres pays africains engagés militairement, logistiquement, ou diplomatiquement (comme le Kenya) aux côtés des FSR, leur implication résulte essentiellement des incitations financières proposées par les Émirats arabes unis[86]. C'est aussi l'implication d'Abu Dhabi qui aurait convaincu le gouvernement américain, de se tenir en retrait du conflit soudanais[86]. Outre qu’il est un allié incontournable des Américains sur les dossiers de la guerre à Gaza et du nucléaire iranien, ce dernier promet en un investissement faramineux de 1 400 milliards de dollars sur dix ans aux États-Unis[86]. Le président Donald Trump, friand de médiations spectaculaires, mais aussi des annonces en grande pompe sur ses résultats économiques, aurait été convaincu par cette stratégie[86]. Ainsi, le poids émirati est considérable tant par son impact direct sur le Soudan, que par son effet d'entrainement sur la scène internationale[86].

    Pays étrangers impliqués des deux côtés

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    Au début du conflit soudanais, la Russie s'engage via la société de sécurité Wagner, aux côtés des FSR[83]. Mais ce soutien russe est à d'ores et déjà nuancer, dans la mesure où Wagner n'est pas financé sur ce front par le gouvernement russe, mais par de l'or extrait des mines soudanaises[52]. Il s'agit donc davantage d'une collaboration entre deux milices armées privées, russe et soudanaise, qu'entre deux États[52]. En outre, la Russie envisage au bout d'un an de guerre, de changer d'alliance pour s'aligner sur son allié iranien après avoir constaté que ce dernier, fournisseur précieux de l'armée russe pour la guerre d'Ukraine, a pris le parti des forces armées soudanaises[100]. Selon le chercheur Igor Delanoë, l'année 2024 est en effet marquée par un net revirement de Moscou en faveur de l'armée soudanaise, allant de pair avec le déclin du groupe Wagner depuis la rébellion de leur chef Evgueni Prigojine contre le gouvernement russe en [101].

    Le Soudan du Sud, indépendant du Soudan depuis 2011, est lourdement impacté par une guerre dont il lui est difficile de rester en retrait. Outre l'accueil de plusieurs centaines de milliers de réfugiés dans un pays lui-même en ruine après la terrible guerre civile sud-soudanaise (2013-2020), sa dépendance économique au commerce extérieur et aux investissements étrangers le rend particulièrement vulnérable à la dégradation de son environnement géopolitique[102],[103]. En l’occurrence, le conflit soudanais à sa frontière nord place Juba dans un exercice d'équilibriste délicat et sous forte pression[102]. D'une part, ses exportations pétrolières qui représentent 90 % de ses recettes publiques sont impossibles sans coopération avec le général Al-Buhran qui contrôle Port-Soudan à l’autre extrémité de ses oléoducs[102]. D'autre part, le pays n'est pas moins dépendant des Émirats arabes unis, principaux soutiens étrangers des FSR, et principaux investisseurs étrangers au Soudan du Sud[102]. Parmi ces investissements, des infrastructures de transport et de santé sont construites à la frontière du Soudan par les autorités émiratis qui s'en servent pour approvisionner et soigner les combattants des FSR[102]. De même, les paramilitaires utilisent la région disputée d’Abiyé comme un zone de ravitaillement en carburant grâce au pétrole sud-soudanais : on y compte en 2025 vingt-trois stations-service, contre deux avant la guerre[102]. Enfin, une grande partie de la contrebande d'or du Soudan passe par le territoire de son voisin du sud avant d'être envoyée aux Émirats arabes unis[102]. Le gouvernement sud-soudanais, incapable de contrôler l'ensemble de son territoire et exsangue financièrement, est contraint d'accepter une coopération minimale avec le général Dogolo tout en ménageant son homologue de Port-Soudan[102]. Le , la prise par les FSR des installations pétrolières d’Heglig, jusque-là tenues par l’armée soudanaise leur donne la possibilité d'exercer le même « chantage au pétrole » sur Juba, accroissant sa vulnérabilité[102].

    Enfin, le Tchad, à la frontière ouest du Soudan, reflète les fractures communautaires que son voisin : Arabes et non-Arabes, essentiellement des Zaghawa et des Masalit[86]. Ces derniers s’indignent des massacres perpétrés par les FSR au Darfour contre leurs communautés[86]. Mais le gouvernement de Mahamat Idriss Déby, lui aussi très dépendant des investissements émiratis, est contraint d'accepter de les laisser utiliser son territoire pour fournir des armes et du carburant aux paramilitaires soudanais[86]. Alors que la faction Zaghawa de l’armée tchadienne accuse ouvertement son président de complicité de génocide, ce dernier vit dans la crainte d’un coup d’État militaire[86].

    Impact de ces soutiens

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    Il est notable que plusieurs pays opposés sur la scène internationale soutiennent des camps opposés au Soudan, notamment la Russie (soutien des FSR au début du conflit) et l'Ukraine (soutien des FAS), les Émirats arabes unis (soutien des FSR) et l'Arabie saoudite (soutien diplomatique des FAS)[104], ainsi que l'Érythrée (soutien des FAS) et l'Éthiopie (soutien des FSR[81]). Sur ce dernier point, l'analyste américain Cameron Hudson déclare que « l’Éthiopie et l’Érythrée considèrent le conflit soudanais avant tout à l’aune de leur affrontement à venir »[81]. Selon lui « La guerre du Soudan agit comme un catalyseur : les pays de la région la voient comme un champ de bataille où renforcer leur propre sécurité nationale »[81].

    Malgré ces implications de pays étrangers, l'idée d'une guerre par procuration entre les soutiens des différents camps s'affrontant au Soudan est exagérée, car ces derniers ont davantage intérêt à préserver la stabilité du Soudan, qu’à voir leur allié local prendre le dessus[105]. En outre, selon la chercheuse Kholood Khair, il ne peut s'agir d’une guerre par procuration où le principal moteur est étranger, puisque cette guerre a été déclenchée et est menée par des acteurs soudanais[106]. Les puissances régionales ne dirigent donc pas la guerre, mais elles l’exploitent pour faire avancer leurs propres objectifs, qui peuvent varier[106]. Enfin, la répartition des soutiens étrangers dans les différents camps soudanais ne reflète pas exactement les fractures internationales : par exemple, l'Égypte, la Turquie et l'Iran qui n'ont aucune proximité sur la scène internationale soutiennent l'armée soudanaise. Selon Kholood Khair, l’Égypte et les pays du Golfe soutiennent aussi les deux groupes armés pour empêcher que le projet révolutionnaire et démocratique des civils soudanais ne fasse tache d’huile dans la région[107].

    Néanmoins, ces interventions extérieures en constante augmentation prolongent et intensifient le conflit[106]. Le directeur régional de l’International Crisis Group Alan Boswell, abonde dans ce sens en déclarant que « Si le conflit se cantonnait uniquement à des acteurs soudanais, il serait de bien moindre intensité. Mais les deux camps n’ont aucun problème à se réapprovisionner. C’est précisément l’ampleur des soutiens étrangers qui rend la guerre imprévisible et risque de déstabiliser la région. »[84]. Selon le chercheur Roland Marchad, ces soutiens étrangers ont pour effet de créer une équivalence stratégique entre les deux camps : la modernité des armes livrées à l'un des deux est aussitôt contrée par la modernité des armes livrées à l'autre[104]. Enfin, le niveau de formation et d'entrainement assez médiocre des combattants soudanais comparé à celui des techniciens et des mercenaires étrangers a pour conséquence que les Soudanais sont majoritairement utilisés comme « chair à canon »[108]. Les intervenants étrangers, bien que minoritaires dans les effectifs combattants, ont un impact lourd et parfois décisif sur l'issue des affrontements[108]. Le maniement de certains armes pilotables à distance comme les drones ne nécessite même pas d'être au Soudan[108].

    Déroulement

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    L'année 2023 est marquée par une forte progression des FSR qui s'emparent de la majorité de la capitale soudanaise Khartoum en juin[109], et de cinq autres capitales d'États soudanais : El-Genaïna capitale du Darfour-Occidental en mai[110], Nyala, capitale du Darfour du Sud en octobre[111], Ed Daein, capitale du Darfour-Oriental en novembre[112], et Wad Madani capitale d'Al-Jazirah en décembre[113]. La prise d'El-Genaïna est suivie par un massacre ciblant la communauté Massalit qui fait entre 10 000 et 15 000 morts[114]. La ville d'El Fasher, plus grande métropole du Darfour et dernière capitale de cette région à ne pas être prise par les FSR, est particulièrement menacée[112].

    Mais malgré cette forte progression, une victoire totale reste difficilement envisageable pour ces derniers à court terme[115], car l'armée ayant distribué des armes aux populations de la vallée du Nil, ces dernières se tiennent prêtes à défendre leurs villes et leurs villages, et refuseront d'accepter l'autorité d'un général du Darfour[115]. En outre, Dogolo a largement exploité les divisions ethniques et le suprématisme arabe pour rallier des combattants, ce qui exclut toute possibilité de soutien du reste de la population, par ailleurs excédée par sa politique de la terre brûlée[116].

    Le début de l'année 2024, est marquée par une importante contre-offensive de l'armée soudanaise, dont le gouvernement est en exil à Port-Soudan, pour tenter de reprendre Khartoum[117]. Elle bénéficie pour cela d'une aide iranienne sous forme de livraison de drones et de formation, ainsi que du ralliement dans l'armée de civils inquiets de la menace expansionniste des FSR depuis leur prise de Wad Madani[118]. Au Darfour, l'étau se resserre autour d'El Fasher où les FSR imposent un blocus en mai, mais une partie la ville et de sa population continue de leur résister[119]. Ce siège est néanmoins marqué par des affrontements très violents et de nombreux massacres. Les FSR concentrent également leurs offensives et leur progression sur les États d'Al-Jazirah et de Sannar dans le sud-est du pays. Néanmoins, l'armée soudanaise parviens à en reprendre la capitale Sinja en octobre[120], et intensifie son offensive à Khartoum[121].

    Les principaux changements territoriaux au cours de l'année 2025 sont la reprise de Khartoum en mars par l'armée soudanaise et la prise d'El Fasher par les FSR en octobre, tandis que la région du Kordofan est devenu l'épicentre du conflit[122]. À la fin de cette année, les FSR contrôlent environ un tiers du territoire soudanais[123], notamment la quasi-totalité du Darfour, à l'exception de quelques poches tenues par des groupes tribaux neutres[124].

    Selon le chercheur Roland Marchal, l'année 2025 a été encore pire que les deux années précédentes sur le prix payé par les populations civiles[122]. Ce constat est corroboré par le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme Volker Türk, qui déclare que l’année 2025 a connu « une augmentation de plus de deux fois et demie du nombre de civils tués comparée à l’année précédente »[125]. Ce dernier évoque un bilan de 11 300 morts identifiés, mais ce chiffre parait dérisoire sachant que les massacres qui ont suivi la prise d'El Fasher en ont à aux seuls plus de 60 000 morts et disparus[126]. La difficulté d'identifier les victimes dont les tueurs font souvent disparaître les corps dans des fosses communes ou par crémation oblige l'ONU à donner un bilan qu'elle sait sous-estimé, mais qui révèle néanmoins une forte hausse du nombre de victimes civiles tuées[125],[127],[128].

    Une des raisons de ce bilan est la « dronisation » massive du conflit du fait de l'accélération des livraisons étrangères aux deux belligérants : des drones chinois Sunflower 200 sont livrés par les Émirats arabes unis aux FSR[129], Wing Loong II et FH-95, tandis que l'armée soudanaise reçoit des drones iraniens Shahed 136 et turcs Bayraktar TB2[130]. Bien que les deux camps soient massivement approvisionnés, les drones reçus par l'armée sont de meilleure qualité et plus sophistiqués, ce qui lui maintient une supériorité aérienne[130]. Les deux camps stationnent une partie de leurs drones à l'étrangers pour les protéger de frappes aériennes lorsqu'ils sont au sol : pour les FSR, la base libyenne de Koufra à environ 300 km de la frontière soudanaise[131], et pour l'armée, une base située au sud-ouest de l'Égypte, à environ 60 kilomètres de la frontière soudanaise[130]. Sur l'ensemble de l'année 2025 au Soudan, l'ACLED documente 515 frappes de drones provoquant la mort de 2670 personnes, civils et combattants[132]. Les deux camps ciblent des infrastructures comme les hôpitaux, les barrages, les écoles, les marchés et les camps de réfugiés, ce qui rend les drones particulièrement meurtriers pour les civils[132]. La « dronisation » a enfin pour effet d'étendre la guerre partout sur le territoire soudanais, y compris les régions loin des lignes de front comme les monts Nouba où des civils sont régulièrement tués ou blessés dans les bombardements, et des infrastructures détruites[133].

    Une autre raison de ce bilan est la violence particulière des massacres perpétrés en 2025, notamment celui du camp de réfugié de Zamzam qui fait plus d'un millier victimes en avril, et celui qui suit la prise d'El Fasher fin octobre, qui en fait plusieurs dizaines de milliers[126].

    Bilan humain

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    Morts, déplacés et réfugiés

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    Camp de réfugiés soudanais au Tchad.

    Au cours des premiers affrontements à El Obeid et Khartoum, au moins trois civils sont tués et des dizaines d'autres blessés[134]. Au moins vingt-cinq civils sont tués et 26 autres sont blessés au cours d'affrontements au Darfour du Nord[135]. À Foro Baranga, au Darfour de l'Ouest, des dizaines de personnes auraient été tuées et des centaines blessées[136]. À El Fasher, trois civils sont tués et 27 blessés[137]. Dans la ville de Nyala, au Darfour du Sud, huit civils sont tués au cours des affrontements[138]. À Kabkabiya, trois employés du Programme alimentaire mondial (PAM) sont tués après que les FSR et les forces armées ont échangé des coups de feu dans une base militaire. Deux autres membres du personnel sont gravement blessés et les FAS pillent plusieurs véhicules du PAM.

    Au total, 56 personnes trouvent la mort et au moins 595 autres sont blessées dans tout le pays. Vingt-cinq des morts, dont 17 civils, seraient originaires de Khartoum[18].

    Le , l'Organisation mondiale de la santé annonce 83 tués et 1126 blessés dans les affrontements[139]. Au matin du , le syndicat officiel des médecins soudanais dénombre au moins 97 morts civils, la moitié environ dans la capitale[140]. Au soir du , les combats s'intensifient et l'on comptabilise près de 200 morts en trois jours et 136 blessés[141],[142]. Le , selon l’Organisation mondiale de la santé, le nombre de morts liés au conflit monte à plus de 330, avec plus de 3 200 blessés[143]. Un bilan officiel le fait état d'au moins 528 morts et 4 599 blessés[144].

    Le , l'ONU dénombre près de 700 000 déplacés à l'intérieur du pays, 150 000 réfugiés dans d'autres pays. Dans le même temps, l'AFP dénombre 750 morts et plus de 5 000 blessés[145]. Les Nations unies déclarent le que les combats au Soudan ont provoqué 843 000 déplacés internes, tandis que plus de 250 000 personnes ont fui le pays, l'Égypte accueillant le plus grand nombre de réfugiés (« 110000 »)[146]. L'Organisation internationale pour les migrations estime qu'environ 70 % des personnes déplacées proviennent de la région du Darfour[147].

    Le , la guerre civile a fait 1 800 morts et 1,5 million de civils déplacés[148]. Le , le conflit a fait 3 000 morts et 3 millions de déplacés[149]. Le , le conflit a fait au moins 3 900 morts, un bilan qui reste encore sous-estimé[150]. Le , le conflit a fait au moins 5 000 morts, plus de 4,6 millions de déplacés (dont près d'un million ont fui dans les pays voisins), et des centaines de milliers d'enfants souffrant de malnutrition[151]. Le , le bilan estimé est de 7 500 morts et près de cinq millions de déplacés et de réfugiés[152].

    Le , le bilan dépasse les 9 000 morts, pour un nombre de réfugiés toujours estimé à environ cinq millions[153]. Le 9, un communiqué de l'UNICEF annonce qu'environ 19 millions d'enfants soudanais ont été déscolarisés en raison du conflit[154].

    Le , l'ONU annonce que 7,1 millions de personnes ont été déplacées au Soudan depuis le début du conflit[155]. Le , l'ONU déclare que 7,5 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur et à l’extérieur du pays, tandis que 12 000 ont été tuées[156]. Le , un nouveau bilan fait état de 8 millions de déplacés et entre 10 000 et 15 000 morts seulement au Darfour[157]. Près de 500 000 personnes ont trouvé refuge dans l’est du Tchad, dont 86% sont des femmes et des enfants, et 22% ont moins de 4 ans[158]. En , au bout d'un an de conflit, 8,4 millions de personnes sont déplacées.1,5 million de personnes ont fui à l’étranger, dont 600 000 personnes au Soudan du Sud[159].

    En juin, l'Organisation internationale pour les migrations déclare que plus de 10 millions de personnes ont été déplacées à l'intérieur du Soudan à cause du conflit[160],[161]. On estime également à 60 000 le nombre de victimes civiles tuées[162]. Une autre estimation de l'envoyé américain au Soudan Tom Perriello évoque un bilan de 150 000 personnes tuées par la guerre civile[163].

    En , l’OIM alerte sur le fait que le Soudan se situe à un « un point de rupture catastrophique », du fait de l'accumulation d'épreuves imposées à la population : la guerre, la famine (en) et les inondations (en) qui ont forcé plus de 20 000 personnes supplémentaires à quitter leurs maisons[164]. Une source du gouvernement militaire soudanais annonce depuis le début de l'année 2024 un bilan de 132 morts dans des inondations qui auraient affecté plus de 130 000 Soudanais[165]. Le , le barrage d'Arbaat, principale réserve d'eau douce de Port-Soudan (capitale de facto du pays, où vivent près de 250 000 déplacés), cède sous l'effet des inondations, tuant au moins 30 personnes et en blessant plus de 170 autres[166],[167],[168],[169].

    En , l'ONG basée à New York International Rescue Committee (IRC) déclare que le Soudan traverse la « pire crise humanitaire jamais enregistrée »[170]. Son rapport précise : « Bien qu'il n'abrite que 1 % de la population mondiale, le pays compte 10 % de toutes les personnes ayant besoin d'aide humanitaire » (sur les 305 millions de personnes dans le monde ont besoin d'une aide humanitaire, 30,4 millions sont au Soudan)[170].

    En début d'année 2025, les contre-attaques victorieuses de l'armée soudanaise qui chasse les FSR de plusieurs métropoles soudanaises permettent à de nombreux réfugiés déplacés à l'intérieur du Soudan de rentrer chez eux[171]. Au total selon l'OIM, ces retours concernent près de 400 000 Soudanais pendant le premier trimestre de l'année 2025, principalement dans les États de Sennar et d’Al-Jazira, respectivement reconquis en et [171]. Beaucoup de ces familles ont néanmoins retrouvé leurs maisons pillées et incendiées[171]. Le retour de plus de 2 millions de réfugiés est attendu à Khartoum pendant le second trimestre 2025, selon l'ONU[172], tandis que le gouvernement égyptien met en place un train et des lignes de bus pour faciliter le retour des Soudanais du Caire vers la frontière[29].

    En , près de 4 millions de Soudanais ont toujours un statut de réfugié ou assimilés dans un pays étranger selon l'ONU[173]. Les principaux pays d’accueil sont l’Égypte (1,5 million), le Tchad (1,2 million), le Soudan du Sud (1 million), la Libye (210 000) et l’Ouganda (70 000)[29]. En , le naufrage d'une embarcation transportant des réfugiés soudanais au large de la Libye provoque la mort d'une soixantaine de personnes[174]. En avril 2026, le nombre de réfugiés soudanais en Libye dépasse les 500 000[175].

    Crimes de guerre

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    Massacres et exécutions sommaires contre des civils

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    En , un rapport de l'ONU dénonce des crimes de guerres commis sur des populations civiles par les différentes factions, notamment l'usage d'armes explosives à large rayon d’action telles que des missiles tirés par des avions de chasse, des drones, des armes antiaériennes et des obus d’artillerie dans des zones densément peuplées[176]. Le rapport indique également que les belligérants ont adopté une stratégie militaire consistant à utiliser des boucliers humains, arrêtant des dizaines de civils pour les placer à l’extérieur, près des postes stratégiques afin d’éviter les bombardements[176].

    En , l'ONG Human Rights Watch accuse les belligérants des deux camps de commettre des crimes de guerre, notamment des exécutions sommaires, des actes de torture et des mutilations de cadavres[177]. Ces accusations sont formulées après le visionnage de vidéos prises par les auteurs de ces crimes qu'ils partagent eux-mêmes sur les réseaux sociaux, ce qui démontre leur sentiment d'impunité[177]. Selon la chercheuse soudanaise Raga Makaw, les belligérants justifient une partie de ces exactions par des accusations d’espionnage, d'infiltration, ou de collaboration avec l'ennemi : « À chaque avancée ou recul de l’un des deux camps, il faut s’attendre de part et d’autre à des représailles contre les civils. »[178].

    En , des experts mandatés par le Conseil des droits de l'homme, organe des Nations unies, demande le déploiement d'une force indépendante, afin de protéger les populations civiles[179]. En , après leur reprise de la ville de Wad Madani, les soldats de l'armée soudanaise et des groupes alliés se livrent à des exactions et exécutions sommaires sur des civils accusés de collaboration avec les FSR[180].

    En juin, Human Rights Watch dénonce les frappes aériennes indiscriminées menées par l'armée soudanaise contre des quartiers résidentiels et commerciaux de Nyala entre et [181]. Selon l’ONG, ces attaques ont tué de nombreux civils et provoqué des déplacements massifs de population[181]. Selon Médecins sans frontières, au moins 32 personnes ont été tuées le par cinq bombes non guidées larguées sur des zones densément peuplées de cette ville[181].

    Politique de la terre brûlée

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    Selon la journaliste spécialiste du Soudan Gwenaelle Lenoir, la région occidentale du Soudan a été particulièrement dévastée, notamment par une politique de la terre brûlée largement mise en œuvre par les FSR[182]. Cette pratique vise à la fois à terroriser les populations et à détruire leurs moyens de subsistance pour les chasser de leurs terres et en prendre le contrôle[182]. Ces exactions s'inscrivent dans l'entreprise d'épuration ethnique de cette région visant les populations non arabes, principalement masalit[182].

    La ville de Misterei, d'environ 40 000 habitants avant la guerre, a subi plusieurs incendies qui ont été observés et révélés par des photos prises par satellite par la NASA entre le et le [182]. Ces images sont corroborées par des témoignages rapportés par l'ONG Human Rights Watch, décrivant un assaut massif des FSR sur cette ville à l'aide de grenades, canons et mitrailleuses montées sur véhicules, suivis de massacres, pillages et incendies dans la ville[182]. Des milliers d'habitants sont forcés de fuir vers le Tchad, à la suite de quoi même après l'abandon de la ville par sa population, les FSR continuent de mettre le feu aux maisons pour s'assurer que leurs occupants ne reviennent pas[182]. Un grand nombre de villages aux alentours sont également brûlés, à tel point que la progression des FSR dans cette région laisse presque systématiquement des traces d'incendies visibles sur leur parcours[182].

    L'armée soudanaise, pour qui ce théâtre d'opération est hors de portée, tente de freiner la progression des FSR avec des bombardements aériens, ce qui aggrave les destructions[182]. Les zones contrôlées par les FSR sont aussi bombardées pour les empêcher d'établir une base arrière solide depuis laquelle ils pourraient lancer des offensives sur le reste du pays[182]. Certains témoignages évoquent l'usage de barils d'explosifs pour ces bombardements, à la fois imprécis et destructeurs[182].

    Violences sexuelles

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    Le , la porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) Elizabeth Throssell s'alarme publiquement de la multiplication au Darfour des cas d'enlèvements de femmes et de fillettes réduites en esclavage, mariées de force ou rançonnées[183]. Au-delà des enlèvements, des centaines de cas de viols sont rapportés, dont au moins 70 % sont attribués aux FSR[183]. Ces derniers enlèvent également des enfants pour exiger des rançons à leurs familles[184].

    Médecins sans frontières (MSF) déclare avoir reçu dans ses structures médicales, entre juillet et , 135 patientes âgées de 14 à 40 ans victimes de viols[158]. Les agresseurs étaient armés dans 90% des cas[158].

    Le , Human Rights Watch dénonce des actes de violence sexuelle généralisés dans la capitale de Khartoum, notamment des viols collectifs et des mariages forcés commis par l'armée et les Forces de soutien rapide[185]. En octobre, l'ONU publie un rapport faisant état de nombreux suicides parmi les victimes de violences sexuelles, dont les victimes identifiées seraient âgées de 8 à 75 ans[186]. Des disparitions d'infirmières, relevées par la directrice régionale de l'Initiative stratégique pour les femmes dans la Corne de l'Afrique (SIHA) Hala al-Karib, sont également jugées préoccupantes[187].

    En , un rapport de l'Unicef médiatise des témoignages faisant état d’hommes armés contraignant des familles à leur livrer leurs filles pour les violer[188]. Au total, 221 cas de viols d’enfants au Soudan ont été documentés par l'Unicef depuis début 2024, les deux tiers étant des filles, et seize des enfants de moins de cinq ans[188]. Des cas d'enlèvements de femmes et fillettes, et de séquestration allant jusqu'à plusieurs semaines sont également rapportés, certaines étant regroupées pour être mises à disposition des combattants[189]. Les victimes subissent souvent de graves blessures physiques et psychologiques qui peuvent avoir des conséquences à vie et laisser les survivantes face à des choix impossibles, comme une grossesse, se confier à leur famille ou aux autorités et se faire soigner[189]. Selon Hala Y. Altarib, directrice du réseau SIHA soutenant les femmes de la Corne de l’Afrique, certaines subissent la double peine d'avoir peur de rentrer chez elles et de se faire rejeter par leur communauté après ce qu’elles ont vécu[107].

    En , Amnesty International publie un rapport qui décrit avec une trentaine de témoignages des violences sexuelles généralisées par les forces des Forces de soutien rapide[190]. En mai, des experts de l'ONU publient un communiqué déplorant que les violences sexuelles continuent d’être utilisées de manière systématique comme arme de guerre au Soudan, et indiquent qu’au moins 330 cas liées au conflit avaient été documentés depuis le début de l’année[191].

    Enrôlements d'enfants-soldats

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    Des cas de recrutement d'enfants-soldats sont documentés et concerneraient les deux camps[176],[67]. Si l’armée soudanaise enrôle parfois des mineurs dans le cadre de la mobilisation populaire, le recrutement d’enfants-soldats était courant chez les FSR bien avant le conflit en cours[192]. Des milliers de mineurs étaient embrigadés dès l'âge de 14 ans, de gré ou de force, dans les territoires sous leur contrôle, dans l’ouest du pays[192]. Souvent, en signe d’allégeance au général Dogolo, les chefs traditionnels, et parfois même les familles, lui envoyaient des contingents de garçons rejoindre les camps d’entraînement[192].

    À partir de 2023, ces recrutements sont « facilités » par les déplacements, l'appauvrissement, et la déscolarisation de plusieurs millions d'enfant soudanais : plus de 5 millions depuis le début du conflit, selon l'Unicef[192]. Sachant que Khartoum comptait déjà dans les années 2000 plus de 2 000 « shamassa » (orphelins sans abri) dans ses rues, en partie des réfugiés ayant fui les massacres du Darfour [192]. Exposés à la violence de la guerre, à l'extrême pauvreté, à la drogue, à la prostitution et au racisme, beaucoup d'entre eux considèrent l'enrôlement dans un groupe armée comme une revanche et une sortie de crise[192]. Porter une arme et intégrer un tel groupe leur permet de se sentir protégés et de participer aux pillages des territoires conquis[192]. Ces « opportunités » sont largement intégrées dans le discours des belligérants qui instrumentalisent leur situation de détresse pour tenter de séduire ces proies faciles[192].

    En , le site d’investigation Bellingcat analyse des vidéos publiées sur le réseau social TikTok, pour certaines vues des millions de fois, mettant en scène des enfants soldats soudanais participer, parfois armés, à des célébrations de victoires militaires[193]. D'autres montrent des enfants soudanais en uniformes militaires délivrer des discours martiaux et patriotes[193]. Certains de ces comptes favorables à l'armée ou aux FSR poussent le cynisme jusqu'à demander aux internautes de voter en commentaire pour leur vidéo préférée[193]. Les enquêteurs de Bellingcat dénoncent une stratégie de communication des belligérants destinée à « héroïser » ces enfants pour attirer de nouvelles recrues[193].

    En mai 2026, un mercenaire colombien déclare à l'ONG Human Rights Watch avoir entraîné des recrues des FSR dans des camps situés autour de Nyala — utilisée par les FSR comme base principale au Darfour du Sud — vers avril 2025, et que bon nombre de ces recrues étaient de « jeunes enfants »[65].

    Autre travail forcé

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    D'autres civils disent avoir été réduits au travail forcé par les belligérants, sous la menace d'armes et parfois sous la torture, pour cuisiner, creuser des tombes ou pirater des équipements informatiques[194].

    Utilisation d'armes chimiques

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    En , le Département d’État américain annonce des sanctions contre le gouvernement soudanais, l’accusant d’avoir eu recours à des armes chimiques au chlore contre des positions de FSR[195].

    En octobre, une enquête du média France 24 confirme l'accusation américaine d'utilisation d'armes chimiques par l'armée soudanaise contre les FSR[196]. Il s'agirait d'une attaque au chlore, supposé être utilisé à des fins de traitement de l’eau potable, et vital au Soudan confronté à une épidémie de choléra[196]. Selon France 24, en , l'armée soudanaise aurait largué par avion plusieurs barils chargées de gaz de chlore sur la raffinerie al-Jaili prêt de Khartoum occupée par les FSR[196]. Plusieurs civils, notamment des ouvriers de la raffinerie que l'armée cherchait à reprendre, ont été gravement intoxiqués[196].

    Pénuries alimentaire et sanitaire

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    Famines et malnutrition

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    La crise humanitaire consécutive aux combats est exacerbée par le fait que les violences ont lieu par de fortes températures et dans une situation de sécheresse. D'innombrables habitants hésitent à sortir pour se procurer de la nourriture et d'autres biens, de peur d'être pris dans les tirs croisés. Des milliers de petites exploitations agricoles et même des fermes géantes ont été désertées par leurs exploitants fuyant les combats, faisant dramatiquement chuter la production alimentaire du pays[197].

    En , Médecins Sans Frontières alerte sur un niveau de malnutrition et un taux de mortalité infantile catastrophiques dans le camp de Zamzam, dans le Darfour du Nord[198]. Près d'une quinzaine d'enfants décèderaient chaque jour en raison des conditions sanitaires et de la faim, tandis que le manque d'eau potable pousserait les gens à boire l'eau des marécages et de la rivière[198]. L'ONG déclare renforcer ses activités dans le camp pour fournir un traitement aux enfants dont l'état est le plus critique, mais que l'ampleur de la catastrophe nécessite une réponse bien plus importante[198]. Eddie Rowe, directeur du Programme alimentaire mondial annonce que « moins de 5 % » des 48 millions d'habitants « peuvent s'offrir un repas complet par jour[197]».

    En , les Nations unies alertent sur l'importante crise alimentaire au Soudan, qui pourrait toucher 5 millions de personnes dans les mois suivants[199],[200].

    En , un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé déclare que 18 millions de personnes souffrent de faim aiguë et 5 millions de personnes vivent dans une situation d'urgence liée à la faim[201]. Les FSR, dans leurs objectifs génocidaires de « transformation démographique » se manifestent par des attaques contre les agriculteurs accompagnées de la destruction des villages, du matériel agricole et de systèmes d’irrigation pour organiser la famine des populations qu'elle souhaitent chasser[201]. Des millions d'hectares de terres agricoles auraient été volontairement asséchés par la destruction de leur système d'irrigation, ou abandonnés à la suite de la fuite ou du massacre des exploitants[201]. Tandis qu'à El-Fasher, en raison du blocus imposé par les FSR assiégeant la ville, le prix des denrées alimentaires de base, telles que sorgho et blé, y sont jusqu’à six fois plus élevés que dans d’autres régions du Soudan[202].

    En , l'ONU alerte sur la malnutrition qui touche une proportion croissante de la population soudanaise, en particulier les enfants, y compris dans les villes qui ne sont pas assiégées comme Khartoum où le calme est alors revenu[203]. Le 20, un convoi d’aide du Programme alimentaire mondial est attaqué près de la ville soudanaise de Mellit au Darfour du Nord, sans faire de victime, mais trois camions transportant une aide vitale pour certaines populations sont incendiés[204].

    À ce moment, près de 25 millions de personnes souffrent d'insécurité alimentaire extrême au Soudan[203], tandis que près 90 % des récoltes ont été perdues et l'aide humanitaire est fortement entravée[107]. Justine Muzik Piquemal, responsable régionale pour Solidarités International déplore que des mères ne puissent plus allaiter faute d'être elles-mêmes suffisamment nourries, et alerte sur le risque de perdre une génération entière d'enfants qui « ne grandiront pas »[205].

    En avril 2026, Ibrahim Mustafa le gouverneur de l'État d'Al-Jazirah, le plus fertile du Soudan[39], déclare que cet état a retrouvé 85 % de son potentiel agricole après la « destruction systématique » des équipements et des champs par les FSR[206].

    Destruction des systèmes de soins

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    Dès le premier mois de la guerre, un groupe de médecins déclare que les hôpitaux manquent de personnel et de fournitures alors que les blessés affluent[207]. L'Organisation mondiale de la santé enregistre environ 26 attaques contre des établissements de santé, dont certaines font des victimes parmi le personnel médical et les civils[208]. L'Union des médecins soudanais déclare que plus des deux tiers des hôpitaux dans les zones de conflit sont hors service, 32 ayant été évacués de force par les soldats ou pris dans les tirs croisés[209].

    Les Nations unies mettent en évidence des pénuries de produits de base, de nourriture, d'eau, de médicaments et de carburant. Le manque de biens de première nécessité est devenu « extrêmement aigu »[210]. Le Programme alimentaire mondial déclare que l'équivalent de plus de 13 millions de dollars d'aide alimentaire a été pillé depuis le début des combats[211].

    En , Ahmed Fahal, le fondateur et directeur du centre de recherche médicale sur le mycétome, une maladie tropicale infectieuse touchant particulièrement les populations défavorisées, déclare que son établissement situé à Khartoum a été détruit par la guerre[212].

    En décembre, le principal syndicat de médecins soudanais déclare que plus de 90 % des hôpitaux du pays ont dû fermer à cause des combats et des bombardements, privant de soins des millions de personnes[213]. En outre, 78 professionnels de santé auraient été tués depuis le début de la guerre sur leur lieu de travail[213]. Les FSR auraient notamment pénétré dans des hôpitaux pour faire soigner leurs blessés ou traquer des ennemis, et se seraient livrés à des représailles contre les médecins en les accusant de coopérer avec l'armée, ou après la mort de leurs camarades qui y étaient soignés[213]. En novembre, Médecin sans frontière suspend la plupart de ses activités à l’hôpital Bachaïr, l’un des seuls hôpitaux en activité dans le sud de Khartoum, après que des combattants ont pris d’assaut l’établissement[213]. Le , MSF annonce la suspension de ses activités dans l'hôpital de Zalingei (en) au Darfour quatre jours après une attaque faisant un mort et cinq blessés[204]. Aux mois d', puis au mois de , des bombardements visent l'hôpital de la ville d'El-Daein, capitale du Darfour-Oriental contrôlé par les FSR[214]. À la suite de cette dernière attaque, Hala Khudari, représentante adjointe de l'OMS au Soudan, regrette que le financement de l'intervention sanitaire de l'OMS au Soudan pour 2026 n'était assuré qu'à hauteur de 5,7 %[214].

    En , Médecins sans frontières alerte sur la flambée des cas de rougeole au Soudan à cause de la destruction des systèmes de santé dédiés à la vaccination[215]. Dans le même rapport, MSF déclare que le Soudan représente en 2025 82 % des décès mondiaux liés aux attaques contre les soins de santé[215].

    Épidémie de choléra

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    Dès le premier mois du conflit, l'OMS de la santé s'alarme des potentiels risques biologiques après que l'une des parties belligérantes, qu'elle n'a pas identifiée, a pris le contrôle du Laboratoire national de santé publique contenant des agents pathogènes de la rougeole et du choléra ainsi que d'autres substances dangereuses[216]. L'année suivante, la crise alimentaire aggrave la crise sanitaire notamment en raison de consommation d'eau non potable, comme celle du Nil, ce qui provoque des cas de choléra[217],[218]. Les fortes pluies touchant le pays à partir de juillet 2024 (en) accélère cette épidémie de choléra, tandis que les opérations humanitaires sont largement réduites[219]. Des épidémies de malaria, de méningite, de dengue et de rougeole sont également signalées[218],[29].

    En , le Centre fédéral des opérations d'urgence au Soudan signale une forte recrudescence du choléra, avec 2729 cas et 172 décès enregistrés en une semaine[220]. Cette épidémie est due à des difficultés de filtration et de purification de l'eau, 90% des stations de pompage d'eau étant hors service du fait de destructions ou de pannes d'électricité touchant la capitale[220],[221]. En conséquence, de plus en plus de Soudanais sont contraints de puiser de l'eau directement dans le Nil[220]. Cette tendance est aggravée par une pénurie sévère de solutions intraveineuses, un manque de sources d'eau propres et une quasi-absence d'équipements de stérilisation et de désinfectants dans les hôpitaux[220]. À la fin du mois de ce mois de mai, plusieurs ONG et centres médicaux implantés au Soudan alertent sur une épidémie de choléra touchant les deux tiers du pays et se propageant très rapidement, avec un bilan provisoire de plus de 1 700 morts[222].

    À la fin du mois de juillet, l'OMS estime à 100 000 le nombre de victime du choléra depuis un mois[223]. Dans les camps de réfugiés, l'absence de savon, de toilettes, d'équipement pour conserver et stocker la nourriture en sécurité, et la précarité des abris parfois constitués de branchages, de paille et de draps troués rend très difficile l'application de règles d'hygiènes indispensables pour lutter efficacement contre cette épidémie[224]. Entre le 6 et le , une quarantaine de décès supplémentaires liés au choléra est signalé au Darfour par Médecins sans Frontières[225].

    Répression politique

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    Dans les zones contrôlées par les FSR comme dans celles tenues par l'armée, les organisations révolutionnaires, comités de résistance, comités de quartier, organisations de femmes, syndicats, s’efforcent de pallier l’État failli[156]. Mais partout ces organisations sont en butte à une répression féroce, tandis que des médecins, des journalistes, des activistes sont arrêtés, emprisonnés, torturés, et assassinés[156]. Car même en guerre, les généraux à la tête de l'armée et des FSR se retrouvent dans leur volonté d’en finir avec la révolution[156]. Selon l'analyste soudanaise en exil Kholood Khair, les deux camps, « persuadés de leur victoire », veulent « supprimer toute résistance civile avant de conquérir le pays » afin de gouverner sans opposition. Ainsi, chacun « utilise le paravent de la guerre pour tuer ce qui reste de la révolution[156]».

    Selon le chercheur Clément Deshayes, la révolution soudanaise continue d'influencer la société, mais elle le fait largement depuis l'étranger, par la voix d'activistes en exil[226]. Alors que la guerre peut difficilement dégager un vainqueur par les armes, l'opposition civile à l'origine de la révolution de 2018-2019 sera, selon le chercheur Suliman Baldo, tôt ou tard amenée à reprendre un rôle politique car aucun accord de paix ne peut se conclure sans elle[226].

    En , l'ONG Human Rights Watch accuse les forces armées soudanaises et des forces affiliées de détentions arbitraires, de torture, et de disparitions forcées de civils dans les zones sous leur contrôle[227]. Ces derniers, accusés de collaborer avec les FSR, étaient fréquemment ciblés en raison de leur identité ethnique, de leur travail humanitaire, de leur affiliation politique ou du fait qu’elles aient vécu sous le contrôle des paramilitaires[227]. Les réfugiés du Darfour, dont plusieurs centaines de femmes sont, après avoir été persécutés à les FSR, particulièrement victimes de cette répression de l'armée[227]. Dans certains cas documentés, l'armée soudanaise profite de la guerre civile pour s'en prendre à des civils qui ont participé à la révolution soudanaise et aux manifestations ayant suivi le coup d'État de 2021 qui a mis fin à cette révolution[227]. Plusieurs dizaines de captifs auraient été condamnées à mort sans procès[227].

    Nettoyage ethnique au Darfour

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    Plusieurs médias documentent un risque de nettoyage ethnique dans la région du Darfour-Occidental, entièrement sous contrôle des Forces de Soutiens Rapides et de leurs alliés[228]. Les populations non arabes de cette région avaient déjà été la cible de crimes contre l'humanité lors du Génocide du Darfour[182]. La volonté de faire du Darfour une terre arabe en massacrant les autres ethnies, qui avait animé les milices Janjawid, a probablement subsisté dans les FSR, qui sont en partie issues de ces groupes (le fondateur de cette organisation étant lui-même un ancien janjawid). Des reporters sur place ont rapporté des propos suprémacistes de la part des soldats des FSR[229]. Le peuple Masalit semble avoir été la cible principale de cette tentative d'épuration ethnique, au cours de laquelle 10 000 à 15 000 personnes auraient été massacrées[58] au cours des seuls trois premiers mois du conflit[230]. Des attaques planifiées, coordonnées et exécutées par les FSR et des milices arabes alliées auraient visé des camps de déplacés, des écoles, des mosquées et des hôpitaux, ce qui pourrait constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité, selon un rapport du panel d’experts de l’ONU[58].

    L'armée soudanaise est accusée par le gouvernement américain de bloquer l'aide humanitaire transitant par le Tchad, cette dernière contrôlant la frontière tchado-soudanaise[231]. Le ministère soudanais des Affaires étrangères favorable au gouvernement du général Al-Buhran rejette ces accusations et justifie la nécessité de contrôler cette frontière, principal point d'entrée pour les armes et les équipements utilisés par les FSR[231]. Le , la Cour internationale de justice rejette la plainte du Soudan contre les Émirats arabes unis, les accusant d'avoir violé la Convention sur le génocide en fournissant des armes aux FSR au Darfour[232]. En août, le procureur du Tribunal de Port-Soudan accuse officiellement Mohamed Hamdane Dagalo et deux de ses frères d'avoir commis un génocide, des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité et d'avoir planifié l'attaque sur El-Geneina[233].

    À la suite de la prise d'El Fasher à la fin du mois d', les FSR se livrent à des massacres sur la population civile qui font plusieurs dizaines de milliers de victimes[234]. Le , le Conseil des droits de l'Homme des Nations Unies adopte une résolution ordonnant une enquête pour identifier les responsables des violations présumées du droit international à El Facher afin qu'ils soient traduits en justice[235]. À la suite de cette résolution, l'ONU conduit des entretiens avec 320 témoins et victimes du siège et de la prise d'El Fasher, rencontrés dans des camps de réfugiés au Soudan, au Tchad, et au Soudan du Sud[236]. Mais aucun des belligérants en guerre au Soudan, ni les FSR, ni l'armée ne répond aux sollicitations de l'ONU[236].

    L'enquête relève des signaux caractéristiques d'un génocide, notamment :

    • Les déclarations explicites des combattants des FSR, pendant le siège et après la chute d'El Fasher, assumant leurs intentions de nettoyages ethniques visant les non-arabes, principalement les Zaghawas, les Masalits, et les Fours[236] ;
    • L'installation d'un blocus total, à partir de , pour empêcher les approvisionnements alimentaires et sanitaires vers la ville, qu'ils viennent de commerçants ou d'organisation humanitaires, et la population de fuir[236] ;
    • La destruction intentionnelle d'infrastructures civiles essentielles comme les établissements de santé, de production d'électricité, d'eau potable, ainsi que les marchés et les cuisines communautaires[236]. Après leur prise de la ville, le dernier hôpital encore opérationnel est immédiatement attaqué par les par les FSR et son personnel massacré, ainsi que les patients qui s'y trouvent[236].
    • La destruction intentionnelle, également, de lieux publics lorsque des civils y sont rassemblés démontrant l'objectif de faire le maximum de victimes, comme les marchés, les mosquées, les écoles, et l'université d'El Fasher[236] ;
    • Les multiples exactions commises par les FSR après la chute de la ville comme des massacres, passages à tabac, pillages, violences sexuelles et destruction de biens[236] ;
    • La blocage d'axe empruntés par les réfugiés pour en arrêter et en massacrer le maximum[236] ;
    • L'organisation méthodique de massacres à grande échelle, incluant la disparition des corps des victimes par enterrement dans des fosses communes ou par crémation, ainsi que la destruction de preuves de leurs crimes[236] ;
    • Les viols de masse organisés, parfois après enlèvements des victimes, suivis de déclarations comme « vous serez nos femmes » et « vous devez donner naissance à nos enfants », démontrant une volonté de déshumaniser ces femmes et de leur causer des traumatismes sur plusieurs générations[236].

    Les auteurs de ce rapport concluent que : « l’ampleur, la gravité et l’impact cumulés des actes commis par les Forces de soutien rapide présentent des indications pointant vers un génocide à El Fasher et dans ses environs »[236].

    Occupation de Khartoum par les FSR

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    Peuplée avant la guerre de sept millions d'habitants, la capitale soudanaise est attaquée dès le début du conflit par les FSR en dont ils prennent le contrôle en quelques jours, et n'en sont totalement chassés par l'armée qu'en [237]. Ainsi, pendant environ deux ans, la population de Khartoum suivit sous le joug des paramilitaires dont l'occupation est particulièrement brutale[237].

    En , une enquête de la chaîne qatari Al-Jazeera révèle de graves exactions commises par les FSR à Khartoum[238]. Elle indique que la milice a pillé les véhicules, les marchés, les banques, les entrepôts, et la plupart des maisons dont les serrures sont forcées[237]. Ce « butin » est distribué aux jeunes soldats, recrutés dans les communautés marginalisées de l’ouest du pays et de la bande sahélienne, sont venus se battre pour les « ghanaim »: les femmes, les bijoux et de l'argent[237]. Selon la chaîne arabe, les multiples pillages aggravent la crise humanitaire qui frappe la capitale[238]. Les FSR instrumentalisent l'aide humanitaire pour affamer et soumettre la population, qu'ils utilisent comme bouclier humain pour se protéger des bombardements de l'armée[238]. De multiples cas d'arrestations, de disparitions forcées, de viols et de mariages forcés sont également rapportés[238].

    En juillet, l'ONG Human Rights Watch publie une nouvelle enquête compilant les témoignages de 42 soignants et acteurs de terrain, faisant état de 262 cas de violences sexuelles dans la capitale soudanaise entre et [239]. HRW accuse spécifiquement les FSR de crimes contre l'humanité, et les deux camps de crimes de guerre pour leurs attaques sur le système de santé et le personnel médical[239]. Selon l'ONG britannique, il est difficile d'évaluer l'ampleur des violences sexuelles en raison de la réticence des victimes à témoigner, par crainte d'être stigmatisées[239]. Certaines victimes ont cherché, en vain, à interrompre leur grossesse lorsqu'elles sont tombées enceintes à la suite d'un viol[239].

    En , des manifestations éclatent au Soudan et parmi les communautés de réfugiés à l'étranger, célébrant les avancées de l’armée à Khartoum considérées comme un espoir de libération[178]. Selon la chercheuse soudanaise Raga Makawi, même si les Soudanais connaissent les atrocités commises par l’armée et savent que les FSR sont à l’origine une excroissance de l’armée, le comportement des deux belligérants sur le terrain n’est pas comparable[178]. En multipliant les exactions, les pillages et les viols, les FSR sont devenus « un ennemi public et une menace existentielle pour le peuple »[178]. Pour la plupart des Soudanais, la dictature militaire devient le prix à payer pour en être débarrassés[237].

    Mais malgré les avancées de l'armée, le général Dogolo jure que ses troupes ne se retireront pas de la capitale, et laisse des snipers postés dans les bâtiments pour entraver la progression de l'armée, qui visent également des convois humanitaires et des habitants à la recherche d'eau[237]. Fin 2024, un groupe de recherche soudanais indique que plus de 60 000 personnes ont péri rien que dans l’État de Khartoum depuis le début de la guerre[237]. De très nombreuses destructions sont aussi causées par l'aviation soudanaise qui bombardent massivement les bâtiments où les snipers des FSR peuvent se poster en hauteur[237].

    Lorsqu'en , l'armée annonce la reprise totale de la capitale soudanaise[240], plus de sa moitié de sa population l'a évacuée, laissant des quartiers entiers détruits et inhabités[237]. Des témoignages rapportent des devantures métalliques des magasins fermés, vides, criblés de balles, et des trottoirs défoncés sur lesquels s'entassent les décombres et des ordures[237]. Les habitants restants passent la plupart de leur temps terrés chez eux, ne sortant jamais plus loin que le coin de la rue[237].

    Si cette reconquête permet le retour de nombreux réfugiés les mois suivants, cette victoire a un goût amer pour une large part d'entre eux qui avaient participé à la révolution, et se retrouvent contraints de célébrer leurs anciens ennemis[29]. En outre, l’armée démarre une campagne punitive contre de présumés sympathisants des FSR dans la capitale, marqué par plusieurs exécutions sommaires de civils désarmés[107]. Selon la chercheuse en sciences politiques au MIT Mai Hassan, la plupart des personnes arrêtées ou exécutées par l’armée étaient des membres des Emergency Response Rooms, une organisation de jeunes activistes soudanais, qui coopéraient avec les FSR pour faire leur travail humanitaire[107]. Parallèlement, les FSR se vengent de cette défaite en multipliant la nuit les bombardements sur les zones résidentielles de la capitale[241].

    L'armée soudanaise découvre dans les zones de la capitale reprises aux FSR des fosses communes contenant des dizaines de corps en décomposition, tués d'une balle dans la tête, dont certains avec les os brisés[237]. Des corps sont également extraits des égouts et d'un puits tandis qu'un autre charnier est découvert par l'armée dans le tribunal d'Omdurman[237]. Certains morts ont été enterrés sommairement pas les habitants eux-mêmes cernés par les combats, dans les jardins, les cours des mosquées ou au bord des routes[237]. En décembre, des sources locales rapportent que plus de 15 000 corps ont été déterrés pour être si possible identifiés et ré-inhumés dignement par leurs familles[237].

    Des dizaines de milliers de munitions non explosées et de mines laissées par les FSR continuent de menacer des habitants de retour dans la ville[242]. En outre, des destructions massives et systématiques des FSR sont constatées après le retrait de ces derniers, visant du matériel essentiel comme des équipements médicaux, des pompes à eau, des canalisations et des câbles de cuivre[242].

    En , certaines estimations établissent un bilan de 200 000 morts dans l'État de Khartoum depuis le début de la guerre civile[237]. Tandis que selon l'Organisation internationale pour les migrations près d’un million de personnes sont revenues à Khartoum depuis sa reprise par l'armée[237]. Mais la menace des frappes de drones des FSR reste constante[237], rappelée par des bombardements aériens sur la capitale en mai[243], en septembre[244] et en [245].

    En avril 2026, un an après la reprise de la capitale par l'armée soudanaise, près de 4 millions de réfugiés soudanais sont rentrés chez eux bénéficiant d'accalmies dans les combats, principalement vers les États de Khartoum (dont 1,8 million dans la capitale[246]) et d'Al-Jazirah[247]. Mais cela exerce une pression supplémentaire sur les infrastructures urbaines endommagées par la guerre comme les réseaux d’approvisionnement en eau, les réseaux électriques, les établissements de santé, et les logements[247]. Le déminage avance lentement, mais les découvertes régulières de nouveaux champs de mines rendent le durée de ce chantier impossible à estimer[246]. Le Conseil danois pour les réfugiés (DRC) affirme avoir retiré plus de 12 000 composants potentiellement explosifs de cette ville[246]. Fin avril 2026, un premier vol reliant l'aéroport de Khartoum a lieu depuis le début de la guerre civile, rapatriant 300 Soudanais du Koweït[248].

    Impacts économiques

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    Destructions de l'économie soudanaise

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    Destructions sectorielles

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    L'agriculture, secteur phare de l'économie du Soudan concentrant près des deux tiers de sa population active, est lourdement impactée par la guerre[249]. Les FSR, dans leurs objectifs génocidaires de « transformation démographique » se manifestent par des attaques contre les agriculteurs accompagnées de la destruction des villages, du matériel agricole et de systèmes d’irrigation pour organiser la famine des populations qu'elle souhaitent chasser[201]. Des millions d'hectares de terres agricoles auraient été volontairement asséchés par la destruction de leur système d'irrigation, ou abandonnés à la suite de la fuite ou du massacre des exploitants[201]. Des milliers de petites exploitations agricoles et même des fermes géantes ont été désertées par leurs exploitants fuyant les combats, faisant dramatiquement chuter la production[197]. Même dans l'État du Nord, relativement épargné par les affrontements, les frappes de drones des FSR sur les infrastructures énergétiques provoquent des coupures électricité entrainant l'arrêt des systèmes de pompage et d'irrigation[57]. La production de dattes, produit phare de cette région s'est également effondrée après l'assèchement de plusieurs centaines d'hectares de cultures[57].

    Dattes Ajwa

    L'été 2025 est marquée par une intensification des combats au Kordofan du Nord, qui concentre la majorité de la production de de gomme arabique du Soudan, pour qui il s'agit d'une ressource à l'exportation essentielle[250]. Dans les régions arides, cette culture permettaient de conjuguer revenus, préservation des sols, et autonomie des producteurs, mais sa production est à son tour gravement menacée[249]. Pendant ce même été un rapport de l'ONG CARE International basé sur des entretiens conduits auprès de 492 exploitants agricoles situés au Darfour et au Kordofan estime que près de 90 % ont vu leur production décliner, tandis que plus de la moitié ne se sentent pas en sécurité pour récolter leurs cultures[251].

    En plus des exploitations, la guerre perturbe aussi fortement les routes commerciales dans le pays à cause de l'insécurité[57]. Ainsi, il n'est pas rare que des exploitants relativement épargnés par les destructions et toujours en mesure de produire, soient néanmoins pénalisés par la perte d'accès aux marchés qui les menace de faillite[249]. Les femmes, souvent en première ligne dans les activités agricoles et la collecte de produits naturels, sont les plus impactées tandis que les jeunes, voyant disparaître les rares opportunités de revenus, sont poussés à l'exil[249]. En plus d'appauvrir les producteurs, ces destructions d'exploitation et des routes commerciales aggravent l'insécurité alimentaire du pays[251].

    En avril 2026, une rare bonne nouvelle vient d'Ibrahim Mustafa, gouverneur de l'État d'Al-Jazirah, le plus fertile du Soudan[39], qui déclare que cet état a retrouvé 85 % de son potentiel agricole[206].

    L'or, autre principale ressource à l'exportation du pays depuis la sécession du Soudan du Sud riche en gisements pétrolier, voit aussi son commerce et son exploitation perturbés par le conflit[252]. La détérioration rapide des conditions de sécurité a entraîné le départ des travailleurs étrangers et perturbé les circuits logistique d'exportation, mais aussi d'importation d'intrants indispensables pour l'exploitation aurifère comme le mercure et le cyanure et le carburant[252].

    En mai 2026, un rapport de l'autorité de l'aviation civile estime que le Soudan a perdu plus d'un milliard de dollars de revenus à cause des fermetures d'aéroports et de son espace aérien causées par la guerre civile[253]. La semaine suivante, Mathieu Dondain, vice-président de Nexira, et Christophe Marion, député EPR et président du groupe d'amitié France-Soudan, signent une tribune dans le journal Les Echos sur les risques de destructions économiques irréversibles[249]. La destruction des infrastructures économiques et des moyens de subsistance des populations provoque une dispersion de ces dernières, et une rupture des liens économiques et sociaux qui faisaient tenir ces communautés[249].

    Conséquences monétaires

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    À la fin du mois de , la livre soudanaise chute à un niveau record, s’échangeant à 3000 unités contre 1 dollar américain, contre 500 livres pour un dollar avant la guerre[254]. Cette tendance s'explique par un déséquilibre croissant de la balance commerciale soudanaise, son économie étant largement paralysée par la guerre, et sa population très dépendante des importations notamment alimentaires, énergétiques, et médicales[254].

    Conséquences pour la population soudanaise

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    À cause de la guerre, des millions de réfugiés déracinés perdent leur emploi et s'appauvrissent très rapidement après leur exil forcé[57]. Le Soudan voit sa population plonger dans la pauvreté, avec près des trois quarts des habitants vivant avec moins de 2,15 dollars par jour en 2024, contre un tiers en 2022, selon un rapport de la Banque mondiale[255]. Près de sept millions de Soudanais ont basculé dans l’extrême pauvreté pour la seule année de 2023[256]. Ce rapport alerte également sur l'impact de la guerre sur le secteur agricole, vital pour le pays, ce qui contribue à l’insécurité alimentaire du pays[255].

    En avril 2026, après trois ans de guerre, le directeur du Programme des Nations unies pour le développement au Soudan Luca Renda déclare que 70 % de la population soudanaise vit avec moins de 4 dollars par jour, ce qui correspond à un doublement de cette proportion depuis 2023, tandis que plus d'un quart vit avec moins de 2 dollars par jour[256].

    Les réfugiés soudanais qui parviennent à s’installer et à travailler à l'étranger deviennent une diaspora précieuse, en sources de devises étrangères, pour leurs proches restés au pays[57]. Mais dès le mois de , le transfert d'argent, envoyé par les travailleurs migrants à l'étranger, est interrompu après que Western Union annonce qu'elle cesse toutes ses opérations au Soudan jusqu'à nouvel ordre[257]. Pour autant, d'autres applications bancaires continuent d'être utilisées par les Soudanais, permettant à ceux qui travaillent à l'étranger de soutenir leurs proches restés au pays[29]. Selon la chercheuse Marie Bassi, ces transferts de fonds expédiés par des Soudanais de l'étranger sont aussi significatifs que l'aide humanitaire internationale[29].

    En 2023, l'année du début du conflit, le Soudan était classé à la 162e place du classement « indice de perception de la corruption » de l'ONG Transparency International (qui classe un total de 180 pays) avec une note de 22/100, stable depuis l'année précédente[258]. En 2024, le Soudan chute à la 170e place de ce classement, avec une note de 15/100, marquant l'impact de la guerre sur une situation de gouvernance économique déjà très dégradée[259]. Renonçant à toute mission d'intérêt général pour s'accaparer le pouvoir au détriment de leur rival, les deux généraux tentent de prendre le contrôle de pans entiers de l'économie soudanaise pour les mettre au service de leur propre enrichissement[260]. Selon la chercheuse Raphaëlle Chevrillon-Guibert, s'exprimant à propos de la guerre civile, « Les belligérants veulent le pouvoir pour accéder à des richesses, parce qu'au Soudan, il n'y a pas de richesse sans pouvoir. »[260]. Les FSR et les forces armées se seraient toutes deux livrées à des actes de corruption et à des pillages liés à la nourriture, aux médicaments, au carburant et même aux antennes paraboliques Starlink[261]. Cette prédation généralisée entraîne le Soudan vers une économie de « checkpoints », où chaque activité créatrice de valeur ajoutée est susceptible d'être accaparée ou pillée par les belligérants[261].

    En avril 2026, le média The Sentry révèle que le général Dogolo et ses deux frères à la tête des FSR détiendraient à Dubaï un portefeuille d'actifs d'une valeur de 24 millions de dollars, dont une vingtaine de biens immobiliers[262].

    Pillage des ressources naturelles

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    Avant même le début du conflit soudanais en cours, les deux généraux belligérants étaient en compétition pour prendre le contrôle des ressources naturelles du pays comme l'or et les terres arables[252].

    Le soutien émirati matériel et financier aux FSR a pour but de leur donner, par l'intermédiaire du général Dogolo, le contrôle des exploitations aurifères du Soudan ainsi qu'asseoir leur mainmise sur ses immenses terres agricoles fertiles du pays[39]. Entre 2006 et 2016, plus de 2,3 millions d’hectares cultivables au Soudan sont passés sous contrôle étranger, selon l’organisation internationale GRAIN, principalement des pays du Golfe que l'aridité rend dépendants des importations alimentaires[39]. Ainsi, pendant l'année 2024, pour « honorer leur engagement » envers leur riche parrain étranger, les FSR ont concentré leurs offensives sur l'État d'Al-Jazirah, le plus fertile du pays, où elle commettent des massacres de paysans pour s'accaparer des terres[39],[263].

    Du côté de l'armée, c'est l'Égypte, son principal soutien étranger, qui a organisé des réseaux de contrebande d'or vers son territoire depuis les zones sous contrôle de l'armée soudanaise[264]. Car celle-ci borde les trois principales provinces productrices d'or au Soudan : le Nord, le Nil et la mer Rouge[264].

    Le pillage des ressources naturelles du pays est une « double peine » pour la population soudanaise, qui se voit privée de richesses indispensables pour son développement, tandis que le conflit s'intensifie et se prolonge à cause des armes achetées par les belligérants avec l'argent de leurs trafic[252].

    Narco-trafic

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    En , le think tank américain New Lines Institute for Strategy and Policy (en) décrit dans un article le Soudan comme un nouveau hub du trafic de captagon après la chute du régime Assad en Syrie qui auparavant jouait ce « rôle »[261]. Car la guerre civile donne au Soudan les caractéristiques fréquentes d'un narco-État : un positionnement géographique proche d'un bassin de consommation (l'Arabie saoudite), un niveau de corruption très élevé, ainsi qu'un appauvrissement de sa population et un conflit qui pousse ses habitants à chercher d'autres sources de revenus, pour se nourrir ou pour s'armer[261]. Et tandis que le nouveau gouvernement syrien médiatise la destruction de millions de pilules de captagon produites par son prédécesseur, les acteurs du conflit soudanais ont l'opportunité de récupérer cette manne financière[261]. D'autant que de nombreux trafiquants syriens cherchent un endroit à l'étranger où mettre leurs stocks en sûreté et le Soudan est bien desservi depuis la Syrie en raison de liens diplomatiques et commerciaux anciens[261].

    Selon le New Lines Institute, trois sites de production ont été découverts par les autorités soudanaises depuis le début du conflit dont un dans l'État du Nil Bleu avec une capacité production de 7 200 cachets par heure, et deux dans la banlieue nord de Khartoum avec une capacité de production de plus de 100 000 pillules par heure[261]. Ces trois sites étaient contrôlés par les Forces de soutien rapide lorsque les paramilitaires contrôlaient ces zones, puis découverts par l'armée après qu'elle ait chassé ces derniers[261]. Des saisies à Port Soudan et à l’aéroport de Khartoum semblent également attester de l’existence d’un marché à l’exportation[261]. Mais les FSR en produisent aussi probablement pour leurs propres combattants, comme stimulant afin d'améliorer leur combativité sur le front[261]. Les populations dé réfugiés soudanais, en grande détresse humanitaire, deviennent elles aussi des consommateurs de stupéfiants[261].

    Impact sur le Soudan du Sud

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    En , la rupture d'un oléoduc à environ 100 km de Khartoum provoque l'arrêt d'une large part des exportations pétrolières du Soudan du Sud, dont bénéficie aussi le Soudan qui perçoit un pourcentage sur le transit[265]. En , le Soudan du Sud reprend partiellement ses exportations pétrolières transitant par le Soudan[266]. Néanmoins cette perte de revenu en 2024 aggrave fortement la pauvreté au Soudan du Sud, dont l'économie est déjà déjà ravagée par la guerre civile sud-soudanaise, et dont les rares ressources sont sous forte pression à cause de l'afflux de réfugiés soudanais[267]. Selon un rapport de l'ONU, le manque à gagner pour Djouba en 2024 a été en moyenne de 80 millions de dollars par mois[268]. Confronté à la chute de ses revenus pétroliers, le gouvernement sud-soudanais ultra-corrompu choisit de chercher des compensations pour préserver ses privilèges, en accroissant son emprise sur l’économie du pays et en imposant davantage de privations à sa population, comme en taxant fortement les aides internationales humanitaires[268].

    Impact culturel

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    Peuplé par des populations sédentaires depuis le mésolithique, d'une Histoire liée à celle de l'Égypte antique, le Soudan abrite un patrimoine culturel historique particulièrement riche[269], et possède cinq sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité, notamment la cité de Méroé, capitale de la dernière période du royaume de Koush[270]. Cette zone abrite la plus grande concentration de pyramides au monde, selon l’Unesco, entre 200 à 250, soit le double de celles érigées par l’Égypte voisine, mais plus petites puisqu’elles mesurent de 9 et 30 mètres de haut[270]. Des fouilles archéologiques menées à Méroé ont mis au jour de nombreux objets précieux, notamment des statues, des stèles, des bijoux en or, des céramiques raffinées et des faïences[270]. Un aperçu d’une partie des collections conservées au musée national du Soudan, qui abritait dans ses réserves 100 000 objets allant du paléolithique à la période islamique[270].

    Colosses de Tabo au musée national du Soudan

    Le , le directeur du musée déclare que des combattants soudanais ont pris le contrôle du musée national de Khartoum[270].

    D’après Ikhlas Abdel Latif, directrice des musées à l’Autorité nationale des antiquités du Soudan, le musée national du Soudan à Khartoum a fait l’objet d’un important pillage documenté par des témoignages et des images satellites évoquant des antiquités chargées dans des camions dirigés vers l'ouest du pays[269]. Le musée Khalifa (en) d’Omdurman ainsi que le musée de Nyala au Darfour auraient également subi des vols, non seulement d’antiquités mais aussi d’outils servant à la présentation des collections[269]. Là, étaient exposés des objets liés au règne de Mohammad Ahmad Abdallah de 1885 à 1899, qui s’était autoproclamé le « Mahdi »[270]. Le média Middle East Eye diffuse également des images des combattants miliciens attaquant le laboratoire de archéobiologie de Khartoum où sont conservés des squelettes humains de 3300-3000 avant J.-C[270].

    Selon Ikhlas Abdel Latif, des objets archéologiques sont chargés dans des camions qui se sont dirigés vers des zones frontalières ; des informations confirmées par des images satellite[270]. Ces antiquités soudanaises seraient par la suite revendues notamment sur internet en étant présentées comme des antiquités égyptiennes[269].

    Face à ce constat, en , l'Unesco alerte sur le pillage et la destruction de musées et de sites archéologiques provoqués par le conflit[271], et appelle « le public et les membres du marché de l’art (...) à s’abstenir d’acquérir ou de participer à l’importation, à l’exportation ou au transfert de biens culturels en provenance du Soudan », qui pourraient entraîner « la disparition d’une partie de l’identité culturelle soudanaise et compromettraient le redressement du pays »[269]. L'Unesco réitère sa mise en garde en [270]. Selon le Jordan Times (en), l’attaque contre le patrimoine culturel soudanais ne serait pas qu’un dommage collatéral de la guerre, mais une tentative d'effacer son histoire et son patrimoine national[270].

    Impact environnemental

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    Des destructions d'usines chimiques, de traitement des déchets et d'assainissement de l'eau provoquent des déversements de substances toxiques et de multiples contaminations des milieux naturel[272].

    Réactions internationales

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    Attention et considération internationale

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    Alors que la crise humanitaire au Soudan est considérée par l'ONU comme la plus importante en nombre de victimes depuis la Seconde Guerre mondiale (plus de 25 millions de Soudanais en besoin urgent d’aide humanitaire en 2025), elle suscite peu de réactions à l'international contrairement aux guerres en Ukraine et à Gaza[273]. À l'exception notable du rappeur américain Macklemore[274] lors d'un concert au V and B Fest'[275], peu d’artistes, d’élus, ou d’intellectuels médiatisés s'expriment publiquement sur cette guerre[273]. À noter aussi le pape Léon XIV, qui se rend le place Saint-Pierre à Rome où il prie pour les victimes du glissement de terrain de Tarasin et des combats à El-Fasher, et exhorte les responsables soudanais et la communauté internationale à garantir l’acheminement de l’aide humanitaire[276].

    L'une des raisons probables, selon l’humanitaire Caroline Bouvard, est la difficulté d’accéder au pays et de couvrir les événements qui s'y passent, ainsi que la complexité pour les journalistes d'en comprendre les causes, les enjeux, et d'en retirer un narratif simple[273]. Une analyse corroborée par la chercheuse soudanaise Kholood Khair, pour qui cette indifférence résulte de l'impossibilité pour les observateurs de « choisir leur camp » entre deux belligérants soudanais comparables, contrairement aux conflits en Ukraine et à Gaza. La chercheuse Marie Bassi déplore pour sa part que les rares médias étrangers qui évoquent le conflit soudanais en livrent une analyse simpliste d'une « guerre entre généraux », d’une « guerre ethnique », ou d’une « guerre par procuration », en faisant abstraction de ses raisons historiques[29].

    Cette complexité et cette incompréhension du conflit soudanais explique également l'inaction des États-Unis dont le président Donald Trump cherche des résultats rapides en politique extérieure, ce qui est impossible dans le cas du Soudan[107]. À ce sujet, la journaliste Anne Applebaum relève une différence flagrante avec la solidarité manifestée par la population américaine envers le Soudan du Sud pendant la guerre civile soudanaise menant à l'indépendance de ce territoire[277]. À l'époque, le conflit entre la dictature islamiste au pouvoir à Khartoum et le sud du pays à majorité chrétienne suscitait l’intérêt et la mobilisation des évangélistes américains pour leurs « frères » chrétiens opprimés[277]. Dans les années 2000, le génocide du Darfour avait également attiré l'attention de plusieurs personnalités américaines médiatisé comme George Clooney, Angelina Jolie, Mia Farrow, Don Cheadle, et Keira Knightley qui s'étaient rendues au Soudan, pour sensibiliser et collecter des fonds[277]. Mais depuis 2011 et l’indépendance du Soudan du Sud, l’intérêt suscité par la région auprès des Américains n’a fait que décliner[277]. L'incompréhension américaine du conflit soudanais est illustré par une Une du magazine The Atlantic qui le qualifie de « guerre pour rien »[278]. Ce titre provoque l'indignation de l'hebdomadaire sud-africain The Continent (en) qui lui répond en déplorant que cette guerre soit réduite à « des chiffres, des raccourcis et des étiquettes qui la font paraître à la fois trop immense et trop dérisoire pour être résolue »[278].

    Selon François Sennesael, doctorant en science politique à l’université d’Oxford, l’explication de cette indifférence serait plus d’ordre géopolitique : la région paie le fait d’être loin des grands enjeux économiques ou symboliques majeurs pour l'Occident[273]. L'historien spécialiste de l'Afrique Gérard Prunier relève quant à lui que les conflits africains sont généralement peu médiatisés, à l'instar de la guerre du Kivu qui secoue l'est de la république démocratique du Congo depuis 2003[273]. Tandis que dans les années 1990, l'attention portée à la guerre civile rwandaise a essentiellement eu lieu après le génocide, bien trop tard pour l'empêcher ou le stopper[273]. La chercheuse soudanaise Kholood Khair y voit une forme racisme qui crée « une taxonomie de la souffrance, avec en haut de la pile le sort des Ukrainiens et en bas celui des Africains »[107].

    À une échelle plus régionale, la journaliste de Courrier international Ingrid Therwath dénonce le cynisme des puissances étrangères à qui le conflit soudanais est « utile » pour pousser leurs pions dans une zone stratégique de l'Afrique et en exploiter les ressources[50]. Ainsi selon elle, l'indifférence suscitée par le conflit soudanais sur la scène internationale ne résulte pas d'un oubli, mais d'un choix délibéré de tolérer cette guerre tant qu'elle reste contenue, voire « rentable » pour certains acteurs extérieurs[50]. Ainsi, lorsque le président turc Recep Tayyip Erdogan appelle le monde islamique à se mobiliser pour le Soudan après la chute d'El Fasher[279], son message semble plus opportuniste qu'humaniste puisque c'est le camp qu'il soutient, l'armée soudanaise, qui vient de subir un important revers[15].

    En avril 2026, une conférence internationale organisée à Berlin permet de récolter près 1,3 milliard d'euros d'aide humanitaire pour le Soudan[280], un montant significatif mais inférieur aux besoins du pays exprimé par le secrétaire général adjoint de l'ONU aux Affaires humanitaires Tom Fletcher, qui dménde 1,8 milliard d'euros[281]. En mai, Christophe Marion, député français du parti Ensemble pour la République et président du « groupe d'amitié France-Soudan »[249], se rend au Soudan où il visite des camps de réfugiés[282]. Le gouverneur du Darfour Minni Minnawi déclare que cette visite a permis à sa délégation de constater de visu les souffrances causées par les crimes des FSR[282]. De retour en France, le député dénonce une « Shoah par balles » rappelant les Einsatzgruppen pendant le seconde guerre mondiale, à l'égard des réfugiés soudanais[283]. Il dénonce également le silence des chancelleries européennes après El-Fasher, ainsi que les médias qui parlent très peu de ce conflit, alors même que l’ONU évoque un génocide[283].

    Complexité d'une intervention extérieure

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    L'immensité du Soudan presque quatre fois plus grand que la France, dont une large partie est désertique, et majoritairement en guerre, rend presque impossible logistiquement d'y déployer une force d'interposition[284]. La dangerosité du terrain du fait de la multiplication de milices surarmées alliées à un camp ou à l'autre et l'utilisation massive de drones est également dissuasive[284]. Quant aux leviers économiques, ils sont limités à l'encontre de militaires dont les moyens financiers dépendent peu des investissements extérieurs[284].

    L'implication des Émirats arabes unis, grande puissance économique, militaire et diplomatique aux côtés des FSR serait également l'une des principales raisons de l'attitude en retrait des pays occidentaux, y compris les États-Unis, par rapport au conflit soudanais[86]. En effet, s'il leur est impossible de soutenir le riche État du Golfe engagé aux côtés d'un groupe paramilitaire accusé de génocide, s'y opposer frontalement le fait courir le risque de perdre un allié indispensable au Moyen-Orient[86].

    Arrêt des opérations et rapatriement des ressortissants

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    • Der Spiegel rapporte que l'Allemagne interrompt une mission d'évacuation d'environ 150 ressortissants au Soudan en raison des combats à Khartoum. L'armée de l'air allemande envoie trois avions de transport A400M pour cette mission le . Les avions atterrissent d'abord en Grèce pour se ravitailler et devaient ensuite se rendre à Khartoum pour évacuer les ressortissants allemands lorsque la Bundeswehr a annulé la mission en raison de la reprise des affrontements et des frappes aériennes[285].
    • Le président portugais Marcelo Rebelo de Sousa annonce le , lors d'une conférence de presse avec le président brésilien Lula da Silva, que le Portugal collaborerait avec le Brésil pour entamer un « retrait rapide » des ressortissants portugais et brésiliens[286].
    • L'Afrique du Sud annonce qu'elle commencerait à évacuer ses ressortissants du Soudan le . Le président Cyril Ramaphosa déclare également que l'Afrique du Sud aiderait les pays voisins à rapatrier leurs ressortissants[287].
    • La Corée du Sud déclare qu'elle envoie un avion militaire, transportant des soldats et du personnel médical pour évacuer ses 25 ressortissants au Soudan[285].
    • La Tanzanie déclare qu'elle prévoit d'évacuer ses 210 ressortissants du Soudan[285].
    • Le secrétaire d'État Antony Blinken confirme que tout le personnel américain de l'ambassade de Khartoum a été évacué[289]. Malgré la violence, la Maison-Blanche et le département d'État déclarent qu'il n'est pas prévu d'évacuer le personnel américain, mais exhortent tous les Américains à traiter la situation « avec le plus grand sérieux »[290]. Le président Joe Biden ordonne un déploiement supplémentaire de troupes sur sa base de Djibouti, en cas d'évacuation éventuelle du Soudan[288].
    • Programme alimentaire mondial : L'agence rattachée à l'ONU annonce qu'elle suspend toutes ses opérations au Soudan à la suite de la mort de trois de ses employés, lors d'affrontements à Kabkabiya, au Darfour du Nord. Elle confirme également qu'un de ses avions du Service aérien d’aide humanitaire des Nations unies a été endommagé, à l'aéroport international de Khartoum, lors d'un échange de coups de feu le , ce qui, selon elle, a eu un impact sur sa capacité à déplacer son personnel et à fournir de l'aide aux populations à travers le pays[292].

    Tentatives de cessez-le-feu

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    Dès les premières semaines du conflit, une plate-forme de négociation est constituée à Djedda, en Arabie saoudite, sous la houlette de Ryad et Washington[293]. Mais les accords successifs conclus entre belligérants, cessez-le-feu temporaires et corridors humanitaires ne sont jamais respectés[293].

    Le , des représentants des forces armées soudanaises et des FSR acceptent une proposition de l'ONU d'interrompre les combats entre 16h00 et 19h00 heure locale (CAT)[292]. L'armée soudanaise annonce qu'elle approuve la proposition de l'ONU d'ouvrir un passage sûr pour les cas humanitaires urgents pendant trois heures chaque jour à partir de 16h00 heure locale, et déclare qu'elle se réserve le droit de réagir si les FSR « commettent des violations »[294]. Cependant, des tirs et des explosifs sont encore entendus pendant le cessez-le-feu, ce que condamne le Représentant spécial Volker Perthes[295].

    Le , le général Dogolo commandant des FSR déclare que les forces paramilitaires ont accepté un armistice d'une journée pour permettre le passage en toute sécurité des civils, y compris les blessés. Dans un tweet, il indique que la décision a été prise à la suite d'une conversation avec le secrétaire d'État américain Antony Blinken « et d'une sensibilisation par d'autres nations amies »[296]. L'armée soudanaise affirme que les FSR prévoient d'utiliser ce temps pour couvrir une « défaite écrasante »[296]. Un général de l'armée affirme ensuite à la télévision Al-Arabiya que l'armée avait accepté un cessez-le-feu de 24 heures qui débutera à 18 h heure locale (16 h en temps universel)[296].

    Le , le secrétaire d'État américain Antony Blinken annonce, après d'intenses négociations, un cessez-le-feu de 72 heures à partir de minuit[297].

    Le , le chef de la mission des Nations unies au Soudan, Volker Perthes, annonce que les deux belligérants ont convenu d'envoyer des émissaires pour négocier[298].

    Le , de nouvelles négociations sont organisées à Djeddah. Les deux parties en conflit acceptent d'envoyer des délégations se rencontrer en présence de représentants des pays de l'Igad[299],[300]. Les délégations se contentent de réaffirmer la nécessité d'améliorer l'accès à l'aide humanitaire, sans parvenir à s'entendre sur un cessez-le-feu[301].

    Le , à la suite d'une nouvelle médiation de l'Igad, les généraux en conflit déclarent accepter de se rencontrer dans un délai de quinze jours, marquant un potentiel tournant dans le conflit et le possible début d'une sortie de crise[302]. Mais les jours qui suivent voient les combats se poursuive et l'armée soudanaise continuer de perdre du terrain face aux FSR qui atteignent la ville de Wad Madani le 15, qu'elles prennent le 21[303]. Dès lors, un cessez-le-feu devient difficilement envisageable pour les deux camps : cela reviendrait, pour le général Dagalo à renoncer à exploiter son avantage sur le terrain, et pour le général al-Burhan, à admettre sa défaite[304].

    En , des pourparlers sont organisés à Manama, capitale du royaume de Bahreïn, dont la neutralité est reconnue par les deux camps, incluant des « parrains internationaux » comme l'Égypte et les Émirats arabes unis[293]. Mais ces discussions ne visent qu’à un cessez-le-feu et ne peuvent prétendre à une résolution du conflit à long terme[293]. Le , le patron du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies Martin Griffiths annonce que les généraux en conflit ont accepté de se réunir sous l’égide de l’ONU pour parler des questions humanitaires[305].

    Le , des délégations des deux camps se rencontrent à Genève sous la médiation du diplomate algérien Ramtane Lamamra, envoyé personnel pour le Soudan du secrétaire général de l’ONU, pour des échanges axés sur l’aide humanitaire et la protection des civils[306]. Le 23, Washington annonce des nouveaux pourparlers de cessez-le-feu en août en Suisse[307]. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken indique avoir convié l’armée soudanaise et les FSR à ces pourparlers qui débuteront le , en Suisse[307]. Le , l'envoyé spécial américain pour le Soudan Tom Perriello déclare que les FSR ont donné leur accord inconditionnel sur leur participation, mais pas les FAS[164]. Le 24, le chef de l'armée Abdel Fattah al-Burhan confirme son refus de participer à ces négociations. Il se déclare prêt à combattre « pendant cent ans »[75]. Tom Perriello obtient toutefois des FSR présents aux pourparlers l'engagement de garantir un accès sûr et sans entrave aux humanitaires sur deux routes clés, et l'application d'un code de conduite pour mettre fin aux crimes de guerre[308].

    Le , soit exactement deux ans après le déclenchement du conflit, le Royaume-Uni accueille une conférence sur le Soudan coprésidée par la France, réunissant des représentants de pays considérés comme parties prenantes dans la guerre[84].

    Le , le général Abdel Fattah al-Burhan et l’émissaire américain pour l’Afrique Massad Boulos se rencontrent à Zurich pour parler d'un cessez-le-feu et de l'acheminement de l'aide humanitaire au Soudan[309]. Se sentant en position de force après sa reprise de Khartoum[107], le chef de l'armée soudanaise, tout en affichant sa volonté de mettre fin au conflit en acceptant cette invitation américaine, réaffirme son refus de confier tout rôle politique aux FSR dont il réclame la dissolution[309]. Selon le chercheur Roland Marchal, il était peu probable qu'une telle réunion marque une avancée récidive vers la paix alors qu'une seule des parties au conflit y était présente[310]. C'est donc probablement l'acheminement de l'aide humanitaire qui en était l'enjeu principal, tandis que le général al-Burhan espérait probablement gagner des points diplomatiquement en assistant à cette réunion, et s'imposer sur la scène internationale comme le seul chef d'État légitime[310]. Impuissants à négocier la fin des combats, Washington et les acteurs régionaux se sont contentés d’appeler le à des pauses humanitaires[107].

    Le , le conseiller spécial de Donald Trump pour l'Afrique et le Moyen-Orient, Massad Boulos appelle sur son compte X à un « cessez-le-feu immédiat » et à une « trêve humanitaire, sans conditions préalables »[311]. Mais le ministère soudanais des Affaires étrangères (du gouvernement al-Burhan) rejette cet appel et affirme que toute proposition visant à mettre fin à la guerre doit prendre en compte l'intérêt supérieur du pays, la sécurité, l’unité, la souveraineté et l’intégrité régionale du Soudan[311]. Tandis que le général Abdel Fattah al-Burhan déclare que les opérations militaires contre les FSR se poursuivront « jusqu’à la fin de la rébellion »[311].

    Notes et références

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